jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2003665 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ARMAND - CHAT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 novembre 2020, M. et Mme B et C A, représentés par Me Houriez, demandent au tribunal de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré de l'article 1729 du code général des impôts dont ont été assorties les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.
Ils soutiennent que :
-la pénalité pour manquement délibéré n'est pas due au titre de l'imposition supplémentaire mise à leur charge en 2016 dès lors qu'ils ont de bonne foi fait une mauvaise déclaration en raison des erreurs de leur avocat puis de leur expert-comptable ;
-la pénalité pour manquement délibéré n'est pas due au titre de l'imposition supplémentaire mise à leur charge en 2017 dès lors qu'ils n'avaient pas eu de leur avocat et de leur expert-comptable l'information d'une cession de titres avant leur déclaration de revenus et qu'ils ont régularisé cette omission le 17 septembre 2018.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et subsidiairement que la pénalité de 10 % de l'article 1758 A du code général des impôts doit être substituée à celle de 40 % de l'article 1729 du même code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017 ont été mises à la charge de M. et Mme A. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré correspondant à ces impositions.
2. Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
3. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les requérants ont déclaré au titre des revenus de l'année 2016 être éligibles à un " crédit d'impôt égal au prélèvement forfaitaire non libératoire effectué en 2016 " de 13 687 euros représentant un prélèvement forfaitaire de 21 % de revenus distribués, à hauteur de 90 000 euros, par la SAS Holding A.
5. Pour appliquer la pénalité de 40 % de l'article 1729 du code général des impôts aux rehaussements au titre de l'année 2016, l'administration a retenu qu'en considération de leurs revenus en 2014, M. et Mme A avaient été dispensés de prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes perçus en 2016. L'administration a relevé qu'en leur qualité de gérant et d'associés de la SAS Holding A, les requérants avaient participé à la décision de procéder à une distribution de dividendes, qu'ils ne pouvaient ignorer qu'aucun prélèvement à la source n'avait été fait et qu'ainsi ils ne pouvaient déclarer un crédit d'impôt au titre d'un prélèvement forfaitaire non libératoire qui n'avait pas été réalisé. L'administration a considéré que le fait que la déclaration des requérants aurait été réalisée à la suite d'erreurs de leur avocat et de leur expert-comptable n'exonérait en rien M. et Mme A de leurs obligations déclaratives. Par ces motifs, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'intention des requérants, gérant et associé de la société distributrice, d'éluder l'impôt dès lors qu'ils ne pouvaient ignorer n'avoir aucun droit au crédit d'impôt déclaré, d'un montant important et qu'il n'est nullement établi que les erreurs de l'avocat et de l'expert-comptable des requérants, à les supposer établies, ont été de nature à tromper les requérants sur le bénéfice d'un crédit d'impôt qu'ils savaient nécessairement ne pas pouvoir obtenir. Enfin, le fait que l'administration se soit fondée à tort, en partie, sur le comportement du contribuable lors des opérations de contrôle, ne fait pas obstacle à ce que l'existence d'un manquement délibéré soit établie, dès que les conditions de celle-ci sont, ainsi qu'il vient d'être dit, satisfaites.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SAS Holding A a procédé à une réduction de capital en juin 2017 et qu'à cette occasion, M. et Mme A ont cédé des actions, réalisant ainsi une plus-value de 268 569 euros. Les requérants n'ont pas déclaré cette plus-value lors de leur déclaration de revenus.
7. Pour appliquer la pénalité de 40 % de l'article 1729 du code général des impôts aux rehaussements au titre de l'année 2017, l'administration a retenu que les requérants avaient participé à l'assemblée générale du 16 juin 2017 ayant autorisé la réduction de capital de la SAS Holding A et qu'ils ne pouvaient ignorer que les gains réalisés, à hauteur de 268 569 euros, lors de cette opération, étaient imposables. Par ces motifs, l'administration apporte la preuve qui lui incombe que les requérants ont sciemment omis de déclarer des gains très importants, alors que ceux-ci ne peuvent sérieusement contester ces indications en prétendant qu'ils n'avaient pas été informés par leur avocat et leur expert-comptable de cette opération à laquelle ils avaient personnellement participé. Le fait que les requérants aient effectué une déclaration rectificative, après la proposition de rectification du 29 août 2018, est sans incidence en l'espèce.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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