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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2000537

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2000537

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2000537
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantSCP ZRIBI & TEXIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 421173 du 13 février 2020, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par la SCI Ainevil, a annulé le jugement du tribunal administratif d'Amiens n° 1700605 en date du 3 avril 2018 en tant qu'il a statué sur la demande de réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties due au titre de l'année 2016 présentée par la société Ainevil et a renvoyé le jugement de ces conclusions à fin de réduction à ce même tribunal.

Par sa requête enregistrée le 13 mars 2017, la SCI Ainevil a demandé au tribunal de prononcer la décharge et subsidiairement la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016, dans les rôles de la commune de Villers-Cotterêts (Aisne) à raison d'un local situé 9 avenue de la Ferté Milon.

Elle soutenait :

S'agissant de sa demande de décharge :

- qu'elle devait bénéficier de l'exonération prévue à l'article 1383 du code général des impôts ;

S'agissant de sa demande de réduction :

- qu'il y avait lieu de réviser le tarif retenu pour le calcul de la valeur locative, le local-type retenu par l'administration n'étant pas pertinent ;

- qu'il y avait lieu de modifier le calcul de la surface pondérée dès lors que le coefficient retenu pour la surface de vente était exagéré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2017, le directeur départemental des finances publiques de la Somme concluait au rejet de la requête.

Après renvoi,

Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2022, la SCI Ainevil, représentée par la SCP Zribi et Texier, demande la décharge, subsidiairement la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016, dans les rôles de la commune de Villers-Cotterêts (Aisne) à raison d'un local situé 9 avenue de la Ferté Milon et subsidiairement un supplément d'instruction avant dire-droit. Elle demande au surplus que soit mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration propose d'évaluer la valeur locative du bien en litige en comparaison avec le local-type n° 101 situé à Laon, dans une commune dont la situation économique est incomparable à celle de Villers-Cotterêts. Dès lors que l'administration ne démontre pas que la commune de Laon est dans une situation économique équivalente à celle de Villers-Cotterêts, et qu'elle ne propose aucun autre local-type pertinent, la requérante doit obtenir la décharge totale de l'imposition contestée ;

- subsidiairement, le local-type n° 28 et le local-type n° 30 du procès-verbal de la commune de Villers-Cotterêts peuvent servir de comparaison. Le local commercial de la société Jomin situé 4 avenue Ferté Milon à Villers-Cotterêts pourrait également être retenu, ou encore le local occupé par le magasin Lidl à proximité du local en litige ;

- subsidiairement, il reviendra à l'administration d'évaluer le local en litige par voie d'appréciation directe, après supplément d'instruction ;

- la surface du local affectée à la vente doit être pondérée par un coefficient de 0,33 et non de 1 comme retenu par le service compte tenu de la qualité des matériaux utilisés pour la construction, conformément à ce qui a été retenu pour le magasin Lidl situé à proximité ;

- le montant de l'impôt recouvré a un caractère confiscatoire contraire aux stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juillet 2020, 5 juillet, 12 octobre et 3 novembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut dans le dernier état de ses écritures à la réduction de l'imposition contestée à hauteur de 763 euros et au non-lieu à statuer à hauteur de la réduction ainsi accordée par décision de dégrèvement du 12 octobre 2022.

Elle soutient que :

- le local-type n° 49 du procès-verbal complémentaire des locaux commerciaux de la commune de Villers-Cotterêts du 12 janvier 1979 peut être retenu, sans ajustement ; que le local n° 30 du même procès-verbal n'est plus adapté dès lors qu'il est désormais affecté en partie à l'habitation ;

- il n'est nullement démontré que la surface affectée à la vente doit être affectée d'un coefficient de pondération de 0,33, le coefficient de 1 étant appliqué de façon générale à toute surface de vente d'un local commercial ;

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. A la suite du renvoi par le Conseil d'Etat au tribunal, après cassation, de la présente affaire, il reste à statuer sur les conclusions de la requête de la SCI Ainevil tendant à la réduction de l'imposition contestée, fondées sur les moyens tirés de l'inadéquation du local-type retenu pour le calcul de la valeur locative et de l'erreur commise dans le calcul de la surface pondérée du local en litige.

2. Par décision du 12 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme a accordé un dégrèvement de 763 euros sur la cotisation de taxe foncière contestée. Il n'y a pas lieu de statuer dans cette mesure.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article 1388 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après la valeur locative cadastrale de ces propriétés déterminée conformément aux principes définis par les articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 B et sous déduction de 50 % de son montant en considération des frais de gestion, d'assurances, d'amortissement, d'entretien et de réparation. ". Aux termes de l'article 1498 du même code :

" La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date ; / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe. ". Aux termes de l'article 1504 du code précité : " Les locaux types à retenir pour l'évaluation par comparaison des biens visés à l'article 1498 sont choisis par le représentant de l'administration et par la commission communale des impôts directs. / Après harmonisation avec les autres communes du département, la liste en est arrêtée par le service des impôts. Il en est de même en cas de désaccord entre le représentant de l'administration et la commission ou lorsque celle-ci refuse de prêter son concours () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts :

" I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation, de la situation, de la nature de la construction, de son importance, de son état d'entretien et de son aménagement. / Ils sont inscrits au procès-verbal des opérations de la révision. ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le local-type n° 28 du procès-verbal des opérations de révision des évaluations foncières des propriétés bâties de la commune de Villers-Cotterêts du 26 septembre 1972 (établissements spéciaux et maisons exceptionnelles), devenu le local-type n° 49 dans le procès-verbal complémentaire du 12 janvier 1979, correspond à un grand magasin situé rue Ernest d'Hauterive, au centre-ville de Villers-Cotterêts, qui est affecté à une activité de supermarché pour la vente d'alimentation générale, d'une surface totale de 1297 m² et d'une surface pondérée de 688 m², comportant une surface de vente importante et une aire de stationnement. Son tarif a été fixé à 7,93 euros par mètre carré. Il s'agit donc d'un local-type comparable à celui en litige, situé dans la même commune. Le local-type n° 30 du même procès-verbal de 1972, proposé par la société requérante, auquel un tarif de 7,01 euros est appliqué, ne correspond plus, selon ce qui résulte des réponses apportées par l'administration fiscale à la suite d'un supplément d'instruction, à sa description initiale de grand magasin dès lors qu'il est désormais affecté pour partie à l'habitation. Les autres locaux proposés par la société requérante ne sont pas des locaux-types de la commune et ne sauraient donc être retenus sans méconnaître les dispositions de l'article 1498 du code général des impôts.

