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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2002629

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2002629

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2002629
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCONDORCET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 août 2020 et 5 août 2021, M. et Mme C et B A, représentés par Me Hoin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui ont été réclamés à Mme A pour la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2015 ;

2°) de prononcer un sursis de paiement des sommes contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 15 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-le service a méconnu les dispositions de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales dès lors qu'aucune déclaration ne pouvait être utilement faite en l'absence d'opérations taxables ;

-aucune taxe sur la valeur ajoutée ne pouvait être due au titre d'une activité professionnelle de Mme A qui n'est pas établie ;

-le service a méconnu l'article 257 III 4° du code général des impôts dès lors que Mme A n'entraîne pas les chevaux dont elle est propriétaire ;

-le service s'appuie sur une interprétation illégale de la loi fiscale en étendant le domaine d'application de l'article 257 III 4° du code général des impôts ;

-le service a méconnu la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 dès lors que Mme A ne réalise pas de prestations de services au sens de ce texte ;

-le service a recouru à une méthode radicalement viciée pour déterminer les bases d'imposition en litige.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 février 2021 et 8 juillet 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 17 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'absence d'intérêt à agir de M. A dès lors qu'il n'est pas visé par l'avis de mise en recouvrement contesté qui ne concerne que l'imposition de

Mme A à la taxe sur la valeur ajoutée.

Des observations en réponse présentées pour M. et Mme A ont été enregistrées le 21 octobre 2022 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Hoin pour M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle concernant les années 2014 et 2015, à l'issue de laquelle l'administration a notifié à Mme A, par une procédure de taxation d'office, à raison d'une activité occulte, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2015, mis en recouvrement à l'égard de Mme A le 31 octobre 2018 pour un montant, en droits et pénalités, de 32 835 euros, dont M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Les impositions en litige ont été mises en recouvrement au nom de Mme A. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'un intérêt personnel de nature à lui donner qualité pour introduire un recours tendant à la décharge d'impositions auxquelles il n'a pas été assujetti. Par suite, les conclusions à fin de décharge présentées par M. A doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".

4. Il résulte de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (4e chambre) du 10 novembre 2016 n° 432/15, " Odvolací financní reditelství c/ Baštová " que l'article 2, 1-c de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 doit être interprété en ce sens que ne constitue pas une prestation de services effectuée à titre onéreux, au sens de cette disposition, la mise à disposition d'un cheval par son propriétaire, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'organisateur d'une course hippique aux fins de la participation dudit cheval à cette course, dans l'hypothèse où elle ne donnerait pas lieu au versement d'un cachet de participation ou d'une autre rémunération directe et où seuls les propriétaires des chevaux s'étant classés en ordre utile à l'arrivée de la course reçoivent un prix, fût-il déterminé à l'avance. En revanche, une telle mise à disposition d'un cheval constitue une prestation de services effectuée à titre onéreux dans l'hypothèse où elle donne lieu au versement, par l'organisateur, d'une rémunération indépendante du classement du cheval en cause à l'arrivée de la course.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a perçu des gains de course au titre de la période d'imposition en litige selon ce qui figure sur les relevés de France Galop consultés par le vérificateur (prix nominal et primes au propriétaire et à l'éleveur). Il est constant que ces sommes ont été versées en récompense et compte tenu du classement obtenu par les chevaux engagés par Mme A dans des courses hippiques, qu'elles n'ont pas la nature d'un cachet de participation et ne correspondent à aucune prestation de service indépendante du classement des chevaux en cause à l'arrivée de ces courses. Par suite, ces gains de course n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et le service n'était pas fondé à les y assujettir. En tout état de cause, dès lors que la requérante n'était pas entraîneuse de chevaux, le service n'était pas fondé à l'assujettir à la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du 4° du III de l'article 257 du code général des impôts alors en vigueur. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'accorder la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés et des pénalités correspondantes.

Sur la demande de sursis de paiement :

6. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis de paiement de la requête.

Article 2 : Mme A est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2015.

Article 3 : L'État versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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