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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2002452

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2002452

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2002452
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BEJIN - CAMUS - BELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juillet 2020, le 26 mars 2021 et le 28 mars 2022, M. A B et Mme E C, représentés par la SCP Bejin-Camus-Belot, demandent au tribunal :

1°) la décharge, ou, à titre subsidiaire la réduction, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de leur accorder le bénéfice des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pu bénéficier d'un délai raisonnable pour obtenir l'assistance d'un conseil lors de l'examen de situation fiscale personnelle dont ils ont fait l'objet ;

- l'administration fiscale a commis un détournement de procédure en utilisant la procédure de demande de justification prévue aux articles L. 16 et L. 16 A du livre des procédures fiscales alors qu'elle connaissait à la date de ces demandes le classement catégoriel des revenus litigieux ;

- le recours à la procédure de taxation d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales est irrégulier alors que l'origine professionnelle des revenus litigieux était connue ;

- ils sont fondés à se prévaloir des articles L. 80 et L. 205 du livre des procédures fiscales puisqu'en imposant en tant que revenus de capitaux mobiliers, des sommes mises à disposition de l'EURL B et affectées au règlement des dettes de cette dernière, ils justifient d'une surtaxe commise à leur préjudice et d'une double imposition ;

- il y a lieu de déduire des revenus distribués imposés par l'administration les charges qu'ils ont personnellement acquittées pour le compte de l'EURL B au titre des années 2015 et 2016 ;

- les versements en espèces qualifiés de revenus d'origine indéterminée correspondent à des virements de compte à compte ;

- ils justifient de l'origine du crédit de 2 000 euros du 9 juin 2015, du chèque de 3 910,80 euros du 13 janvier 2015 et du règlement de 2 000 euros effectué le 3 septembre 2016.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 février 2021 et le 25 février 2022, l'administratrice générale de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B et Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme C ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle sur les revenus des années 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 17 décembre 2018, l'administration a estimé que M. B avait bénéficié de revenus distribués de la part de l'EURL B et disposait de revenus d'origine indéterminée. Par deux avis d'imposition établis le 19 septembre 2019 respectivement au titre des années 2015 et 2016, les suppléments d'impôt sur le revenu résultant des revenus réputés distribués par l'EURL B ont été mis en recouvrement. Par la présente requête, M. B et Mme C en demandent la décharge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix () ". Lorsque l'administration avise le contribuable qu'elle entreprend un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, elle doit, avant d'effectuer toute démarche tendant à recueillir, pour les besoins de cet examen, des informations ou des documents soit auprès du contribuable lui-même, soit auprès de tiers, laisser à ce contribuable un délai suffisant pour lui permettre de s'assurer l'assistance d'un conseil de son choix. Pour apprécier si le délai s'écoulant entre la réception de l'avis et le début de la vérification fiscale est suffisant pour permettre au contribuable de se faire assister par le conseil de son choix, il y a lieu de ne tenir compte, dans la computation de ce délai, ni du jour de la réception de l'avis, ni de celui marquant le début des opérations de contrôle fiscal. Il y a lieu également d'exclure les samedis, dimanches et jours fériés.

3. Il résulte de l'instruction que l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des requérants du 30 octobre 2017 a été réceptionné par ces derniers le 31 octobre 2017 alors que les opérations de contrôle ont débuté effectivement le 22 novembre 2017, ainsi qu'il résulte de l'instruction. De plus, les mentions de la proposition de rectification distinguent bien la date à partir de laquelle le délai d'un an pour la réalisation d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle court, soit celle de la réception de l'avis d'examen contradictoire, et la date de début effectif des opérations de contrôle résultant du courrier du 22 novembre 2017 par lequel le service a effectué les premières démarches du contrôle.

