jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2001484 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 mai 2020, le 5 octobre 2021 et le 24 février 2022, M. F et Mme B A, agissant tant en leur nom personnel qu'au nom de leurs enfants mineures, E A et D A, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le groupe hospitalier public du sud de l'Oise à leur verser une somme au moins égale à 72 % du montant de leurs préjudices évalués à 900 723,66 euros ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier public du sud de l'Oise la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de déclarer le jugement à intervenir commun à l'organisme de sécurité sociale compétent.
Ils soutiennent que :
- le groupe hospitalier public du sud de l'Oise a commis une faute caractérisée en n'ayant pas décelé une agénésie totale du corps calleux lors des examens échographiques auxquels il a été procédé lors de la grossesse de Mme A ;
- il y a lieu de retenir une perte de chance de recourir à une interruption médicale de grossesse de 90 % du fait de l'absence de diagnostic de l'agénésie totale du corps calleux dont souffrait leur enfant à naître, dont 80 % est imputable à la faute commise par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise et 20 % au médecin libéral suivant la grossesse par ailleurs ;
- M. et Mme A ont subi en conséquence un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 100 000 euros chacun ;
- M. A a subi un préjudice lié à l'incidence professionnelle du handicap de son enfant évalué à 100 000 euros compte-tenu de l'arrêt de son activité indépendante et de son absence de perspectives d'évolution professionnelle ;
- Mme A a subi un préjudice lié à l'incidence professionnelle du handicap de son enfant évalué à 300 000 euros et des pertes de gains professionnels qui peuvent être évaluées à 140 723,66 euros du fait de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve d'exercer un emploi de secrétaire médicale ;
- Héloïse et Angéline A ont subi un préjudice moral qui peut être évalué à 80 000 euros chacune.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 octobre 2020 et le 2 février 2022, le groupe hospitalier public du sud de l'Oise (GHPSO), représenté par la SCP Lebègue Derbise s'en rapporte à la sagesse du tribunal quant à sa responsabilité et conclut à ce que la somme globale à laquelle il pourrait être condamné n'excède pas 16 000 euros.
Il fait valoir que :
- compte-tenu des incertitudes entourant les conséquences d'une agénésie totale du corps calleux, seule une perte de chance de 50 % peut être retenue dont 80% lui seraient imputables ;
- seul le préjudice moral de M. et Mme A est susceptible d'être indemnisé en application de l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- celui-ci peut être évalué à 40 000 euros chacun.
La requête, les mémoires et les pièces produites dans le cadre de la présente instance ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Tiphaine, représentant les consorts A, et de Me Denys, représentant le GHPSO.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a donné naissance par césarienne, le 26 janvier 2015, à une enfant prénommée Abigaëlle, atteinte du syndrome de Vici, diagnostiqué alors qu'elle avait quatre mois. L'agénésie totale du corps calleux qui en est un des symptômes n'ayant pas été diagnostiquée au cours des deux échographies conduites au GHPSO à la demande d'une sage-femme échographe qui avait suspecté l'anomalie, M. et Mme A ont saisi, le 9 février 2018, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux en vue de la réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'absence de diagnostic de cette anomalie durant la grossesse. Suite à l'avis rendu le 15 janvier 2019 par la commission, l'assureur du centre hospitalier leur a fait une offre d'indemnisation que M. et Mme A ont jugée insuffisante. Par la présente requête, ils demandent la condamnation du GHPSO à leur verser, pour eux-mêmes et leurs deux filles aînées, une somme au moins égale à 72 % du montant de leurs préjudices qu'ils évaluent à 900 723,66 euros.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles : " Nul ne peut se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa naissance./ La personne née avec un handicap dû à une faute médicale peut obtenir la réparation de son préjudice lorsque l'acte fautif a provoqué directement le handicap ou l'a aggravé, ou n'a pas permis de prendre les mesures susceptibles de l'atténuer./ Lorsque la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé est engagée vis-à-vis des parents d'un enfant né avec un handicap non décelé pendant la grossesse à la suite d'une faute caractérisée, les parents peuvent demander une indemnité au titre de leur seul préjudice. Ce préjudice ne saurait inclure les charges particulières découlant, tout au long de la vie de l'enfant, de ce handicap. La compensation de ce dernier relève de la solidarité nationale. ".
3. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que Mme A a été adressée par la sage-femme échographe ayant procédé à l'échographie prévue au 2ème trimestre de sa grossesse, auprès du GHPSO, alors que celle-ci avait détecté des signes indirects d'agénésie du corps calleux sans pouvoir visualiser celui-ci entièrement, afin qu'un avis spécialisé soit émis. Cette demande a conduit à la réalisation d'une nouvelle échographie le 30 septembre 2014 au sein du GHPSO, dont les modalités de réalisation ne respectaient pas les recommandations médicales du comité technique d'échographie établies en 2005, s'agissant d'une échographie de diagnostic demandée par un autre praticien, notamment quant aux nombres de clichés pris, dont aucun du corps calleux, et en se bornant à vérifier les signes indirects d'agénésie de celui-ci. Une seconde échographie a été menée au GHPSO le 3 novembre 2014, sans qu'un cliché du corps calleux soit réalisé. Ces négligences commises dans la recherche de clichés explicites du corps calleux, alors que Mme A avait été spécifiquement adressée par un autre échographe pour suspicion d'anomalie du corps calleux, ce qui imposait une attention toute particulière sur cette partie de l'anatomie de l'enfant, de par leur intensité et leur gravité, constituent une faute caractérisée engageant la responsabilité du GHPSO.
Sur la perte de chance :
4. La faute commise par le GHPSO a fait perdre à Mme A une chance d'être adressée à un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal et de faire réaliser une IRM qui aurait pu révéler l'agénésie totale du corps calleux dont était atteinte son enfant. En présence d'un tel diagnostic, alors que cette malformation, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, isolée, reste asymptomatique dans environ 70 à 85 % des cas, mais qu'il aurait été indiqué
à M. et Mme A un risque demeurant non négligeable de handicap voire de handicap extrêmement grave, ce qui conduit d'ailleurs à ce que la pratique de l'interruption médicale de grossesse soit admise, la perte de chance subie par les requérants de pouvoir décider de procéder à une telle interruption doit être évaluée à 80 %.
Sur le partage de responsabilité invoqué par les consorts A :
5. Suite aux examens menés au sein du GHPSO, Mme A a bénéficié d'un suivi obstétrical par un praticien exerçant à titre libéral dont les consorts A soutiennent qu'il a également commis une faute caractérisée engageant sa responsabilité en application de l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles. Ils demandent en conséquence au tribunal de retenir la responsabilité du GHPSO à hauteur de 80 % de la perte de chance constatée de recourir à une interruption médicale de grossesse, les 20 % restants correspondant à la part du dommage qu'ils imputent au praticien privé.
6. L'article L. 113-1 du code de justice administrative dispose : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".
7. La requête des consorts A pose la question suivante : en cas de cumul de fautes, commises l'une par une personne publique, l'autre par une personne privée dont l'appréciation de la responsabilité relève du juge judiciaire, et qui portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, le juge administratif, saisi par la victime de conclusions se fondant sur un partage de responsabilité entre co-auteurs, peut-il déterminer la part de responsabilité devant incomber à la personne publique attraite devant lui à l'issue d'un tel partage ou doit-il écarter le partage de responsabilité demandé par la victime et condamner la personne publique, dans la limite de la somme demandée, à réparer intégralement le dommage, à charge pour elle, le cas échéant, d'exercer une action récursoire ' Dans cette seconde hypothèse, doit-il soulever d'office un moyen en ce sens '
8. Cette question constitue une question de droit nouvelle présentant une difficulté sérieuse et susceptible de se poser dans de nombreux litiges. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête des consorts A et de transmettre pour avis sur cette question le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : Le dossier de la requête des consorts A est transmis au Conseil d'Etat pour examen de la question de droit suivante : en cas de cumul de fautes, commises l'une par une personne publique, l'autre par une personne privée dont l'appréciation de la responsabilité relève du juge judiciaire, et qui portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, le juge administratif, saisi par la victime de conclusions se fondant sur un partage de responsabilité entre co-auteurs, peut-il déterminer la part de responsabilité devant incomber à la personne publique attraite devant lui à l'issue d'un tel partage ou doit-il écarter le partage de responsabilité demandé par la victime et condamner la personne publique, dans la limite de la somme demandée, à réparer intégralement le dommage, à charge pour elle, le cas échéant, d'exercer une action récursoire ' Dans cette seconde hypothèse, doit-il soulever d'office un moyen en ce sens '
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête des consorts A jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, à M. F A et Mme B A, au groupe hospitalier public du sud de l'Oise et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A-L C
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026