Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 janvier et 10 février 2026, M. B... A..., alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, représenté par Me Amir N’Gazi, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté en date du 13 janvier 2026, notifié le 14 janvier 2026 par lequel la préfète de l’Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans en l’informant qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;
2°) d’enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre un titre de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’une semaine suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
l’arrêté est entaché d’incompétence, de défaut de motivation et de défaut d’examen personnel de sa situation ;
de violation du droit à être entendu ;
la préfète a entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation et a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales car il vit avec une ressortissante français, avec laquelle il a conclu un PACS et il s’occupe des enfants de sa compagne, il a présenté en 2022 une demande d’admission exceptionnelle au séjour, et il ne représente pas une menace pour l’ordre public, n’ayant pas été condamné pour les faits d’agression sexuelle retenus à l’issue de sa garde à vue, qu’il conteste, ainsi qu’il le démontrera à l’audience correctionnelle du 6 mai 2026 ;
La préfète de l’Essonne, à laquelle la requête a été communiquée, n’a pas présenté d’observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Descours-Gatin pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l’article L. 614-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 11 février 2026 en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme Descours-Gatin,
- les observations de Me N’Gazi, représentant M. A..., présent, qui s’en remet aux écritures et qui fait valoir en outre qu’il ne représente aucune menace pour l’ordre public, qu’il vit avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un PACS, qu’il n’a jamais refusé de retourner aux Comores, qu’il a effectué des démarches depuis le 1er juillet 2022 pour régulariser sa situation et n’a pu obtenir de rendez-vous, qu’il a une vie privée et familiale en France ;
- et les observations de Me Faugeras, représentant la préfète de l’Essonne, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l’arrêté est pris au visa de l’article L. 611-1 1° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatif à l’entrée irrégulière en France, qui n’est pas contestée par l’intéressé, que, si le requérant fait valoir qu’il a présenté une demande d’admission au séjour, il ne s’agit que d’une pré-demande, qu’aucune demande de titre de séjour n’est en cours d’instruction, que l’intéressé est poursuivi pour des faits graves d’agression sexuelle, ainsi qu’il ressort du procès-verbal de police, qu’il est placé sous contrôle judiciaire dans l’attente du procès, qu’il ne présente aucune garantie, risque de fuir, qu’il n’apporte aucun élément sur sa situation professionnelle.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant comorien né le 31 décembre 1971 à Bouenindi (Comores) demande l’annulation de l’arrêté en date du 13 janvier 2026 par lequel la préfète de l’Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans en l’informant qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.
En premier lieu, par un arrêté n° 2025-PREF-DCPPAT-BCA-306 du 22 septembre 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l’Essonne a donné délégation à Mme C... D... adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement du territoire et signataire de la décision contestée, à l’effet de signer l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A..., dont les éléments sur lesquels la préfète s’est fondée pour l’obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que la préfète n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A..., avant de l’obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l’insuffisante motivation de l’arrêté et du défaut d’examen sérieux de la situation de l’intéressé doivent être écartés.
En troisième lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». Aux termes du paragraphe 1 de l’article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : « Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions, organes et organismes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux Etats membres uniquement lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union. (...) ».
Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1’Union européenne, une atteinte au droit d’être entendu n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d’être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d’informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu’il a été empêché de porter à la connaissance de l’administration avant que ne soit prise la mesure d’éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaîtraient les stipulations de l’article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l’Union européenne, ne peut qu’être écarté.
En quatrième lieu, la préfète a fondé son arrêté sur les dispositions de l’article L. 611-1 1° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui permettent au préfet d’obliger à quitter le territoire français l‘étranger, qui, « ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité ». M. A..., qui indique être entré en France en 2017-2018, ne conteste ni son entrée irrégulière, ni son maintien irrégulier sur le territoire français, se bornant à faire état du dépôt d’un formulaire dématérialisé de demande d’admission exceptionnelle au séjour présenté le 1er juillet 2022, sans justifier, d’ailleurs, avoir ensuite déposé un dossier complet. M. A... n’est donc pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché son arrêté d’une erreur de fait.
En cinquième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Si M. A... fait valoir qu’il vit depuis plusieurs années avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 21 mai 2021, qu’il produit, il se borne à verser également aux débats une attestation de titulaires d’un contrat auprès d’Engie pour un lieu de consommation au 9, avenue Henri Sellier à Ris-Orangis (914130) pour la période comprise entre le 1er et le 15 janvier 2022 ainsi qu’une attestation de la directrice de l’école maternelle Moulin à vent de Ris Orangis en date du 17 mai 2022, attestant qu’il vient régulièrement accompagner ou récupérer la fille de sa compagne à l’école depuis le 1er septembre 2021. Par ailleurs, M. A... produit une attestation d’hébergement d’un ressortissant comorien. Il résulte également de l’instruction que M. A... est poursuivi pour des faits d’agression sexuelle incestueuse sur mineur de 15 ans et sera jugé le 6 mai 2026 devant le tribunal judiciaire d’Evry. Enfin, M. A... est sans emploi et ne dispose d’aucune ressource. Dans ces conditions, en obligeant M. A... à quitter sans délai le territoire français, en fixant le pays de destination et en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, la préfète n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a pris cette décision et n’a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète n’a pas non plus commis d’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l’intéressé.
Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Essonne en date du 13 janvier 2026 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans en l’informant qu’il faisait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... ne peut qu’être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles relatives aux frais de l’instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de l’Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2026.
La magistrate désignée,
signé
Ch. Descours-GatinLe greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.