jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2002523 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DELCROIX AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2020 et le 15 juillet 2022, la société MASCF-le sou médical, représentée par Me Delcroix, demande au tribunal :
1°) de condamner le groupe hospitalier public du sud de l'Oise à lui verser la somme globale de 133 933,10 euros, assortie des intérêts légaux, correspondant à la part qui lui est imputable dans le dommage subi par Mme A ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier public du sud de l'Oise la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un recours subrogatoire à l'encontre du groupe hospitalier public du sud de l'Oise lui permettant d'engager tant sa responsabilité sans faute que pour faute à raison de l'infection nosocomiale contractée dans le service par Mme A à la suite d'une fracture du coude imputable à sa propre faute et compte-tenu des conditions de prise en charge de la pseudarthrose secondaire développée par la patiente ;
- il y a lieu de retenir la seule responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise au titre de l'indemnisation des frais d'assistance temporaire par une tierce personne rendue nécessaire par l'état de santé de Mme A au-delà de 1 h30 par jour du 3 octobre au 3 décembre 2013 et de 3 heures par semaine du 3 décembre 2013 au 3 mars 2014 et pour l'ensemble de l'indemnisation desdits frais en dehors de ces périodes ainsi qu'à raison des frais d'assistance par une tierce personne postérieurement à la consolidation de l'état de santé de
Mme A, représentant respectivement les sommes de 13 055,43 euros et 46 099,80 euros ;
- il y a lieu de retenir la seule responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise au titre des périodes de déficit fonctionnel temporaire de Mme A au-delà de la prise en charge, au titre de sa propre faute, d'une période de déficit fonctionnel temporaire total du 25 septembre au 2 octobre 2013, d'une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe III du 3 octobre au 3 décembre 2013, d'une période de déficit fonctionnel temporaire de classe II du 3 décembre 2013 au 3 mars 2014 et d'une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe I du 4 mars au 4 juillet 2014 et au titre du déficit fonctionnel permanent de la patiente au-delà d'un taux d'incapacité permanente partielle de 3 %, représentant respectivement les sommes de 6 180,90 euros et 14 300 euros ;
- la part de responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise dans les souffrances endurées par Mme A, qui ont été évaluées globalement à 4,5 sur une échelle de 7, correspond à des souffrances qui peuvent être évaluées à 2 sur une échelle de 7, soit la somme de 8 000 euros ;
- la part de responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise dans le dommage de Mme A correspond à 80 % de celui-ci s'agissant des faits divers supportés, soit la somme de 1 720,33 euros, des frais d'aménagement du logement de la victime en lien avec les séquelles de son coude gauche, soit la somme de 1 437,10 euros, les préjudices esthétiques temporaire et permanent subis, soit les sommes de 640 euros et 1 760 euros, le préjudice d'agrément en lien avec les séquelles de son coude gauche subis, soit la somme de
480 euros, et s'agissant des débours exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, soit la somme de 40 839,54 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet 2021 et les 21 juin et 22 juillet 2022, le groupe hospitalier public du sud de l'Oise, représenté par Me Fabre, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société MACSF-le sou médical en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la société MASCF-le sou médical ne dispose d'aucune action subrogatoire à son encontre au titre de sa responsabilité sans faute ;
- il n'a, par ailleurs, commis aucune faute engageant sa responsabilité.
Par ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Laseraz, représentant le groupe hospitalier public du sud de l'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, alors âgée de 76 ans, s'est rendue au centre de radiologie des Portes de Creil le 25 septembre 2013 pour y subir un examen radiologique de l'épaule droite. Ayant chuté lors de l'examen, elle a été prise en charge le même jour par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise pour une fracture fermée du coude gauche ayant donné lieu à une intervention chirurgicale le 26 septembre avec ostéosynthèse. Une infection par staphylococcus aureus a été diagnostiquée le 16 octobre 2013 et a donné lieu à une nouvelle intervention chirurgicale et un traitement antibiotique. Présentant des séquelles douloureuses dues à une pseudarthrose secondaire, Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales. A la suite de deux rapports d'expertise, la commission a rendu les avis des 17 juin 2015 et 29 novembre 2016 dont il résulte qu'elle retient la responsabilité exclusive du centre de radiologie des Portes de Creil du fait de la survenue de la chute initiale. En conséquence, la société MACSF-le sou médical a fait une offre d'indemnisation à Mme A qui s'est concrétisée par la conclusion de deux protocoles d'accord transactionnels respectivement avec cette dernière et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise. Estimant que le dommage de Mme A engage la responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise, la société MACSF-le sou médical demande au tribunal de le condamner à lui rembourser la part des préjudices et débours qui lui sont imputables.
Sur l'action de la société MACSF-le sou médical :
2. Aux termes de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance. () Si l'assureur qui a transigé avec la victime estime que le dommage n'engage pas la responsabilité de la personne qu'il assure, il dispose d'une action subrogatoire soit contre le tiers responsable, soit contre l'Office national d'indemnisation si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 trouvent à s'appliquer. () ".
