jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2003192 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BEJIN - CAMUS - BELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2020, M. B A et Mme C A, représentés par la SCP Bejin-Camus-Belot, demandent au tribunal :
1°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) auxquels ils ont été assujettis au titre de la période du 1er janvier 2013 au 29 février 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014, des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2014, en droits et pénalités ;
2°) d'ordonner la restitution de ces impositions dans les conditions prévues par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Ils soutiennent que :
- la procédure d'imposition est viciée dès lors que le service n'a pas répondu aux demandes de prolongation du délai de réponse de trente jours aux propositions de rectification ;
- la procédure d'imposition est viciée dès lors que le contribuable n'a pas reçu avant la mise en recouvrement des impositions, les documents obtenus par le service par l'exercice de son droit de communication dont il a demandé la communication, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- c'est à tort que le service a refusé la prise en compte d'une TVA déductible sur la période de janvier à décembre 2013 au motif que le droit à déduction était atteint de péremption du fait de l'absence de déclaration CA3 correspondante, en application du I de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts ;
- c'est à tort que le vérificateur a réintégré dans le bénéfice industriel et commercial de l'année 2014, des amortissements à hauteur de 19 145,03 euros au motif qu'ils n'auraient pas été comptabilisés dans le délai de déclaration des résultats ;
- la décision d'application des pénalités de l'article 1729 du code général des impôts est insuffisamment motivée ;
- la proposition de rectification est irrégulière dès lors qu'elle ne porte pas la mention dans le paragraphe afférent aux pénalités de la faculté pour le contribuable de faire valoir ses observations spécifiquement sur ces pénalités.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre plusieurs décisions de l'administration notifiées séparément ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boutou, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () " Il résulte de ces dispositions que la prolongation du délai de réponse est de droit pour les redressements notifiés selon la procédure de rectification contradictoire. L'administration ne peut pas établir les impositions supplémentaires avant l'expiration du délai légal ouvert au contribuable pour répondre aux propositions de rectifications.
2. En l'espèce, le contribuable disposait, ainsi que cela était mentionné sur la proposition de rectification qu'il a reçue, d'un délai de trente jours pour présenter des observations, au cours duquel il a demandé la prolongation de trente jours prévue par L. 57 cité ci-dessus par courrier du 3 août 2016. Il disposait donc de droit d'un délai de soixante jours à compter de la notification de la proposition de rectification pour présenter ses observations, sans qu'il ait à attendre la confirmation du service. En tout état de cause, le service a explicitement accepté la prolongation demandée dans son courrier notifié au contribuable le 8 septembre 2016. Le moyen tiré de la méconnaissance l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
4. M. A soutient qu'il a été privé de la garantie prévue par l'article L.76 B précité dès lors qu'il n'a pas eu communication des éléments obtenus par l'administration par l'exercice de son droit de communication, avant la mise en recouvrement des impositions. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces éléments, issus de l'exercice de ce droit auprès des sociétés Houtch Distribution Europe, Bout du Monde et Mondial Relais, demandés dans son courrier du 3 août 2016, lui ont été communiqués par courrier du 5 septembre 2016 dont il a accusé réception le 8 septembre 2016. Dès lors que les impositions en litige ont été mises en recouvrement le 31 octobre suivant en ce qui concerne la TVA et le 31 décembre suivant en ce qui concerne l'impôt sur le revenu, le moyen manque en fait et doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations () ".
6. L'administration a procédé à un rappel de TVA au motif que de la taxe d'amont à déduire n'avait pas été déclarée dans le délai de deux ans prévu par l'article 208 précité de l'annexe II du code général des impôts pour la période de janvier à décembre 2013. Le contribuable soutient que les dispositions de cet article, en tant qu'elles prévoient une péremption du droit à déduire, sont contraires à la 6ème directive. Toutefois, dans sa décision du 8 mai 2008 (aff 95/07 et 96/07, 3e ch.) Ecotrade SpA, la Cour de justice de la communauté européenne a dit pour droit que les articles 17, 18, § 2 et 3, ainsi que 21 § 1 b) de la 6ème directive ne s'opposent pas à une réglementation nationale qui prévoit un délai de forclusion pour l'exercice du droit à déduction, tel que celui en cause au principal, qui s'élevait à deux ans comme en l'espèce, pour autant que les principes d'équivalence et d'effectivité sont respectés, le principe d'effectivité n'étant pas méconnu par le simple fait que l'administration fiscale dispose, pour procéder au recouvrement de la TVA impayée, d'un délai qui excède celui accordé aux assujettis pour exercer leur droit à déduction. Contrairement à ce que laisse entendre le contribuable, le motif de redressement est fondé sur le seul motif de la péremption du droit à déduire et non sur le fait que la demande de déduction aurait été faite en l'absence de mention expresse à part sur la déclaration CA3 concernée. Le moyen doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 2° Sauf s'ils sont pratiqués par une copropriété de navires, une copropriété de cheval de course ou d'étalon, les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B () ". Aux termes de l'article 39 B du même code : " A la clôture de chaque exercice, la somme des amortissements effectivement pratiqués depuis l'acquisition ou la création d'un élément donné ne peut être inférieure au montant cumulé des amortissements calculés suivant le mode linéaire et répartis sur la durée normale d'utilisation. A défaut de se conformer à cette obligation, l'entreprise perd définitivement le droit de déduire la fraction des amortissements qui a été ainsi différée () ".
8. Les amortissements qu'une société soutient avoir effectués mais dont elle ne peut justifier qu'elle les a portés dans sa comptabilité avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de chacun des exercices litigieux ne peuvent être réputés réellement effectués au sens des dispositions du 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et doivent être réintégrés au bénéfice imposable de l'exercice concerné, comme l'a fait le service en l'espèce, concernant les amortissements déduits au titre des exercices clos en 2013 et 2014 par M. A. En l'espèce, le contribuable disposait de délais expirant respectivement les 5 mai 2014 et 2015, pour déposer ses déclarations de résultat des exercices clos en 2013 et 2014. Il ne conteste pas que ces déclarations ont été déposées les 2 septembre 2014 pour l'exercice 2013 et 7 août 2015 pour l'exercice 2014. Il n'apporte en outre aucun élément de preuve au dossier de ce que ces amortissements auraient été enregistrés en comptabilité à la clôture de ces exercices comme il l'allègue. L'administration était par suite fondée à réintégrer le montant de ces amortissements au bénéfice imposable des exercices considérés.
Sur les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable./ Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".
10. D'une part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n°3924 du 18 juillet 2016 comportait en première page, la mention que le contribuable disposait d'un délai de trente jours pour contester l'application des pénalités qui lui étaient notifiées. Cette mention était conforme aux exigences de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, sans qu'il fût besoin qu'elle figurât à l'endroit même où le service détaillait la motivation de ces sanctions.
11. D'autre part, en l'espèce, la sanction prévue au a de l'article 1729 précité du code général des impôts a été appliquée aux redressements de TVA en raison de l'absence de déclaration de TVA collectée sur 17 des 23 déclarations CA3 déposées sur la période concernée alors que la comptabilité laissait apparaître une TVA à régulariser. Par ce motif tiré du caractère délibéré et répété de l'infraction aux règles de déclaration en matière de TVA, l'administration justifie du bien-fondé de l'application de cette pénalité.
Sur la demande de restitution :
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de
M. et Mme A doivent être rejetées. Leurs conclusions fondées sur l'article L. 208 du livre des procédures fiscales doivent par suite, et en tout état de cause, être rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
B. Boutou
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.L. PierreLa greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026