Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2604356
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2604356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | ORUNCAK |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2026, M. C... A..., représenté par Me Oruncak, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 mars 2026 de la préfète de l’Essonne en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de
douze mois ;
2°) d’enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de
deux mois et de lui délivrer dans l’attente un récépissé avec autorisation de travail ;
Il soutient que :
-l’auteur des décisions est incompétent ;
-l’obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
-l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2026, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Mauny a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien né le 31 mai 1999, déclare être entré en France en 2022. Interpellé le 2 mars 2026, il a fait l’objet d’un arrêté de la préfète de l’Essonne du même jour l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et l’interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. A... demande son annulation en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de l’Essonne a donné délégation à Mme B..., adjointe à la cheffe de bureau de l’éloignement du territoire, pour signer notamment les décisions avec ou sans délai portant obligation de quitter le territoire français, y compris celles portant interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence dont seraient entachées les décisions contestées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’accord franco algérien susvisé, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et notamment ses articles L. 611-1 1° et 2° et L. 612-6. Il comporte des éléments circonstanciés sur la situation personnelle et familiale de M. A... ainsi que les motifs de son interpellation, et précise qu’il n’a pas justifié être entré régulièrement sur le territoire français et n’a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent l’obligation de quitter le territoire français.
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application des dispositions et stipulations précitées, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
5. M. A... soutient qu’il est particulièrement bien intégré en France et y a installé le centre de sa vie privée et familiale. Il ressort toutefois de ses propres déclarations qu’il ne serait entré sur le territoire qu’en 2022, à l’âge de 21 ans. S’il se prévaut de la présence en France de cousines et de son frère, chez qui il résiderait, il a déclaré que ses oncles et sa mère résident en Espagne et ne justifie pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine. S’il fait état également de ses efforts d’intégration professionnelle, il a déclaré pendant sa garde à vue avoir été inscrit à un baccalauréat professionnel mais avoir interrompu ses études, avoir suivi des formations et travailler occasionnellement dans une entreprise, dont il ignore le nom et sans être déclaré. Par ailleurs, les bulletins de salaire qu’il produit ainsi que la notification d’affiliation à l’URSSAF pour une activité d’autoentrepreneur datent de l’année 2023 et n’établissent pas une intégration professionnelle à la date de la décision attaquée. Enfin, il est constant qu’il a été interpellé en possession de produit stupéfiant et d’une somme de 2 530 euros en espèces et ne conteste pas n’avoir entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Au regard des conditions et de la durée du séjour sur le territoire de M. A... et de sa situation professionnelle et familiale, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des effets de la décision d’éloignement sur sa situation personnelle doivent être écartés.
6. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois méconnaitrait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la préfète de l’Essonne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Lutz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le président-rapporteur,
Signé
O. Mauny
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Benoit
La greffière,
Signé
J. Dubau
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2026, M. C... A..., représenté par Me Oruncak, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 mars 2026 de la préfète de l’Essonne en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de
douze mois ;
2°) d’enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de
deux mois et de lui délivrer dans l’attente un récépissé avec autorisation de travail ;
Il soutient que :
-l’auteur des décisions est incompétent ;
-l’obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
-l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-l’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2026, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Mauny a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien né le 31 mai 1999, déclare être entré en France en 2022. Interpellé le 2 mars 2026, il a fait l’objet d’un arrêté de la préfète de l’Essonne du même jour l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et l’interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. A... demande son annulation en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de l’Essonne a donné délégation à Mme B..., adjointe à la cheffe de bureau de l’éloignement du territoire, pour signer notamment les décisions avec ou sans délai portant obligation de quitter le territoire français, y compris celles portant interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence dont seraient entachées les décisions contestées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’accord franco algérien susvisé, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et notamment ses articles L. 611-1 1° et 2° et L. 612-6. Il comporte des éléments circonstanciés sur la situation personnelle et familiale de M. A... ainsi que les motifs de son interpellation, et précise qu’il n’a pas justifié être entré régulièrement sur le territoire français et n’a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent l’obligation de quitter le territoire français.
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application des dispositions et stipulations précitées, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
5. M. A... soutient qu’il est particulièrement bien intégré en France et y a installé le centre de sa vie privée et familiale. Il ressort toutefois de ses propres déclarations qu’il ne serait entré sur le territoire qu’en 2022, à l’âge de 21 ans. S’il se prévaut de la présence en France de cousines et de son frère, chez qui il résiderait, il a déclaré que ses oncles et sa mère résident en Espagne et ne justifie pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine. S’il fait état également de ses efforts d’intégration professionnelle, il a déclaré pendant sa garde à vue avoir été inscrit à un baccalauréat professionnel mais avoir interrompu ses études, avoir suivi des formations et travailler occasionnellement dans une entreprise, dont il ignore le nom et sans être déclaré. Par ailleurs, les bulletins de salaire qu’il produit ainsi que la notification d’affiliation à l’URSSAF pour une activité d’autoentrepreneur datent de l’année 2023 et n’établissent pas une intégration professionnelle à la date de la décision attaquée. Enfin, il est constant qu’il a été interpellé en possession de produit stupéfiant et d’une somme de 2 530 euros en espèces et ne conteste pas n’avoir entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Au regard des conditions et de la durée du séjour sur le territoire de M. A... et de sa situation professionnelle et familiale, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des effets de la décision d’éloignement sur sa situation personnelle doivent être écartés.
6. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois méconnaitrait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la préfète de l’Essonne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Lutz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le président-rapporteur,
Signé
O. Mauny
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Benoit
La greffière,
Signé
J. Dubau
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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