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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003609

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003609

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003609
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET GUEROULT-FLEYRAT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2020, M. et Mme C et D B A, représentés par Me Guéroult, demandent au tribunal :

1°)de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes ;

2°)de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-les redressements ne sont pas motivés en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

-ils justifient avoir versé 60 000 euros en 2014 et 70 000 euros en 2015 à la mère de Mme B A, en état de besoin et que ces sommes sont déductibles de leur revenu brut global ;

-la mère de Mme B A, demeurant en République démocratique du Congo n'ayant pas de compte bancaire, les versements opérés par l'intermédiaire d'un tiers ne peuvent être remis en cause par l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle sur pièces de leur situation fiscale, l'administration a remis en cause la déduction par M. et Mme B A, de leur revenu global, de sommes au titre de pensions alimentaires versées à la mère de cette dernière, selon la procédure contradictoire. Les requérants demandent au tribunal de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : "'L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée '". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : "'La proposition de rectification prévue par l'article L 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. ()'". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 25 avril 2017 notifiée aux requérants indique que sont remises en cause des déductions à titre de pensions alimentaires en 2014 et en 2015 à hauteur respectivement de 60 000 euros et 70 000 euros en application de l'article 156 du code général des impôts. Cette motivation était suffisante pour permettre aux contribuables de comprendre la réintégration effectuée et de présenter leurs observations, ce qu'ils ont d'ailleurs fait les 13 juin 2017 et 20 juillet 2017. Il résulte de l'examen de la réponse aux observations des contribuables du 1er août 2018 que l'administration a précisément répondu à l'argumentation qu'ils avaient développée dans leurs observations précitées. Il s'ensuit que les moyens d'irrégularité de la procédure d'imposition ne peuvent être accueillis.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé () sous déduction : / () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () / 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil () ". Il résulte de ces dispositions qu'une pension alimentaire n'est déductible que si elle répond aux conditions fixées par les dispositions des articles 205 à 211 du code civil, en particulier s'agissant du lien d'ascendance du ou des bénéficiaires, alors même que cette pension est versée à l'étranger. Les contribuables qui déduisent ou demandent à déduire du montant global de leurs revenus, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu, les versements qu'ils ont faits à leurs parents privés de ressources doivent justifier devant le juge de l'impôt de la réalité des versements allégués et de l'état de besoin du bénéficiaire des sommes ainsi versées.

5. M. et Mme B A soutiennent qu'ils étaient fondés à déduire de leur revenu global des pensions alimentaires à hauteur de 60 000 euros en 2014 et 70 000 euros en 2015 à raison de pensions alimentaires versées à la mère de Mme B A, en état de besoin et que l'intéressée étant dépourvue de compte bancaire, ils pouvaient valablement s'acquitter de leur obligation alimentaire par l'intermédiaire de tiers ou en espèces directement entre ses mains. L'administration qui n'a pas remis en cause l'état de besoin de la mère de

Mme B A n'a admis les déductions qu'à hauteur de la somme de 703 euros en 2015, s'agissant de versements adressés directement à l'intéressée.

6. M. et Mme B A n'établissent pas que les sommes envoyées au moyen de transactions " Western Union " ont effectivement été remises à la mère de la requérante en se bornant à produire des attestations certifiant du versement desdites sommes par les bénéficiaires déclarés aux destinataires visés. La preuve que des versements en espèces ont été effectués directement au bénéfice de l'intéressée n'est également pas rapportée. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé la déduction des sommes en cause au titre des années d'imposition en litige.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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