jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2000824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CONDORCET AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 mars 2020 et 5 août 2021, M. B A, représenté par Me Hoin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2015 ;
2°) de prononcer un sursis de paiement des sommes contestées ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-le service ne justifie pas de la réception de l'avis de vérification ce qui ne permet pas de s'assurer qu'il a pu bénéficier d'un délai raisonnable pour obtenir l'assistance d'un conseil ;
-le service a méconnu l'article 257 III 4° du code général des impôts dès lors qu'il n'entraîne pas les chevaux dont il est propriétaire ;
-le service s'appuie sur une interprétation illégale de la loi fiscale en étendant le domaine d'application de l'article 257 III 4° du code général des impôts ;
-le service a méconnu la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 dès lors qu'il ne réalise pas de prestations de services au sens de ce texte.
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 septembre 2020 et 8 juillet 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Hoin pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerce une activité de propriétaire-éleveur de chevaux, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié, par une procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2015, mis en recouvrement le 14 juin 2019 pour un montant, en droits et pénalités, de 15 278 euros, dont M. A demande au tribunal de prononcer la décharge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ". Lorsque l'administration avise le contribuable qu'elle entreprend un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, elle doit, avant d'effectuer toute démarche tendant à recueillir, pour les besoins de cet examen, des informations ou des documents soit auprès du contribuable lui-même, soit auprès de tiers, laisser à ce contribuable un délai suffisant pour lui permettre de s'assurer l'assistance d'un conseil de son choix. Pour apprécier si le délai s'écoulant entre la réception de l'avis et le début de la vérification fiscale est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par le conseil de son choix, il y a lieu de ne tenir compte, dans la computation de ce délai, ni du jour de la réception de l'avis, ni de celui marquant le début des opérations de contrôle fiscal. Il y a lieu également d'exclure les samedis, dimanches et jours fériés.
3. Il résulte de l'instruction que l'avis de vérification de la comptabilité de
M. A du 24 mai 2017 a été réceptionné par ce dernier le 31 mai 2017 alors que les opérations de contrôle ont débuté effectivement le 6 juin 2017. Cette période incluant un week-end et un jour férié, le lundi de Pentecôte, il en résulte qu'un délai de deux jours francs a été laissé à
M. A qui n'est par suite pas fondé à soutenir qu'il n'a pu bénéficier d'un délai suffisant pour s'assurer l'assistance d'un conseil de son choix.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Il résulte des termes de la proposition de rectification du 4 décembre 2017 que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée concernent à la fois de la taxe sur la valeur ajoutée non collectée, notamment sur des gains de course et de la taxe sur la valeur ajoutée déduite à tort. M. A conteste par la présente requête les seuls rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à de la taxe non collectée sur des gains de courses réalisés au cours de la période vérifiée, dénommés prix nominal, prime propriétaire et prime éleveur sur les relevés France Galop. Il soutient que de tels gains de course n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée.
5. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".
6. Il résulte de l'arrêt de la CJUE (4e chambre) du 10 novembre 2016 n° 432/15, " Odvolací financní reditelství c/ Baštová " que l'article 2, 1-c de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 doit être interprété en ce sens que ne constitue pas une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, la mise à disposition d'un cheval par son propriétaire, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'organisateur d'une course hippique aux fins de la participation dudit cheval à cette course, dans l'hypothèse où elle ne donnerait pas lieu au versement d'un cachet de participation ou d'une autre rémunération directe et où seuls les propriétaires des chevaux s'étant classés en ordre utile à l'arrivée de la course reçoivent un prix, fût-il déterminé à l'avance. En revanche, une telle mise à disposition d'un cheval constitue une prestation de services effectuée à titre onéreux dans l'hypothèse où elle donne lieu au versement, par l'organisateur, d'une rémunération indépendante du classement du cheval en cause à l'arrivée de la course.
7. Il résulte de l'instruction que M. A a perçu des gains de course à hauteur de la somme de 36 585,55 euros au titre de la période d'imposition en litige selon ce qui figure sur les relevés de France Galop consultés par le vérificateur (prix nominal et primes au propriétaire et à l'éleveur). Il est constant que ces sommes ont été versées en récompense et compte tenu du classement obtenu par les chevaux engagés par M. A dans des courses hippiques, qu'elles n'ont pas la nature d'un cachet de participation et ne correspondent à aucune prestation de service indépendante du classement des chevaux en cause à l'arrivée de ces courses. Par suite, ces gains de course n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et le service n'était pas fondé à les y assujettir. En tout état de cause, dès lors que le requérant n'était pas entraîneur, le service n'était pas fondé à l'assujettir à la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du 4° du III de l'article 257 du code général des impôts alors en vigueur. Il y a donc lieu d'accorder la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés dans la mesure où ils concernent ces gains de course soit en base, 36 585,55 euros.
Sur les pénalités :
8. Compte tenu de ce qui est dit au point 3, il y a lieu, par voie de conséquence d'accorder la réduction des pénalités contestées dans la mesure de la réduction en droits des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, le surplus de ces pénalités n'étant pas contesté.
Sur la demande de sursis de paiement :
9. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis de paiement de la requête de M. A.
Article 2 : Les bases de la taxe sur la valeur ajoutée réclamée à M. A au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2015 sont réduites d'une somme de 36 585,55 euros.
Article 3 : M. A est déchargé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2015 à proportion de la réduction en base définie à l'article 2, ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 4 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026