3. Par ailleurs, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique que la société MACSF-le sou médical est subrogée dans les droits de Mme A et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise à raison des transactions conclues avec elles à la suite des avis émis par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales des 17 juin 2015 et 29 novembre 2016. La société MACSF-le sou médical peut, par suite, se prévaloir de la responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise dans les mêmes conditions que celles initialement ouvertes à Mme A et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, dans les droits desquelles elle est subrogée, et notamment invoquer la responsabilité des établissements de santé du fait d'infections nosocomiales telle que prévue par le I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur la responsabilité du groupe hospitalier public du sud de l'Oise :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des rapports d'expertise produits dans le cadre de la procédure menée devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales que Mme A a été victime, dans les suites de son hospitalisation, d'une infection par staphylococcus aureus qui présente le caractère d'une infection nosocomiale, étant intervenue au décours de la prise en charge médicale sans être présente ou en incubation au début de celle-ci. A cet égard, les experts ont exclu toute cause étrangère.
6. En revanche, si la société MACSF-le sou médical soutient que cette infection résulte d'une faute en l'absence d'administration effective du traitement antibiotique prophylactique pourtant prescrit, il résulte des rapports d'expertise que Mme A avait bénéficié d'un traitement antibiotique préventif dès sa prise en charge, la veille de l'opération, au sein du service des urgences de l'établissement et que, par suite, cette négligence ne présente pas de lien de causalité avec la survenance de l'infection. Par ailleurs, si la société MACSF-le sou médical invoque des manquements de l'établissement relevés par les rapports d'expertise qui notent que la préparation cutanée de l'opérée n'était pas disponible, que le garrot n'était pas indiqué et que la " check-list " prévue par la Haute Autorité de santé n'a pas été communiquée, ceux-ci ne présentent pas de lien de causalité avec l'infection nosocomiale en cause, les experts ayant d'ailleurs retenu que la prise en charge par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise a été conforme.
7. Il résulte de ce qui précède que la société MACSF-le sou médical est fondée à soutenir que l'infection nosocomiale par staphylococcus aureus dont a été victime Mme A au décours de sa prise en charge engage la responsabilité de l'établissement en vertu du deuxième aliéna du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme A souffre d'une pseudarthrose secondaire à la fracture de son coude. Toutefois, les rapports d'expertise produits ne permettent pas d'en connaitre la cause, celle-ci pouvant résulter de la fracture initiale ou être d'origine infectieuse, y compris en lien avec une infection nosocomiale. Par suite, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de statuer sur l'imputabilité de ce syndrome ni, par suite, sur les responsabilités en résultant. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner, avant dire droit, une expertise aux fins d'indiquer au tribunal la ou les causes de la pseudarthrose secondaire diagnostiquée chez Mme A et notamment si celle-ci est imputable totalement ou partiellement à la fracture du coude gauche dont elle a été victime le 25 septembre 2013, et/ou à sa prise en charge à compter de cette date par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise, en lien, le cas échéant, avec une ou plusieurs infections nosocomiales.
9. Par ailleurs, alors que les rapports d'expertise produits ne se sont que partiellement prononcés sur ce point et en l'absence d'élément suffisamment précis, il y a lieu de demander à l'expert d'indiquer parmi les préjudices subis par Mme A et les débours exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise ceux, le cas échéant, exclusivement imputables à la fracture initiale du coude gauche de la patiente ou exclusivement imputables à l'infection nosocomiale par staphylococcus aureus contractée par elle, ou à un autre fait générateur ou, le cas échéant, le partage de responsabilité devant être opéré dans leur survenance entre ces différents faits générateurs.
10. Avant de statuer sur la demande d'indemnisation, il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-avant.
D É C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer définitivement, procédé à une expertise aux fins de déterminer la cause de la pseudarthrose secondaire dont est victime Mme A et le partage des responsabilités entre la société MACSF-le sou médical et le groupe hospitalier public du sud de l'Oise.
Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. Il prendra connaissance des motifs du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : L'expert aura pour mission :
1°) de déterminer la ou les causes de la pseudarthrose secondaire diagnostiquée chez Mme A et notamment d'indiquer si celle-ci est imputable totalement ou partiellement à la fracture du coude gauche dont elle a été victime le 25 septembre 2013, et/ou à sa prise en charge à compter de cette date par le groupe hospitalier public du sud de l'Oise, en lien, le cas échéant, avec une ou plusieurs infections nosocomiales, ou, le cas échéant, de mentionner l'hypothèse la plus vraisemblable ;
2°) d'indiquer parmi les préjudices subis par Mme A et les débours exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise ceux, le cas échéant, exclusivement imputables à la fracture initiale du coude gauche de la patiente ou exclusivement imputables à l'infection nosocomiale par staphylococcus aureus contractée par elle, ou à un autre fait générateur ou, le cas échéant, le partage de responsabilité devant être opéré dans leur survenance entre ces différents faits générateurs ;
3°) s'il y a lieu, de faire toutes autres constatations nécessaires, d'entendre les observations de tous intéressés et d'annexer à son rapport tous documents utiles.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société MASCF-le sou médical et au groupe hospitalier public du sud de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A-L B
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026