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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003626

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003626

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003626
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOZZACCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 novembre 2020 et le 6 décembre 2021, la SARL Nacres Promotion, représentée par Me Bozzacchi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens, la somme de 30 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que c'est à tort que l'administration a procédé, au titre de l'exercice fiscal clos en 2016, à la reprise des provisions pour charge et risque inscrites au cours de l'exercice 2015 d'un montant respectif de 256 500 euros et 150 000 euros, alors que leur objet n'avait pas disparu.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juin 2021 et le 9 décembre 2022, l'administrateur général de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la SARL Nacres Promotion n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Les Alexandrins, dont la SARL Nacres Promotion détient 98 % du capital, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant en matière de bénéfice sur les exercices clos en 2014, 2015 et 2016. A la suite de cette vérification, l'administration a procédé à la rectification des bénéfices imposables au titre de l'année 2016 entre les mains de la SARL Nacres Promotion.

2. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice (). Les provisions qui, en tout ou en partie, reçoivent un emploi non conforme à leur destination ou deviennent sans objet au cours d'un exercice ultérieur sont rapportées aux résultats dudit exercice () ". Il appartient au contribuable de justifier du principe de la déductibilité des provisions inscrites en comptabilité.

3. La SCCV Les Alexandrins, qui a fait réaliser un ensemble immobilier sur le territoire de la commune de Pierrefitte-sur-Seine, a inscrit en comptabilité, au titre de l'exercice clos en 2015, une provision pour charges de 256 500 euros et une provision pour risque de 150 000 euros. L'inscription de ces provisions a été justifiée par la circonstance qu'à la date du dépôt de la déclaration d'achèvement des travaux auprès de la mairie de Pierrefitte-sur-Seine le 13 novembre 2015, la société savait que les travaux effectués n'étaient pas conformes au permis de construire délivré, ce qui rendait probable la nécessité d'engager des travaux de mise en conformité et était susceptible de générer des pénalités contractuelles avec ses acquéreurs. Ces provisions ont été maintenues au titre de l'exercice 2016.

4. Toutefois, une visite de récolement ayant été effectuée par les services de la mairie le 23 mars 2016 et une mise en demeure de mettre les travaux en conformité avec l'autorisation préalable ou de déposer un permis de construire modificatif adressée le 31 mars 2016, la SCCV Les Alexandrins a déposé une demande de permis modificatif de régularisation qui lui a été délivré le 29 août 2016.

5. Il résulte de ce qui précède qu'à compter du 29 août 2016, date à laquelle un permis de construire modificatif de régularisation a été délivré, la probabilité que la SCCV Les Alexandrins ait à assumer la charge de travaux de mise en conformité au regard du permis de construire initial était nulle, de même que le risque que le maire de Pierrefitte-sur-Seine refuse d'attester de la conformité de son projet était purement éventuel, alors qu'il appartient à un pétitionnaire de se conformer à l'autorisation d'urbanisme délivrée et qu'en ce cas, l'attestation de conformité des travaux est délivrée de droit. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence la date à laquelle cette conformité a été constatée, le maintien des provisions n'était pas justifié au titre de l'exercice clos en 2016 dès lors que l'évènement en raison duquel ces provisions avaient été inscrites avait perdu toute probabilité de survenir à la suite de l'obtention d'un permis de construire modificatif de régularisation. C'est par suite à bon droit que les provisions, devenues sans objet, ont été rapportées par l'administration aux résultats de l'exercice clos en 2016.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête présentée par la

SARL Nacres Promotion, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, en l'absence de tels frais, les conclusions présentées par la SARL Nacres Promotion au titre des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Nacres Promotion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Nacres Promotion et à l'administrateur général de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A-L A

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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