jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2003834 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LEBEGUE DERBISE |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 9 février 2023, le tribunal, après avoir jugé que la faute commise durant le suivi de la grossesse de Mme E engageait la responsabilité du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise, venu aux droits du centre hospitalier Dégremont, et que celle-ci avait engendré une perte de chance de 50 % d'éviter le handicap séquellaire de
Mme B E, a condamné l'établissement à verser la somme de 28 397,10 euros à Mme B E, dont la provision de 25 000 euros déjà versée en application de l'arrêt du 11 juin 2009 de la Cour administrative d'appel de Douai doit être déduite, et la somme de 2 500 euros chacun à M. et Mme E au titre de leur préjudice propre. Par ailleurs, ce jugement a ordonné une expertise et des suppléments d'instruction afin d'évaluer les préjudices en lien avec les périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel, avec l'assistance par tierce personne avant et après consolidation et avec l'adaptation du véhicule de Mme B E.
Le rapport de l'expert, établi par le docteur D, a été déposé au greffe du tribunal le 28 novembre 2023.
Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2023, Mme B E, M. A E et Mme C E, représentés par Me Ribeiro, demandent au tribunal :
1°) de condamner le groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise à verser à
Mme B E la somme globale de 244 060,96 euros, assortie des intérêts légaux à compter de leur demande préalable et de leur capitalisation, en réparation de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise, outre les dépens, la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il y a lieu de statuer à nouveau sur l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent de Mme B E compte-tenu des observations faites par l'expert et de lui allouer, en complément de l'indemnisation déjà accordée, la somme de 20 000 euros ;
- Mme B E a exposé des frais d'assistance par un médecin lors des opérations d'expertise conduites à la demande du tribunal à hauteur de la somme de 480 euros ;
- l'indemnisation due au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation de l'état de santé de Mme B E compte-tenu des prestations perçues par elle, doit être de 42 251,01 euros ;
- l'indemnisation due au titre de l'assistance par tierce personne après consolidation de l'état de santé de Mme B E, compte-tenu des prestations perçues par elle, doit être de 15 853,35 euros au titre de la période échue et de 114 891,18 euros au titre de la période à échoir ;
- le coût de l'adaptation d'un véhicule est de 2 645 euros et son renouvellement doit être prévu tous les cinq ans ce qui représente la somme de 17 786,57 euros ;
- l'indemnisation due au titre des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel de Mme B E doit être évaluée à la somme de 32 798,85 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, l'hôpital Nord Est Val d'Oise, NOVO, venu aux droits du groupe hospitalier Carnelle Portes de l'Oise, représenté par la
SCP Lebègue-Derbise, conclut à ce que les sommes demandées par Mme E soient réduites à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- il y a lieu de retenir un montant de 1 645 euros au titre des frais d'adaptation du véhicule de Mme B E et un renouvellement tous les sept ans ;
- le tribunal a déjà statué sur l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent, à défaut, un complément de 15 427,50 euros pourrait être alloué ;
- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire partiel de Mme B E ne saurait excéder la somme de 16 271,85 euros ;
- il y a lieu de déduire la nouvelle provision de 25 000 euros versée par son assureur en complément de la première provision.
Les mémoires et les pièces produits dans le cadre de la présente instance ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et à la caisse de coordination aux assurances sociales de la RATP qui n'ont pas produit d'observations.
Par ordonnance du 22 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 1er décembre 2023, par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr D.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Denys, représentant l'hôpital NOVO.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande tendant à ce que le tribunal complète l'indemnisation due au titre du déficit fonctionnel permanent :
1. Par son jugement du 9 février 2023, le tribunal a statué sur le principe de la responsabilité de l'hôpital NOVO, a déterminé le taux de perte de chance associé à la faute retenue et a condamné l'établissement à indemniser le déficit fonctionnel permanent lié au dommage. Ce faisant, il a statué au fond sur ces points et ainsi épuisé sa compétence. Par suite, les consorts E ne sont pas fondés à demander que l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent de Mme B E soit complétée en l'absence d'apparition d'une nouvelle séquelle postérieurement à ce jugement ou de l'aggravation de l'état de santé de l'intéressée.
Sur les préjudices :
2. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, évaluées ainsi qu'il a été dit plus haut.
