jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2001607 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | VERGELONI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juin 2020, Mme E H représentée par
Me Berezig, demande au tribunal :
1°) de retenir la responsabilité de Mme K F et/ou du centre hospitalier de Laon dans les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge par l'établissement public de santé ;
2°) de surseoir à statuer sur ses demandes indemnitaires dans l'attente des conclusions d'une expertise médicale.
Par courrier enregistré le 14 mars 2022, M. A H, M. D H, Mme J H épouse C et Mme G H représentés par Me Berezig, ont informé le tribunal du décès de L, survenu le 11 août 2021 et de ce qu'ils venaient aux droits de la défunte.
Par un mémoire enregistré le 30 novembre 2023, les consorts H, représentés par Me Berezig, demandent au tribunal :
1°) de leur donner acte de leur désistement de leurs conclusions à l'égard de Mme F ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Laon à leur payer la somme de 34 899,96 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir été subis par L en raison de sa prise en charge par cet établissement de santé ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Laon à payer à M. A H la somme de 6 115,20 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la prise en charge de la défunte par cet établissement de santé ;
4°) de condamner le centre hospitalier de Laon à payer à M. D H,
Mme J H épouse C et Mme G H la somme de 1 200 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de la prise en charge de la défunte par cet établissement de santé ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Laon la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Laon est engagée à raison de la prise en charge fautive de la défunte ayant causé une perte de chance de 12 % de limiter la gravité des conséquences de l'accident vasculaire cérébral de la défunte ;
- le centre hospitalier de Laon devra être condamné à réparer les préjudices subis par L à hauteur de 275,11 euros en réparation des dépenses de santé actuelles, 2 504,04 euros en réparation des frais divers, 1 324,01 euros en réparation du déficit fonctionnel temporaire, 28 036,80 euros en réparation de l'assistance par tierce personne temporaire, 960 euros en réparation des souffrances endurées et 1 800 euros en réparation du préjudice esthétique temporaire ;
- le centre hospitalier de Laon devra être condamné à réparer les préjudices subis par M. A H à hauteur de 700,84 euros en réparation des frais funéraires, 614,45 euros en réparation des frais divers, 1 800 euros en réparation du préjudice d'accompagnement et 3 000 euros en réparation du préjudice d'affection ;
- le centre hospitalier de Laon devra être condamné à réparer les préjudices subis par M. D H, Mme J H épouse C et Mme G H à hauteur de 1 200 euros chacun en réparation de leur préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense enregistrés les 10 juillet 2020, 24 octobre 2023 et 8 et 26 janvier 2024, le centre hospitalier de Laon, représenté par Me Cariou, demande au tribunal de rejeter les demandes dirigées à son encontre ou subsidiairement de les ramener à de plus justes proportions.
Il fait valoir que l'absence de réalisation d'une imagerie par résonance magnétique n'a fait perdre aucune chance à L de bénéficier d'une thrombolyse mécanique de sorte que sa responsabilité ne saurait être engagée et subsidiairement qu'il y a lieu d'appliquer le partage de responsabilité retenu par l'expert à hauteur de 5 % pour sa part dans la perte de chance évaluée à 12 % de limiter la gravité des conséquences de l'accident vasculaire cérébral de la défunte.
Par des mémoires enregistrés les 30 novembre 2023 et 4 juin 2024, la caisse nationale militaire de sécurité sociale, représentée par Me Vergeloni, demande au tribunal de condamner in solidum le centre hospitalier de Laon et Mme F à lui payer les sommes de :
1°) 131 893,29 euros au titre des débours exposés ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 30 novembre 2023 et la capitalisation de ces intérêts ;
2°) 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la réparation des dommages subis par L incombe au centre hospitalier de Laon.
La requête a été transmise à Mme F qui n'a pas produit d'observations.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur les conclusions de la caisse nationale militaire de sécurité sociale dirigées contre Mme F.
Des observations en réponse présentées pour la caisse nationale militaire de sécurité sociale ont été enregistrées le 13 décembre 2023 et communiquées.
Un mémoire présenté pour le centre hospitalier de Laon a été enregistré le 10 juin 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance no 2001603 du 27 septembre 2023 de la présidente du tribunal administratif d'Amiens taxant et liquidant les frais d'expertise, ordonnée le 10 novembre 2020, à la somme de 1 800 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Denys substituant Me Berezig pour les consorts H et de Me Moughni pour le centre hospitalier de Laon.