5. Dès lors que le local-type n° 49 peut être retenu, il n'est pas besoin de procéder par voie d'évaluation directe après supplément d'instruction comme demandé par la société requérante.

6. En deuxième lieu, la société requérante demande que la surface pondérée du local imposable fixée par le service soit modifiée. Dès lors que le local-type n° 49 doit être retenu, la pondération appliquée pour chacune des catégories de locaux composant l'immeuble en litige, sous réserve des corrections justifiées par ses caractéristiques propres, doit être réalisée en principe en fonction des coefficients de pondération retenus pour ce local-type soit un coefficient 1 pour la surface de vente, correspondant à l'usage principal de l'immeuble, 0,2 pour le parking et 0,33 pour les autres parties de l'immeuble. De ce fait, le service a retenu en dernier lieu pour le local en litige, une surface pondérée de 1705 m², ce qui, compte tenu du tarif désormais appliqué en référence au local-type n° 49, a abouti au dégrèvement indiqué au point 2.

7. D'une part, la SCI Ainevil demande qu'un coefficient de 0,33 soit retenu pour le calcul de la surface pondérée de la surface de vente, au motif que l'entrée du magasin serait située à 75 mètres de la voie publique, que la façade sur rue n'a qu'une longueur de vingt mètres et que le bâtiment en litige est de type hangar avec un sol en béton, sans faux-plafond. Toutefois, les coefficients en question ont pour seul objet d'évaluer la valeur d'utilité des différentes parties d'un immeuble et non de prendre en compte sa situation, ses caractéristiques techniques ou son état d'usage, qui le sont dans le choix du local-type et à l'occasion de l'ajustement de la valeur locative régi par les dispositions de l'article 324 AA de l'annexe III du code général des impôts. En tout état de cause, c'est à bon droit que l'administration a retenu un coefficient de 1 pour cette surface de vente qui correspond à l'usage principal de l'immeuble en cause.

8. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'aire de stationnement du local-type n° 49 qui est situé en centre-ville où le stationnement des véhicules de la clientèle est plus difficile, a une valeur d'utilité très supérieure à celle du local en litige qui est situé dans une zone commerciale excentrée. Compte tenu de la différence de service rendu, il y a lieu d'appliquer un coefficient de 0,10 pour le calcul de la surface pondérée de ce parking, comme cela était d'ailleurs fixé initialement par le service et de réduire la surface pondérée de l'ensemble du local en litige de 63 m².

9. Il résulte de ce qui précède que la surface pondérée du local en litige doit être fixée à 1642 m².

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts en vigueur en 2016 : " La valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance ".

11. Si l'administration est fondée, sur le fondement des dispositions précitées à corriger la valeur locative du local-type par l'application de coefficients de +5% en raison de la présence d'un parking plus vaste et de - 10% pour tenir compte de la plus grande superficie du local en litige, il résulte toutefois de l'instruction que la situation en centre-ville du local-type de référence ne lui confère pas une situation moins favorable que celle du local en litige situé dans une zone immédiatement périphérique à ce centre et dédiée au commerce et aux activités industrielles. Par suite, il n'y a pas lieu d'affecter la valeur locative du local en litige d'un coefficient de + 5% au titre de cette différence de situation.

12. Il résulte de ce qui précède que la valeur locative du local en litige doit être calculée sur la base d'une surface pondérée de 1642 m², au tarif de 7,93 euros, affectée d'un coefficient de -5% au titre des ajustements prévus par l'article 324 AA précité, soit 12 370 euros.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Protection de la propriété. Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international./ Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ".

14. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er du protocole additionnel n° 1 que le droit au respect de ses biens reconnu à toute personne physique ou morale ne porte pas atteinte au droit de chaque Etat partie à ce protocole additionnel de mettre en œuvre les lois qu'il juge nécessaires pour assurer le paiement des impôts et taxes. L'imposition ou la taxation d'une personne ne saurait donc être regardée comme portant par elle-même atteinte au respect des biens au sens de l'article 1er du protocole. Toutefois, l'obligation financière née du prélèvement d'un impôt ou d'une taxe peut porter une telle atteinte si elle revêt un caractère confiscatoire ou si elle impose une charge manifestement disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi.

15. La société requérante soutient que l'impôt initial de 41 686 euros était excessif et confiscatoire et constituait une atteinte à son droit de propriété ce qui est contraire aux stipulations précitées ainsi qu'à l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Toutefois, en tout état de cause, cet impôt a été diminué à 28 475 euros après réclamation puis dans le cadre de la présente instance, et aucune preuve du caractère confiscatoire d'une telle somme n'est apportée au dossier par les éléments présentés par la société.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Ainevil et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer à hauteur du dégrèvement accordé le 12 octobre 2022 par la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Article 2 : La cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la SCI Ainevil a été assujettie au titre de l'année 2016 est réduite dans la mesure de la prise en compte d'une valeur locative imposable de 12 370 euros.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1500 euros à la SCI Ainevil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Ainevil et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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