jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2001985 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARCHESSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 juillet 2020, 28 décembre 2020 et 22 septembre 2021, la SCI Saint Pierre représentée par Me Marchesseau demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016 et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été privée de la garantie que constitue l'exercice du double recours hiérarchique prévu par la charte du contribuable vérifié ;
- elle est fondée à demander la compensation à hauteur de 4 584 euros et
4 907 euros entre les rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'une part et la taxe sur la valeur ajoutée déductible régularisée en septembre 2016 d'autre part ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux loyers payés à la SCI du Ply, en application d'un bail commercial, en méconnaissance du principe de la neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée et de la théorie des frais généraux.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 décembre 2020 et 16 juin 2021, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Saint Pierre, ayant opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et détenue intégralement par la SAS Valmer, a pour activité la location de locaux nus à usage professionnel. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle ont été mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Aux termes de la charte du contribuable vérifié précitée, dans sa rédaction applicable au présent litige : " En cas de désaccord avec le vérificateur vous pouvez saisir l'inspecteur divisionnaire ou principal. Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. () Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article 4 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : " Nul ne peut, s'il n'est avocat, assister ou représenter les parties, postuler et plaider devant les juridictions et les organismes juridictionnels ou disciplinaires de quelque nature que ce soit, sous réserve des dispositions régissant les avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation ". Aux termes du premier alinéa de l'article 6 de cette même loi : " Les avocats peuvent assister et représenter autrui devant les administrations publiques, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers, dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Aucune disposition législative ou réglementaire applicable au déroulement de la procédure d'imposition ne subordonne la possibilité pour un avocat de représenter un contribuable à la justification du mandat qu'il a reçu.
4. Il résulte de l'instruction que par courrier du 14 novembre 2017, l'avocat de la SCI Saint Pierre, pour le compte de cette dernière, a renoncé à la saisine du recours hiérarchique et a demandé la saisine directe de l'interlocuteur. L'administration fiscale a, par courrier du 17 novembre 2017, adressé directement à la SCI Saint Pierre, indiqué prendre acte du renoncement exprès à la garantie précitée et de la demande de saisine directe de l'interlocuteur. Or, d'une part, dès lors que l'élection de domicile n'est que le mandat donné pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure et y répondre, la SCI Saint Pierre ne peut utilement prétendre qu'en l'absence d'élection de domicile au cabinet de l'avocat, aucun mandat ne lui avait été donné pour cette renonciation, compte tenu de ce qui est dit au point 3. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la SCI Saint Pierre aurait demandé au cours de la procédure à bénéficier d'un entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur en vue d'obtenir des éclaircissements supplémentaires et il résulte de ce qui vient d'être dit que la société a renoncé expressément à cette garantie par le biais de son avocat qui la représentait régulièrement. Par suite, alors que le service a mis en mesure la société de demander le recours hiérarchique en l'informant des possibilités et modalités de saisine dans l'avis de vérification, que celle-ci n'en a pas demandé le bénéfice, y a même renoncé et a clairement demandé la saisine directe de l'interlocuteur, il n'incombait nullement à l'administration, comme le soutient la requérante, d'obliger cette dernière à exercer ce recours avant la saisine de l'interlocuteur, pour permettre le respect chronologique de la procédure prévue par la charte du contribuable dans sa version alors en vigueur. Il s'ensuit que la SCI saint-Pierre n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée de la garantie prévue par les dispositions précitées du livre des procédures fiscales et que la procédure d'imposition serait irrégulière pour ce motif.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe à la valeur ajoutée applicable à cette opération ". Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière des dispositions de l'article 1er et de l'article 168 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des biens et services lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti.
6. Par bail commercial du 3 mai 2012, la SCI Saint Pierre s'est engagée à verser un loyer mensuel de 11 610 euros hors taxes à la SCI du Ply pour la location d'un local commercial situé à Allonne. Le même jour, la SCI saint Pierre a concédé une convention d'occupation gratuite du bien immobilier loué à la SA Launet.
7. La SCI Saint Pierre soutient que l'opération de mise à disposition du bien à la SA Launet, a permis à cette dernière de réaliser ses propres opérations taxées et de lui verser par ailleurs des recettes de loyers elles-mêmes soumises à taxe sur la valeur ajoutée pour d'autres locaux et qu'ainsi cette opération fait partie de ses frais généraux en tant qu'elle est un élément constitutif du prix des services fournis et rendus à la société SA Launet et entretient, ainsi, un lien direct et immédiat avec l'ensemble de son activité économique taxable.
8. Mais d'une part, dès lors qu'il n'existe aucune contrepartie à l'abandon de loyer consenti à la SA Launet, ainsi que le reconnaît la requérante, cette dernière ne pouvait faire valoir aucun droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les loyers versés à la SCI du Ply en amont. D'autre part, dès lors que le bail signé avec la SCI du Ply a eu pour seul objet de permettre la mise à disposition gratuite de la SA Launet des locaux concernés, les loyers ne peuvent être regardés comme exposés pour l'ensemble de l'activité économique de la société, quand bien même la SCI Saint-Pierre louerait par ailleurs d'autres locaux à la SA Launet. Ainsi la taxe sur la valeur ajoutée acquittée à l'occasion de leur règlement ne peut être déduite au titre des frais généraux de l'entreprise.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ". Aux termes de l'article L. 205 du livre des procédures fiscales : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition ". En matière de taxe sur la valeur ajoutée, la compensation ne peut s'effectuer entre des impositions qui ne sont pas dues par le contribuable et des impositions qui avaient été initialement omises par l'administration que lorsque chacune de ces impositions est relative à la période couverte par un même avis de mise en recouvrement.
10. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement des impositions en litige concerne la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016. Par suite, la SCI Saint Pierre n'est pas fondée à solliciter la compensation de rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur cette période avec des régularisations alléguées intervenues postérieurement, en septembre 2016. Il y a ainsi lieu d'écarter ce moyen.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI Saint Pierre doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Saint Pierre est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Saint Pierre et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026