jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2003468 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BEJIN - CAMUS - BELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 octobre 2020, 21 avril 2021 et 11 août 2022, Mme B A, représentée par la SCP Bejin-Camus-Belot, demande au tribunal :
1°) la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) la restitution de la somme de 51 800 euros d'impositions déjà acquittées, assortie d'un intérêt au taux de 4,80 % l'an à compter de la date de versement des fonds, en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Elle soutient que :
- la procédure de redressement est irrégulière dès lors que le service n'établit pas qu'il n'a découvert son activité occulte de marchand de biens qu'à l'occasion de l'examen de sa situation fiscale personnelle ; il était donc tenu, pour taxer d'office les revenus tirés de cette activité, d'engager une vérification de comptabilité ;
- l'examen de sa situation fiscale personnelle a duré plus d'un an et moins de deux ans en méconnaissance de l'article L. 12 in fine du livre des procédures fiscales, ce qui rend la procédure de contrôle irrégulière dès lors que l'existence d'une activité occulte n'a pas été établie par l'administration;
- l'administration ne pouvait qualifier d'occulte l'activité de marchand de biens dès lors que les achats et ventes de bien en question ont tous été déclarés à l'administration fiscale et qu'elle a déclaré l'absence de plus-value imposable sur ces ventes ;
- la taxation d'office est irrégulière dès lors que son engagement n'a pas été précédé de l'envoi d'une mise en demeure ;
- elle n'exerçait aucune activité de marchand de biens dès lors qu'elle n'avait aucune intention spéculativeà la date d'acquisition des biens concernés, qui devaient lui servir de résidence principale ;
- l'application de la majoration de 25 % des revenus imposables n'a pas été suffisamment motivée ce qui entache d'irrégularité la proposition de rectification du 3 novembre 2017 ;
- l'application de la pénalité de 80 % n'est pas justifiée dès lors qu'à supposer qu'elle ait objectivement déployé une activité de marchand de biens, c'est par erreur qu'elle n'a pas déclaré les revenus tirés de cette activité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 février 2021 et 2 août 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boutou, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle à la suite duquel l'administration lui a notifié, selon la procédure d'imposition d'office, des suppléments d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015 à raison des bénéfices industriels et commerciaux tirés d'une activité de marchand de biens qualifiée d'occulte. Mme A demande la décharge de ces impositions.
Sur l'existence d'une activité de marchand de biens :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 35 du code général des impôts :
" I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières ou qui, habituellement, souscrivent, en vue de les revendre, des actions ou parts créées ou émises par les mêmes sociétés. 1° bis Personnes qui, à titre habituel, achètent des biens immeubles, en vue d'édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre, en bloc ou par locaux () ". Pour que les dispositions du 1° et du 1°bis du I de l'article 35 du code général des impôts soient applicables, trois conditions doivent être simultanément remplies : les opérations doivent être habituelles, elles doivent consister en achats suivis de ventes et porter sur les biens limitativement énumérés par cet article à savoir des immeubles, fonds de commerce, actions ou parts de sociétés immobilières, enfin les achats ou les souscriptions doivent avoir été effectués avec l'intention de revendre. S'il appartient au juge de l'impôt, au vu des résultats de l'instruction de déterminer si l'activité d'un contribuable entre dans le champ d'application de ces dispositions, il appartient en revanche au contribuable qui soutient que les immeubles en cause ont constitué sa résidence principale d'en apporter la preuve.
3. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période de 2006 à 2015, Mme A a procédé à six acquisitions immobilières, concernant pour la plupart des terrains, puis à l'édification sur ces terrains de constructions à usage d'habitation et que cinq de ces immeubles ont été ensuite revendus. Trois de ces biens sont restés moins de trois ans dans son patrimoine. Au cours des années vérifiées, un terrain situé à Chauny, acquis le 9 décembre 2011 pour
31 500 euros, où une construction a été érigée, a été revendu le 7 février 2014, vingt-six mois plus tard, pour 195 000 euros, soit cinq fois et demie la valeur d'achat du terrain et une maison achetée à Chauny pour 30 000 euros le 23 mars 2013 a été cédée le 29 décembre 2014 pour 88 000 euros, soit dix-neuf mois plus tard pour trois fois son prix d'achat. Sur la période de 2009 à 2015, le bénéfice réalisé par Mme A s'élève à 431 103 euros.
4. Mme A oppose la circonstance que ces immeubles auraient constitué sa résidence principale et que leur achat et leur revente ne peut par suite révéler l'existence d'une activité de marchand de biens. Toutefois, elle ne conteste pas que de 2008 à 2013, elle a indiqué résider rue de la cité Favresse à Chauny, où elle n'était pas propriétaire de son logement ; que durant cette période, elle a cédé une maison à Chauny, acquis des terrains à Soissons, Viry-Noureuil et Chauny, au 63 rue Desmoulins et que sur ces terrains, elle a fait construire des immeubles. S'il est vrai qu'en 2013, elle s'est domiciliée au 63 rue Desmoulins à Chauny, elle a, au cours de cette année, acquis une maison à Chauny dans la même rue puis, déclaré résider en 2014 et 2015 à une nouvelle adresse à Soissons, années au cours desquelles elle a cédé ses deux biens de la rue Desmoulins à Chauny et cette maison de Soissons, alors qu'elle acquérait parallèlement un terrain situé rue Voltaire à Gauchy, où elle s'est domiciliée en 2016. Ainsi, le fait que certaines de ses propriétés aient constitué à un moment donné et pour de courtes périodes sa résidence principale déclarée ne s'oppose pas à la qualification d'activité de marchand de biens qu'elle a exercée au cours de ces années.