Considérant ce qui suit :
1. L, alors âgée de 81 ans, qui a présenté des signes neurologiques affectant sa jambe droite le 17 juin 2019 vers 10 heures 30 puis une paralysie de la jambe droite vers 14 heures, s'est rendue chez son médecin traitant, le docteur F, laquelle a prescrit en urgence des examens vers 18 heures. Le service d'aide médicale urgente (SAMU) contacté vers 18 heures 15 a dépêché les pompiers qui ont transporté l'intéressée vers 18 heures 45 au centre hospitalier de Laon où ils sont arrivés vers 19 heures 10. Le 18 juin 2019, L a été transférée au centre hospitalier de Soissons où elle sera prise en charge jusqu'au 15 juillet 2019.
2. Par ordonnance du 10 novembre 2020, le juge des référés de ce tribunal saisi par L a ordonné une expertise médicale dont le rapport a été déposé le 20 septembre 2023. Par la présente requête, les consorts H venant aux droits de L demandent au tribunal la réparation de leurs préjudices.
Sur les conclusions dirigées contre Mme F :
3. Les consorts H ont déclaré se désister de leurs conclusions dirigées contre Mme F. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
4. Les conclusions de la caisse nationale militaire de sécurité sociale dirigées contre Mme F, à raison de son activité libérale de droit privé, doivent être rejetées comme portées devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
5. En premier lieu, aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
6. Il résulte des dispositions des articles R. 6311-1 à R. 6311-13 du code de la santé publique que le SAMU, qui comporte un centre de réception et de régulation des appels, est chargé d'assurer une écoute médicale permanente, de déterminer et de déclencher la réponse la mieux adaptée à la nature des appels, de s'assurer de la disponibilité des moyens d'hospitalisation, publics ou privés, adaptés à l'état du patient, d'organiser le cas échéant le transport dans un établissement public ou privé en faisant appel à un service public ou à une entreprise privée de transports sanitaires et de veiller à l'admission du patient. En outre, le médecin régulateur est chargé d'évaluer la gravité de la situation et de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles, en vue d'apporter la réponse la plus appropriée à l'état du patient et de veiller à ce que les soins nécessaires lui soient effectivement délivrés. Il doit pour ce faire se fonder sur une estimation du degré de gravité avérée ou potentielle de l'atteinte à la personne concernée, une appréciation du contexte, de l'état et des délais d'intervention des ressources disponibles. Ces appréciations reposent sur un dialogue entre le médecin régulateur et la personne concernée, ou, le cas échéant, son entourage.
7. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise qu'à l'occasion des troubles neurologiques qui se sont manifestés le 17 juin 2019, malgré le tableau clinique présenté par la victime, à savoir un accident ischémique transitoire à tout le moins ou un accident vasculaire cérébral, et malgré sa connaissance des antécédents cérébrovasculaires de la patiente, le Dr F, médecin traitant de L, n'a pas pris en charge sa patiente avec diligence, dès lors qu'elle s'est abstenue de procéder à un examen neurologique détaillé d'une part et d'appeler elle-même les services d'aide médicale urgente pour mettre en œuvre sans délai une imagerie par résonance magnétique d'autre part.
8. Ensuite, les bonnes pratiques commandent face à un pareil tableau clinique de diriger les patients vers un établissement spécialisé de santé doté d'un service de neurologie. Lorsque l'époux de L a contacté le service médical d'aide d'urgence, le médecin régulateur qui avait pris la mesure de la situation avait préconisé de transférer L aux centres hospitaliers de Soissons ou de Saint-Quentin, établissements spécialisés en la matière. Toutefois, pour une raison inexpliquée, les intervenants ont pris en charge L pour l'emmener au centre hospitalier de Laon, qui n'est pas doté d'un service qui aurait permis de la prendre en charge conformément à ce qu'exigeait l'urgence de son état.
9. Enfin, pour des considérations de planning, le centre hospitalier de Laon n'a pas procédé à une imagerie par résonance magnétique, alors que la procédure applicable impose de considérer comme prioritaire pour la réalisation de cet examen les patients qui présentent un tableau clinique d'accident ischémique transitoire ou d'accident vasculaire cérébral comme c'était le cas de L.
10. Les manquements caractérisés aux points 8 et 9 sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Laon sur le fondement du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
11. En second lieu et d'une part, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des co-auteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre co-auteur.
12. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les co-auteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du co-auteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.
13. Il appartient en conséquence au juge de déterminer l'indemnité due au requérant, dans la limite des conclusions indemnitaires dont il est saisi, laquelle s'apprécie au regard du montant total de l'indemnisation demandée pour la réparation de l'entier dommage, quelle que soit l'argumentation des parties sur un éventuel partage de responsabilité.