4. Compte tenu du délai supérieur à deux jours francs laissé entre la réception de l'avis d'examen contradictoire de situation fiscale personnelle et le début des opérations de contrôle, M. B et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'ont pu bénéficier d'un délai suffisant pour s'assurer l'assistance d'un conseil de leur choix.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. Elle peut, en outre, lui demander des justifications au sujet de sa situation et de ses charges de famille, des charges retranchées du revenu net global ou ouvrant droit à une réduction d'impôt sur le revenu en application des articles 156 et 199 septies du code général des impôts, ainsi que des avoirs ou revenus d'avoirs à l'étranger. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. (). ". Aux termes de l'article L. 16 A du même livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ". Aux termes de l'article L. 69 dudit livre : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissement ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

6. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que le total des montants crédités sur les relevés de compte des requérants au titre des années 2015 et 2016 représentait plus du double de leurs revenus déclarés.

7. A cet égard, si l'administration fiscale commet un détournement de procédure lorsqu'elle utilise la procédure de demande de justification à peine de taxation d'office en application des dispositions précitées, pour redresser des revenus dont elle n'ignore, à la date de sa demande, ni la nature, ni par suite, le classement catégoriel, il ne résulte pas de l'instruction que la demande d'éclaircissement et de justification adressée le 29 mai 2018 puis la mise en demeure adressée en application de l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales le 28 septembre 2018 aient porté sur des revenus dont l'administration aurait connu à la date de ces demandes la nature, alors, d'une part, que l'origine de ces revenus n'était pas établie par les informations parcellaires et non étayées de justificatifs fournies par les requérants, notamment dans leur courrier du 9 avril 2018 et, d'autre part, que l'ensemble des crédits portés aux comptes des requérants provenant de l'EURL B, dont M. B était l'associé-gérant, ont été exclus de la demande initiale, tout comme de la mise en demeure, lorsque leur origine a été connue avant leur envoi, du fait de leur rattachement à la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Dans ces conditions le détournement de procédure allégué doit être écarté.

8. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que c'est-à-tort que l'administration a procédé à une taxation d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales compte-tenu des réponses apportées à la mise en demeure du 28 septembre 2018, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige, qui résultent des avis d'imposition établis le 19 septembre 2019, concernent un rehaussement au titre des revenus de capitaux mobiliers, dans le cadre d'une procédure de rectification contradictoire. Par suite, le moyen est inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : ()/ c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

10. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que M. B et

Mme C ont encaissé sur leurs comptes bancaires personnels, sur le compte courant d'associé de M. B ou sur le compte de la société civile immobilière Manolo dont ils sont les associés, les règlements de factures émises par l'EURL B dont M. B est l'associé-gérant et ont reçu des versements directs de la part de cette société. Les sommes en question ont alors été imposées en application du c. de l'article 111 du code général des impôts dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers

11. M. B et Mme C demandent que soient déduits de ces revenus les sommes acquittées par eux pour le compte de l'EURL B en paiement de certaines de ses charges. Toutefois, la circonstance que les revenus distribués par l'EURL B aient été employés pour régler des charges dont les requérants allèguent qu'elles incombaient à la société, est sans incidence sur la détermination du quantum des revenus distribués initialement.

12. Par ailleurs, M. B et Mme C ne sauraient utilement se prévaloir d'une compensation entre les dettes réciproques détenues par eux et l'EURL B qui est sans incidence sur les impositions en litige, alors qu'en tout état de cause, ils ne démontrent nullement qu'ils se trouvaient dans une telle situation au sens des articles 1289 et 1290 du code civil.

13. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir qu'un certain nombre de " versements espèces " provenaient de retraits opérés sur d'autres comptes dont M. B était titulaire à des dates rapprochées, ou qu'imposant au titre des revenus de capitaux mobiliers, des sommes mises à disposition de l'EURL B et affectées au règlement des dettes de cette dernière, ils justifient d'une surtaxe commise à leur préjudice et d'une double imposition, les requérants n'assortissent pas leurs moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

14. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige, qui résultent des avis d'imposition établis le 19 septembre 2019, concernent un rehaussement au titre de revenus de capitaux mobiliers dans le cadre d'une procédure de rectification contradictoire. Par suite, le moyen tiré de ce que l'origine de trois crédits qui ont été qualifiés de revenus d'origine indéterminée par la proposition de rectification du 17 décembre 2018, est justifiée par les requérants, alors que ces chefs de rehaussement ne sont pas concernés par les avis d'imposition établis le 19 septembre 2019, ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B et Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme E C et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A-L D

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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