5. Il résulte de ce qui précède que compte tenu du nombre d'achats et reventes effectués sur la période de 2009 à 2015, du court délai constaté entre ces achats et ces reventes, révélant l'intention de revendre dès l'achat, et du bénéfice important réalisé par la contribuable, Mme A doit être regardée comme s'étant livrée à une activité habituelle de marchand de biens au cours des années en litige.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ". D'autre part, aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion, association ou organisme mixte de gestion agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater K ter () ".
7. Mme A soutient que l'application aux bénéfices industriels et commerciaux taxés d'office du coefficient de 1,25 pour non adhésion à un centre de gestion agréé n'a pas été motivée dans la proposition de rectification du 3 novembre 2017. Toutefois, il résulte des termes de ce document que le service a indiqué que le coefficient de 1,25 était appliqué en vertu du 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts aux bénéfices industriels et commerciaux faisant l'objet du supplément d'imposition, compte tenu de l'absence d'affiliation à un centre de gestion agréé. L'application de cet article ne correspond pas à un chef de redressement autonome ou à une sanction. Cette motivation était, par suite, suffisante relativement aux exigences de l'article L. 76 précité du livre des procédures fiscales.
8. En deuxième lieu, l'administration, qui est en droit d'examiner, à l'occasion d'un examen de la situation fiscale personnelle, les comptes bancaires du contribuable ou de demander des renseignements sur sa situation, ne peut cependant exploiter les renseignements professionnels qu'elle a retirés de l'examen de ces comptes ou des réponses à ces demandes, sans engager préalablement une vérification de comptabilité. La situation d'évaluation d'office des bénéfices professionnels du contribuable ne couvre pas le vice résultant d'une vérification de comptabilité irrégulière dès lors que cette situation n'a été révélée que par ce contrôle. Toutefois aux termes de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales : " Lorsque, au cours d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, sont découvertes des activités occultes ou mises en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité d'un contribuable, l'administration n'est pas tenue d'engager une vérification de comptabilité pour régulariser la situation fiscale du contribuable au regard de cette activité ".
9. Mme A soutient que le service ne saurait prétendre avoir découvert l'exercice de son activité de marchand de biens à l'occasion de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle dès lors que chacun des achats et reventes de biens qui lui sont imputés ont fait l'objet de déclarations devant notaire notamment en ce qui concerne l'existence ou non de plus-values, ce dont a nécessairement eu connaissance l'administration fiscale. Toutefois, ces déclarations n'avaient nullement pour objet de déclarer l'exercice de cette activité de marchand de biens. Le caractère habituel des achats-reventes n'a pu être découvert qu'au cours du contrôle ultérieur, par le rapprochement effectué par le vérificateur entre tous ces actes, lorsque la contribuable a répondu aux demandes de renseignements envoyées par le service. Il s'ensuit que l'activité de marchand de biens, qui n'a fait l'objet d'aucune déclaration de la part de Mme A, présentait un caractère occulte et n'a été découverte qu'à l'occasion de l'engagement de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle. Il n'était donc nul besoin pour l'administration, en application de l'article L. 47 C précité du livre des procédures fiscales, d'engager une vérification de comptabilité avant de taxer d'office les bénéfices tirés de cette activité.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification () La période mentionnée au troisième alinéa est portée à deux ans en cas de découverte, en cours de contrôle, d'une activité occulte () ".
11. Il résulte de ce qui est dit point 9 que l'activité de marchand de biens à laquelle se livrait Mme A avait un caractère occulte. La procédure de contrôle a démarré le 8 juin 2016, date de réception par la contribuable de l'avis prévu à l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. L'activité occulte a été découverte le 29 août 2016 suite aux réponses apportées par la contribuable à une demande de renseignements et la procédure de contrôle a été prolongée du 8 juin 2017 au 8 juin 2018 par voie de conséquence. Dès lors que la proposition de rectification, comportant les rappels en cause et qui a mis fin au contrôle, a été notifiée le 3 novembre 2017, ainsi que l'indique la contribuable elle-même, le service vérificateur a respecté le délai auquel il était astreint. Le moyen tiré de la durée excessive de cette procédure doit par suite être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ".
13. Ainsi qu'il est dit au point 9, Mme A a exercé une activité occulte de marchand de biens. Par suite, le service n'était pas tenu de la mettre en demeure de procéder à la déclaration des revenus tirés de cette activité avant d'engager une procédure de taxation d'office.
Sur le bien-fondé des impositions :
14. Il résulte de ce qui précède et notamment de ce qui est dit aux points 2 à 5 que Mme A s'est livrée à une activité habituelle de marchand de biens au cours des années en litige. Par suite, cette activité entrait dans le champ d'application du 1° et du 1°bis du I de l'article 35 précité du code général des impôts. C'est donc à bon droit que l'administration a taxé les revenus tirés de cette activité dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.
Sur les pénalités :
15. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".
16. Il résulte de ce que dit au point 9 que Mme A s'est livrée à une activité occulte de marchand de biens au cours des années en litige. Par suite, alors que contrairement à ce que soutient la contribuable, l'absence de déclaration de cette activité ne résulte pas d'une erreur de sa part mais d'une intention délibérée de dissimuler les revenus qu'elle en tirait, le service était fondé à appliquer les pénalités prévues au c de l'article 1728 précité du code général des impôts.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions contestées doivent être rejetées.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 208 du livre des procédures fiscales :
18. Il résulte de ce qui est dit au point précédent que les conclusions à fin de restitution des impositions contestées, assorties d'intérêts, présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales doivent, en tout état de cause, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
B. Boutou
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.L. Pierre La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026