14. D'autre part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
15. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise que si vers
10 heures 30 le 17 juin 2019, L a subi un accident ischémique transitoire, il s'agissait d'un accident vasculaire cérébral en cours à compter de 14 heures. Afin de limiter la sévérité des séquelles de cette affection, il y a lieu d'agir avec célérité dès lors que le traitement le plus efficace, une thrombolyse chimique, n'a quasiment plus aucun effet bénéfique s'il est réalisé plus de quatre heures trente après l'apparition des symptômes. L'orientation de L vers le centre hospitalier de Laon alors que cet établissement ne pouvait mettre en œuvre cette thérapeutique a fait perdre une chance à L de réduire les conséquences du dommage. De la même manière, il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise qu'en n'accordant pas la priorité à l'intéressée pour réaliser une imagerie par résonance magnétique, même s'il était trop tard pour mettre en œuvre avec un quelconque bénéfice une thrombolyse chimique, l'établissement de santé s'est interdit la possibilité de recourir à une thrombolyse mécanique qui présente également un intérêt pour réduire la sévérité d'un accident vasculaire cérébral en cours.
16. Ainsi, contrairement à ce qu'affirme le centre hospitalier de Laon, les fautes caractérisées aux points 8 et 9 du présent jugement qui portaient normalement en elles le dommage au moment où elles se sont produites ont bien concouru à la perte de chance évaluée à 12 % pour L, compte tenu de son âge notamment, de limiter la sévérité des graves séquelles de l'accident vasculaire cérébral ayant conduit à son décès. Il s'ensuit que les consorts H sont fondés à demander la réparation de leurs préjudices dans cette mesure au centre hospitalier de Laon, qui ne peut opposer le partage de responsabilité avec le médecin traitant de la défunte retenu par l'expert.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
S'agissant des préjudices de L :
17. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement de l'expertise et n'est pas contesté que la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée doit être fixée à la date de son décès soit le 11 août 2021.
Quant aux dépenses de santé actuelles :
18. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise qu'en raison des manquements commis, L est restée dans un état de quasi-totale dépendance. Les requérants ont justifié s'être acquittés de la somme globale de 2 292,60 euros à compter du mois de décembre 2019 pour l'achat de protections, de gants, de crèmes anti-escarres et divers accessoires de toilettes.
19. Ce préjudice sera exactement réparé, compte tenu du taux de perte de chance précité, à hauteur de la somme de 275,11 euros.
Quant aux frais divers :
20. Il résulte de l'instruction qu'en raison de l'état de santé de L, des frais d'aménagement de sa salle de bains et de ses toilettes ont été exposés à hauteur de la somme de 5 984 euros. Ces dépenses doivent être mises à la charge du centre hospitalier de Laon à hauteur de la somme de 718,08 euros compte tenu du taux de perte de chance précité.
21. Il résulte de l'instruction qu'un appareil de verticalisation et une modification du logement permettant l'accès à un fauteuil roulant ont justifié des dépenses d'un montant global de 883 euros en lien avec l'état de dépendance séquellaire de la défunte. Ce chef de préjudice sera exactement réparé à hauteur de la somme de 105,96 euros en considération du taux de perte de chance précité.
22. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de la procédure de référé, L a réglé la somme de 1 680 euros pour être assistée d'un conseil. Cette somme doit intégralement être mise à la charge de l'établissement public de santé.
23. Il s'ensuit que ce préjudice à la charge du centre hospitalier de Laon doit être évalué à la somme de 2 504,04 euros.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
24. Il résulte de l'instruction qu'en raison des manquements commis, L a subi un déficit fonctionnel temporaire total entre les 17 juin 2019 et 16 décembre 2019, de 90 % entre les 17 décembre 2019 et 14 janvier 2020, total entre les 15 janvier 2020 et 10 février 2020, de 90 % entre les 11 février 2020 et 9 août 2021 et total les 10 et 11 août 2021.
25. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 15 euros par jour pour un déficit fonctionnel total, à hauteur de la somme, compte tenu du taux de perte de chance précité, de 1 313,10 euros.
Quant à l'assistance par tierce personne :
26. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
27. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise que les besoins en assistance par tierce personne étaient justifiés tous les jours 24 heures sur 24 compte tenu de l'état de dépendance séquellaire de L.
28. Il y a lieu, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, et ainsi que le prévoit le référentiel de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 14 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, ce préjudice s'évalue à la somme, compte tenu du taux de perte de chance précité, de 26 169,34 euros.
Quant aux souffrances endurées :
29. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7 en considération des troubles neurologiques et des souffrances psychologiques subis. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 780 euros, compte tenu du taux de perte de chance précité.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
30. Il résulte de l'instruction qu'en considération de la modification de la présentation extérieure de L avant son décès, imputable aux séquelles neurologiques et cognitives, les requérants sont fondés à soutenir que l'établissement public de santé doit réparer le préjudice esthétique temporaire subi par L qui sera par une juste évaluation, retenue à hauteur de 600 euros, compte tenu du taux de perte de chance précité.
