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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003666

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003666

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003666
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL OBADIA & TONDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2020, la SAS Foncière Saint-Jacques, représentée par Me Obadia, demande au tribunal :

1°) la décharge en droits et pénalités de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 23 mai 2019 est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- dès lors que la proposition de rectification du 18 décembre 2018, relative à la réintégration d'une provision comportant pour partie, un à nouveau au titre d'une dotation antérieure au 1er janvier 2015, et pour partie, une dotation inscrite au titre de l'exercice clos en 2015, adressée à la société au titre de cet exercice a été présentée postérieurement au délai de reprise prévu à l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, l'administration était ensuite prescrite à remettre en cause la déductibilité de cette provision au titre de l'exercice clos en 2016 ;

- elle était fondée à inscrire une provision pour une dette fiscale qui n'était pas encore réglée;

- toutefois, l'administration ne pouvait la réintégrer dans le bénéfice fiscal de l'exercice clos en 2016 dès lors qu'elle avait été inscrite au cours d'exercices précédents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutou, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

1. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

2. Après avoir rappelé la procédure de contrôle et la procédure de redressement initiées sur l'exercice 2015 abandonnées ensuite, la proposition de rectification du 23 mai 2019 indique que le redressement notifié concerne la réintégration d'une provision de 120 729 euros figurant en à nouveau au bilan d'ouverture de l'exercice clos en 2016 au compte 155000. Elle précise que cette provision n'est pas déductible en principe en vertu des 5° du 1 et du 2 de l'article 39 du code général des impôts, s'agissant d'une provision constituée pour le paiement d'intérêts de retard sur un redressement afférent à des droits d'enregistrement. Elle indique enfin que cette provision doit être réintégrée au bénéfice imposable sur le fondement du 2 de l'article 38 du code général des impôts dès lors qu'elle provient du report de provisions inscrites au titre d'exercices précédents. Le document comportant la mention de l'imposition contestée, de l'exercice concerné, des fondements légaux de la rectification et l'explication de cette dernière, était suffisamment motivé et permettait à la société requérante de formuler utilement des observations. Le moyen tiré de la méconnaissance de la garantie de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions

En ce qui concerne la prescription du droit de reprise :

3. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".

4. Il résulte de l'instruction que la provision en litige figurait à l'entrée et à la sortie du bilan de l'exercice clos en 2016. Le droit de reprise de l'administration, en ce qui concerne cet exercice clos le 31 décembre 2016 expirait le 31 décembre 2019 comme prévu par l'article L. 169 précité du livre des procédures fiscales. Dès lors que la proposition de rectification a été notifiée le 29 mai 2019 et que l'imposition en litige a été mise en recouvrement le 31 décembre 2019, le droit de reprise de l'administration n'était pas prescrit. La circonstance qu'un redressement au motif identique a été abandonné au titre de l'exercice clos en 2015 est sans incidence sur le droit de reprise de l'administration au titre de l'exercice clos en 2016.

En ce qui concerne la déductibilité de la provision en litige :

5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice.() 2. Les sanctions pécuniaires et pénalités de toute nature mises à la charge des contrevenants à des obligations légales ne sont pas admises en déduction des bénéfices soumis à l'impôt () ".

6. Le service a réintégré au bénéfice imposable de l'exercice clos en 2016, le montant d'une provision pour charges correspondant aux intérêts appliqués par l'administration en vertu de l'article 1727 du code général des impôts à un redressement en matière de droits d'enregistrement notifié à la suite d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2007 et 2008, constituée au cours des exercices clos en 2013 et 2015 et reportée sur l'exercice clos en 2016. Or, dès lors que cette provision était constituée pour faire face au paiement d'une pénalité au sens du 2 de l'article 39 du code général des impôts, le service était fondé à soutenir qu'elle n'était pas déductible.

En ce qui concerne le bien-fondé du redressement :

7. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés.() 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci () ".

8. D'une part, il résulte de ce qui est dit au 4 bis de l'article 38 précité du code général des impôts que lorsque le bénéfice imposable d'un exercice a été déterminé par un contribuable par différence entre les valeurs d'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice et a servi de base à une imposition qui est devenue définitive en raison de l'expiration du délai de répétition, les erreurs qui ont entraîné une sous-estimation ou une surestimation de l'actif net ressortant du bilan de clôture de cet exercice peuvent être ultérieurement corrigées, à l'initiative du contribuable ou de l'administration à la suite d'une vérification de comptabilité, dans les bilans des exercices non couverts par la prescription et par suite, dans les bilans d'ouverture de ces exercices à l'exception du premier. Par suite, au cas d'espèce, l'administration était en droit de rapporter au résultat du plus ancien des exercices non prescrits, soit l'exercice clos en 2016, le montant de la provision en litige, qui figurait au bilan de clôture de cet exercice, dans la mesure où celle-ci n'était pas déductible, ainsi qu'il est dit au point 6, alors même que les dotations faites à ce compte de provisions avaient été constituées antérieurement, au cours d'exercices prescrits.

9. D'autre part, la réintégration de cette provision a engendré, au titre de l'exercice clos en 2016, une diminution du passif de la société, aboutissant à une variation positive de l'actif net qui était imposable en vertu du 2 de l'article 38 précité du code général des impôts. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que, dès lors que ladite provision n'avait pu être réintégrée au titre de l'exercice clos en 2015, l'administration n'était plus en droit de le faire au titre de l'exercice suivant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de l'imposition contestée doivent être rejetées. Il en sera de même, par voie de conséquence, des conclusions de la requête fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Foncière Saint-Jacques est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Foncière Saint-Jacques et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

B. Boutou

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A.L. PierreLa greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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