Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2612012

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2612012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBANDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 et 23 septembre 2026, Mme A... B..., représentée par Me Bandry, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 19 juin 2026 avec effet immédiat par laquelle l’institut de formation en soins infirmiers (IFSI) Barthélemy Durand a prononcé son exclusion définitive de cet institut, ensemble la décision implicite du 7 septembre 2026 rejetant son recours gracieux ;

2°) d’enjoindre à l’IFSI, à titre principal, de la réintégrer provisoirement au sein de ses effectifs dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et, à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où la réintégration provisoire ne serait pas ordonnée à l’IFSI Barthélemy Durand, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’IFSI la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’urgence est établie dès lors que la rentrée de l’année de formation 2026-2027 est intervenue depuis plusieurs jours, que la décision contestée a eu pour effet immédiat de mettre un terme à ses études au sein de son institut, que celle-ci ne pourra utilement solliciter son inscription dans un nouvel établissement qu'à la rentrée de septembre 2027, la présente rentrée étant d’ores-et-déjà entamée, que la circonstance que cette rentrée soit, en l’espèce, non pas simplement à venir mais déjà effective ne fait que renforcer le caractère immédiat et actuel du préjudice subi par la requérante, qui se trouve, dès aujourd’hui, exclue de tout parcours de formation, qu’il ressort de son parcours académique qu’elle se trouvait, à la date de la décision litigieuse, au terme de sa formation ayant validé 112 ECTS sur les 120 nécessaires à l'obtention de son diplôme, totalisant 16 ECTS sur les 30 correspondant au semestre 5, et s’étant présentée aux évaluations théoriques du semestre 6, qu’elle n’est nullement demeurée passive dans l’attente de l’issue de son recours gracieux dès lors qu’elle a au contraire entrepris de nombreuses démarches auprès d’autres IFSI afin de pouvoir poursuivre sa formation et achever son cursus et qu’elle s’est vue opposée neuf refus, qu’il apparaît particulièrement difficile qu’un IFSI accepte d’admettre une étudiante dont le dossier fait désormais état d’une exclusion définitive, que la décision contestée conduit ainsi, concrètement, à la priver du bénéfice de l’ensemble de son parcours et des acquis qu’elle a constitués, compromettant définitivement ses perspectives d’obtenir le diplôme d’État infirmier.
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’erreur de droit au regard d’une inexacte application des articles 15 et 16 de l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une disproportion manifeste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2026, l’IFSI Barthélemy Durand, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme B... la somme de 1 500 euros au titre de de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que la suspension de la décision d’exclusion porterait atteinte à l’intérêt public qui s’attache à la sécurité des patients, que Mme B... n’établit pas être dans l’impossibilité d’exercer un emploi dans son domaine de compétences et n’établit pas d’impossibilité à poursuivre sa scolarité au sein d’un autre établissement ;
- il n’existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :
- la requête n° 2612011 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Poyet, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, laquelle s’est tenue le 24 septembre 2026 à 10 heures, en présence de Mme Fabre, greffière d’audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Bandry, représentant Mme B..., qui maintient et détaille les conclusions et moyens de la requérante et conclut également au rejet de la demande présentée par l’IFSI Barthélemy Durand sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- et les observations de Mme C..., ayant reçu mandat du directeur de l’établissement public de santé Barthélemy Durand, représentent l’IFSI Barthélemy Durand, qui reprend et précise l’argumentaire développé dans le mémoire en défense.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 10h30.

Une note en délibéré, enregistrée le 24 septembre 2026 à 17h57, a été produite pour Mme B....

Une pièce complémentaire, enregistrée le 24 septembre 2026 à 17h58, postérieurement à la clôture de l’instruction, non communiquée, a été présentée pour Mme B....


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B... était étudiante au sein de l’institut de formation en soins infirmiers Barthélemy Durand depuis le mois de septembre 2020. Le 21 mai 2026, elle a été convoquée à un entretien préalable avec l’adjoint au directeur de l’établissement public de santé, qui s’est tenu, en sa présence, le 22 mai 2026. Le 4 juin 2026, elle a été convoquée à un entretien préalable devant la section pédagogique de cet IFSI pour « actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge », qui s’est tenu, en sa présence, le 19 juin 2026. Par une décision du 19 juin 2026, elle a été informée de son exclusion définitive de l’institut. Mme B... a présenté un recours gracieux le 6 juillet 2026 qui a été rejeté par une décision implicite. Par la présente requête, Mme B... demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 19 juin 2026, ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

2. D’une part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».

3. D’autre part, aux termes de l’article 15 de l’arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, relevant du chapitre II relatif à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants : « La section rend (…) des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge (…)./ Le dossier de l’étudiant, accompagné d’un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section./ L’étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section (…) ». Selon l’article 16 de cet arrêté : « Lorsque l’étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, (…) la section (…) peut proposer (…) : (…) exclure l’étudiant de l’institut de façon temporaire, pour une durée maximale d’un an, ou de façon définitive ».

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié de six années de formation en soins infirmiers, dont l’octroi d’une inscription supplémentaire en deuxième année, que dans le cadre des stages pratiques successifs effectués au cours de sa formation, d’importantes lacunes pratiques notamment dans le calcul des doses ont été constatées de façon répétée et, en dernier lieu, lors du dernier stage de formation réalisé au sein du service de médecine interne de l’hôpital René Dubos de Pontoise, du 4 mai au 5 juillet 2026.

5. En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par Mme B..., tels qu’énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décision contestées.

6. L’une des deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d’'une décision administrative n’étant pas remplie, sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition d’urgence, les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B... doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d’injonction et celles qu’elle présente au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que l’institut de formation en soins infirmiers Barthélemy Durand demande au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l’institut de formation en soins infirmiers Barthélemy Durand sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et à l’institut de formation en soins infirmiers Barthélemy Durand.


Fait à Versailles, le 1er octobre 2026

Le juge des référés,



M. Poyet

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.