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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2000780

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2000780

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2000780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP LEBEGUE PAUWELS DERBISE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mars 2020 et 28 mars 2022, M. B A, représenté par Me Thierart, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire d'Amiens à lui verser la somme de 9 000 euros en sa qualité d'ayant droit de Mme A ainsi que la somme de 21 190,35 euros au titre de ses préjudices personnels, et d'assortir ces sommes des intérêts à compter du 30 décembre 2019, date de dépôt de la demande préalable ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit sur le principe même de la responsabilité ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Amiens les frais d'expertise ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Amiens une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le centre hospitalier universitaire d'Amiens a commis une faute en ne mettant pas en œuvre une surveillance renforcée de Mme A, ayant fait perdre une chance d'éviter son décès qu'il convient de fixer à 90%, ainsi que l'a retenu le médecin conseil sollicité par ses soins ;

- à titre subsidiaire, il convient d'ordonner une expertise avant dire droit portant sur la prise en charge postérieure à l'établissement du diagnostic et aux fins de préciser le taux de perte de chance de survie de Mme A ;

- les préjudices subis par la victime, caractérisés par les souffrances endurées et une angoisse de mort imminente, doivent être évalués à la somme de 9 000 euros ;

- les préjudices subis par ricochet doivent être évalués, respectivement, aux sommes de 13 500 euros pour le préjudice d'affection, de 3 781,35 euros pour les frais d'obsèques et de 3 909 euros au titre des frais de médecins conseil.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 mai 2020 et 2 mai 2022, le centre universitaire d'Amiens-Picardie, représenté par la SCP Lebegue-Pauwels-Derbise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'ainsi que l'a retenu l'expert, le manquement commis ne présente aucun lien de causalité avec le décès de la victime, de sorte que sa responsabilité ne saurait être retenue.

La requête a été communiquée aux caisses primaires d'assurance maladie de la Somme et de l'Oise qui n'ont fait valoir aucune créance.

Vu :

- l'ordonnance n° 1703621 du 31 août 2018 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les honoraires et frais d'expertise ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Beaujard, conseiller,

- les conclusions de Mme Redondo, rapporteure publique,

- les observations de Me Thierart, pour M. A,

- et les observations de Me Denys, pour le centre hospitalier universitaire d'Amiens.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, alors âgée de quatre-vingt-neuf ans, mère de M. B A, a été admise aux urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Amiens le 6 avril 2017, en raison d'une dyspnée aigue. Après réalisation d'un angioscanner thoracique, un diagnostic d'embolie bilatérale et d'hypertension artérielle pulmonaire a été posé. Mme A est décédée le 7 avril 2019. Par une ordonnance du 13 mars 2018, le juge des référés de ce tribunal a ordonné une expertise, confiée à un pneumologue réanimateur médical, qui a déposé son rapport le 31 juillet 2018. Par la présente requête, M. A demande au tribunal, en sa qualité d'ayant droit et à titre personnel, de l'indemniser de l'ensemble des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert du 31 juillet 2018, que lorsqu'un patient présente des signes de cœur pulmonaire aigu échographique, caractérisé par un " shift septal ", une taille égale des ventricules droit et gauche et une élévation de la troponine, une surveillance renforcée dans une unité spécialisée (USIC), impliquant un monitorage continu du risque cardiaque, de saturation en oxygène et de tension artérielle s'impose. Or, en l'espèce, Mme A a été simplement transférée en service gériatrique sans aucune surveillance renforcée. Par conséquent, le centre hospitalier universitaire d'Amiens a commis une faute au sens des dispositions précitées du code de la santé publique.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction que, si l'état de santé de Mme A nécessitait une surveillance accrue en unité spécialisée, dont l'absence est fautive ainsi qu'il vient d'être dit, cet état de santé ne justifiait aucune thérapeutique supplémentaire. En outre, alors qu'il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 31 juillet 2018, qu'une intubation pour ventilation mécanisme avec prise en charge d'un accident vasculaire cérébral (AVC) n'aurait pas empêché le décès, et qu'aucune prise en charge de l'embolie pulmonaire n'était possible, dès lors qu'une fibrinolyse est contre-indiquée après un massage cardiaque externe au regard des risques de complication hémorragique, l'évolution de l'embolie pulmonaire, particulièrement brutale aux dires de l'expert, n'aurait pas été différente si elle avait eu lieu dans l'unité spécialisée en charge de la surveillance renforcée de Mme A, en raison de la récidive rapide et de la gravité de cette embolie. A cet égard, si le requérant fait état de différents avis médicaux retenant une perte de chance, de 25 % à 90 %, ceux-ci n'apportent aucune justification de nature à contredire l'appréciation portée par l'expert désigné par le tribunal, en l'absence, notamment, d'explications quant aux actions thérapeutiques qui auraient pu être réalisées, en dehors de la fibrinolyse qui, elle, était contre-indiquée. Dans ces conditions, bien que le taux de mortalité d'un patient ayant eu un score de 109, tel que celui attribué à Mme A, n'est que de l'ordre de 10 %, aucun lien de causalité direct et certain ne saurait être retenu entre la faute commise par le CHU d'Amiens et le décès de Mme A. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, les conclusions relatives à l'engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire d'Amiens doivent être écartées.

Sur les frais liés au litige :

5. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

6. Dans les circonstances particulières de l'espèce, caractérisées par l'existence de manquements commis par le centre hospitalier universitaire d'Amiens, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par l'ordonnance susvisée du 31 août 2018 de la présidente de ce tribunal, à la charge définitive du CHU d'Amiens.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire d'Amiens, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, le versement de la somme que demandent les requérants au titre des frais qu'ils ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

Sur la déclaration de jugement commun :

9. La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise qui n'ont présenté aucune observation dans la présente instance. Il y a lieu, dès lors, de leur déclarer commun le présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement est déclaré opposable aux caisses primaires d'assurance maladie de la Somme et de l'Oise.

Article 2 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire d'Amiens.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier universitaire d'Amiens, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Derlange, président,

M. Beaujard, conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

V. BEAUJARD

Le président,

signé

S. DERLANGE La greffière,

signé

T. PETR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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