3. Il résulte de l'instruction que Mme B E a perçu au titre de l'allocation d'éducation spéciale puis de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, jusqu'à la consolidation de son état de santé, la somme globale de 61 642,99 euros. Le cumul de cette somme et de l'indemnité à laquelle peut prétendre Mme B E, compte-tenu du taux de perte de chance applicable de 50 %, d'un montant de 51 947 euros, excède le montant total des frais d'assistance par tierce personne de l'enfant qui ont été évalués à la somme de
103 824 euros, tel qu'il résulte du point 6 du jugement du 9 février 2023. Il y a ainsi lieu de déduire de l'indemnité mise à la charge de l'hôpital NOVO, la somme de 9 695,99 euros et de fixer, par suite, celle-ci à la somme de 42 251,01 euros.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que Mme E a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel estimé par l'expert à 33 %, de sa sortie de la maternité jusqu'à sa nouvelle hospitalisation le 24 juillet 2000, ainsi que de sa sortie d'hospitalisation jusqu'à sa seconde hospitalisation en 2004. Elle a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % dans le mois qui a suivi, avant que celui-ci soit à nouveau de 33 % jusqu'à la consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur une base de quinze euros par jour, en l'évaluant à la somme de 32 400,15 euros, soit la somme de 16 200,75 euros après application du taux de perte de chance de 50 %.
5. En troisième lieu, Mme B E produit un devis dont il résulte, d'une part, que le surcoût induit par le choix d'une boite automatique lors de l'achat d'un véhicule par comparaison au coût de ce véhicule lorsqu'il comporte une boite manuelle est de 2 500 euros et que le modèle de véhicule qu'elle conduit actuellement ne permet pas une telle option. Le coût du pommeau de volant rendu nécessaire par le handicap de Mme B E est de
145 euros. Il résulte également de l'instruction qu'à ce jour, l'intéressée ne dispose d'aucun véhicule adapté de sorte que ce préjudice, certain dans son principe, est futur. A cet égard, il y a lieu de prendre en compte un renouvellement du véhicule tous les sept ans et non tous les cinq ans, comme demandé au seul motif que l'intéressée se destinerait à une profession de commerciale. Il en résulte un préjudice de 377,85 euros annuels. Ainsi, le préjudice, après application du barème 2022 de capitalisation des rentes de victimes diffusé par la revue La Gazette du Palais (taux d'intérêt 0 %), sur la base d'un point d'indice de 61,446 et après application du taux de perte de chance de 50 %, doit être évalué à la somme de 23 217,37 euros.
6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B E a perçu au titre de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé puis de la prestation compensatoire du handicap depuis la consolidation de son état de santé jusqu'à la date de lecture du jugement du 9 février 2023, la somme globale de 12 379,20 euros. Le cumul de cette somme et de l'indemnité à laquelle peut prétendre Mme B E, compte-tenu du taux de perte de chance applicable de 50 %, d'un montant de 9 410,85 euros, excède le montant total des frais d'assistance par tierce personne qui ont été évalués à la somme de 18 821,70 euros, tel qu'il résulte du point 14 du jugement du 9 février 2023. Il y a ainsi lieu de déduire de l'indemnité mise à la charge de l'hôpital NOVO, la somme de 2 968,35 euros et de fixer, par suite, celle-ci à la somme de 6 442,50 euros s'agissant des besoins échus.
7. En revanche, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le cumul des sommes qui seront perçues par Mme B E au titre de la prestation de compensation du handicap et de l'indemnité à laquelle elle peut prétendre, compte-tenu du taux de perte de chance applicable de 50 % au titre des besoins futurs en assistance par tierce personne, excéderait le montant total des frais d'assistance par tierce personne tel qu'il résulte du point 14 du jugement du 9 février 2023, il n'y a pas lieu de réduire l'indemnité mise à la charge de l'hôpital NOVO qui sera ainsi fixée à 114 891,18 euros.
8. En cinquième lieu, Mme B E justifie avoir engagé des honoraires de médecin au titre de l'expertise judiciaire conduite à la demande du tribunal à hauteur de
480 euros. Ces frais ayant été utiles au litige, il y a lieu de lui accorder cette somme.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B E est fondée à demander la condamnation de l'hôpital NOVO à lui verser la somme globale de 203 482,81 euros dont il y a lieu de déduire la somme de 25 000 euros versée à titre de provision par l'assureur de l'établissement, selon quittance du 8 novembre 2016.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
10. Mme B E a droit à ce que la somme mentionnée aux points 9 soit majorée de l'intérêt au taux légal à compter à compter du 4 juin 2020, date de présentation de sa demande préalable.
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 27 novembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 4 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 680 euros par une ordonnance du 1er décembre 2023 de la présidente du tribunal, à la charge définitive de l'hôpital NOVO.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'hôpital NOVO la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts E et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'hôpital NOVO est condamné à verser la somme de 203 482,81 euros à
Mme B E, dont sera déduite la somme de 25 000 euros versée à titre de provision complémentaire, assortie des intérêts légaux à compter du 4 juin 2020 et de leur capitalisation à compter du 4 juin 2021.
Article 2 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 680 euros par l'ordonnance du 1er décembre 2023 de la présidente du tribunal sont mis à la charge définitive de l'hôpital NOVO.
Article 3 : L'hôpital NOVO versera la somme de 1 500 euros à Mme B E, M. A E et Mme C E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. A E et Mme C E, à l'hôpital Nord Est Val d'Oise, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et à la caisse de coordination aux assurances sociales de la RATP.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026