S'agissant des préjudices des proches de L :
Quant aux préjudices du conjoint survivant :
31. Il résulte de l'instruction qu'en 2020, M. A H, époux de la défunte, a utilisé son automobile et exposé des frais pour se rendre chez son avocat et rendre visite à son épouse lorsqu'elle était hospitalisée. Il est justifié de 14 190 kilomètres parcourus à ce titre. Ces dépenses doivent être mises à la charge du centre hospitalier de Laon, compte tenu du taux de perte de chance précité, à hauteur de la somme de 728,40 euros.
32. M. A H sollicite également l'indemnisation d'une facture pour une ambulance à hauteur de la somme de 529,42 euros pour se rendre aux obsèques de son épouse sans justifier de l'imputabilité de cette dépense aux manquements commis par le centre hospitalier de Laon.
33. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion du décès de L en lien avec les manquements du centre hospitalier de Laon, M. A H a exposé des frais d'obsèques à hauteur de la somme globale de 5 310,93 euros. Ce préjudice doit être réparé par la condamnation de l'établissement public de santé au paiement de la somme, compte tenu du taux de perte de chance précité, de 637,31 euros.
34. Il sera fait une juste appréciation des préjudices d'accompagnement et d'affection de M. A H en fixant la réparation de ces dommages par le centre hospitalier de Laon à hauteur de la somme de 4 800 euros, compte tenu du taux de perte de chance précité.
Quant aux préjudices des enfants de L :
35. Le préjudice d'affection de chacun des trois enfants de la défunte sera justement réparé, par la condamnation du centre hospitalier de Laon au paiement à chacun d'entre eux de la somme de 480 euros, compte tenu du taux de perte de chance précité.
36. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Laon doit être condamné à verser les sommes de 31 641,59 euros aux consorts H en réparation des préjudices subis par L, de 6 165,72 euros à M. A H en réparation de ses préjudices et de 480 euros à chacun des trois enfants de la défunte, en réparation de leur préjudice d'affection.
Sur les conclusions de la caisse nationale militaire de sécurité sociale :
En ce qui concerne le remboursement des débours :
37. La caisse nationale militaire de sécurité sociale justifie de frais d'hospitalisation, de frais médicaux, de frais pharmaceutiques et de frais d'appareillage à hauteur de la somme de 131 893,29 euros par la production d'un relevé détaillé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité établie par son médecin-conseil. Compte tenu du taux de perte de chance précité, il y a lieu de mettre la somme de 15 827,19 euros à la charge du centre hospitalier de Laon.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
38. La caisse nationale militaire de sécurité sociale a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 15 827,19 euros à compter du 30 novembre 2023, date d'enregistrement de son mémoire au greffe du tribunal.
39. La capitalisation des intérêts a été demandée le 30 novembre 2023. À la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
40. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".
41. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Laon le versement à la caisse nationale militaire de sécurité sociale de la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les dépens :
42. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée le 10 novembre 2020, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros par ordonnance no 2001603 du 27 septembre 2023 de la présidente du tribunal administratif d'Amiens, à la charge définitive du centre hospitalier de Laon.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Laon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts H et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la caisse nationale militaire de sécurité sociale présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : Il est donné acte du désistement des conclusions des consorts H dirigées contre Mme F.
Article 2 : Les conclusions de la caisse nationale militaire de sécurité sociale dirigées contre Mme F sont rejetées comme portées devant un ordre juridiction incompétent pour en connaître.
Article 3 : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser aux consorts H la somme de 31 641,59 euros en réparation des préjudices subis par L.
Article 4 : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser à M. A H la somme de 6 165,72 euros en réparation de ses préjudices.
Article 5 : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser à M. D H, Mme J H épouse C et Mme G H chacun la somme de 480 euros en réparation de leurs préjudices.
Article 6 : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser à la caisse nationale militaire de sécurité sociale, en remboursement de ses débours, la somme de 15 827,19 euros avec intérêts au taux légal à compter du 30 novembre 2023.
Article 7 : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser à la caisse nationale militaire de sécurité sociale la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 8 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Laon.
Article 9 : Le centre hospitalier de Laon versera une somme globale de 1 500 euros aux consorts H au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, M. D H, Mme J H épouse C, Mme G H, Mme K F, au centre hospitalier de Laon et à la caisse nationale militaire de sécurité sociale.
Copie en sera adressée pour information au professeur B I, expert.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2001607
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026