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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2004058

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2004058

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2004058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARBONNIER - LAMAZE-RASLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2020, la société par actions simplifiée Delannoy Dewailly entreprise, représentée par Me Poissonnier, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la communauté d'agglomération du Beauvaisis a rejeté sa demande d'indemnisation ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération du Beauvaisis à lui payer une somme de 733 628, 04 euros hors taxes, assortie des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Beauvaisis une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a réalisé des travaux supplémentaires qui n'ont pas été rémunérés à la demande de la communauté d'agglomération du Beauvaisis ou du maitre d'œuvre, pour un montant total de 45 061, 04 euros HT ;

- le décalage dans le démarrage des travaux et les difficultés d'avancement des travaux du gros œuvre ont généré un surcoût de 270 000 euros au titre de la perte de productivité des compagnons, 235 000 euros au titre des moyens humains d'encadrement, 22 900 euros au titre des compléments en moyens matériels, 10 635 euros au titre du complément de prorata, 62 832 euros au titre de la prolongation des délais de garantie des matériels, 84 000 euros au titre de la perte d'activité et 3000 euros au titre du préchauffage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, la communauté d'agglomération du Beauvaisis, représentée par Me Grand d'Esnon, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre reconventionnel, de condamner la SAS Delannoy Dewailly à lui payer une somme de 662 279 euros au titre des pénalités ;

3°) de mettre à la charge de la SAS Delannoy Dewailly une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la SAS Dewailly Delannoy est redevable de pénalités de retard à hauteur de

662 276 euros.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 mars 2022, par ordonnance du même jour.

La SAS Delannoy Dewailly a présenté un mémoire le 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lescanne, représentant la communauté d'agglomération du Beauvaisis.

Considérant ce qui suit :

1. Pour la construction du théâtre de Beauvais, la communauté d'agglomération du Beauvaisis a lancé un marché par avis d'appel public à la concurrence le 20 juin 2017, dont le lot n° 5 " Chauffage, ventilation, climatisation, désenfumage, plomberie " a été attribué à la société Delannoy Dewailly, pour un montant de 1 570 800 euros toutes taxes comprises. Les travaux, dont la fin initialement prévue le 29 novembre 2019 a été repoussée à plusieurs reprises, ont été suspendus le 23 juillet 2020, en raison d'un incendie. La société Delannoy Dewailly a adressé le 24 août 2020 à la communauté d'agglomération du Beauvaisis une lettre par laquelle elle demande l'indemnisation, d'une part, de travaux supplémentaires qui lui ont été demandés et, d'autre part, de surcoûts auxquels elle estime avoir dû faire face en raison du décalage dans le planning des travaux. La SAS Delannoy Dewailly demande au tribunal d'annuler la décision implicite rejetant cette demande et de condamner la communauté d'agglomération du Beauvaisis à lui verser une somme totale de 733 628, 04 euros HT, assortie d'intérêts.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision par laquelle la communauté d'agglomération du Beauvaisis a implicitement rejeté les demandes de la SAS Delannoy Dewailly a eu pour effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la société requérante qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, et dès lors que les vices propres dont elle serait entachée, ce qui n'est au demeurant pas soutenu par la société requérante, seraient sans incidence sur la solution du litige, les conclusions présentées à fin d'annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la responsabilité contractuelle :

En ce qui concerne les travaux supplémentaires :

3. Le titulaire d'un marché à prix global et forfaitaire a droit au paiement, par le maître d'ouvrage, des prestations non prévues par le marché initial, qui lui ont été commandées, ainsi qu'à l'indemnisation des travaux supplémentaires, réalisés sans ordre de service, à la condition toutefois qu'ils aient été indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le maitre d'ouvrage reconnait devoir les sommes demandées par la société requérante en ce qui concerne l'alimentation en eau de la base-vie, pour un montant de 2 073 euros et le bouclage ECD pour un montant de 1 268,23 euros.

5. En deuxième lieu, s'agissant du poste " point d'eau covid 19 ", il ressort des écritures de la communauté d'agglomération du Beauvaisis, qui ne sont pas contestées par la SAS Delannoy Dewailly, que seuls deux des quatre points d'eau ont été réalisés, de sorte que cette dernière n'est fondée qu'à demander le paiement de la moitié de la somme réclamée, soit 1 580,77 euros.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, s'agissant de la création d'un point d'eau dans le nouveau bar d'une part, et s'agissant de la modification de la salle d'animation d'autre part, la SAS Delannoy Dewailly a produit deux devis, pour des montants hors taxes respectivement fixés à 1 386,50 euros et 2 566 euros. Par l'ordre de service n°5, le maitre d'œuvre a retenu le montant du premier devis, mais a diminué celui du second, dont il a supprimé une ligne, et ainsi fixé le montant global de ces postes supplémentaires à 2 977,50 euros. Si cet ordre de service a été notifié à l'entreprise le 27 février 2020, qui l'a signé le 5 mars 2020 en y exprimant ses réserves financières, elle ne présente aucune argumentation de nature à remettre en cause le bien-fondé du montant arrêté par le maître d'œuvre. Dans ces conditions la société requérante n'est fondée qu'à demander cette somme à ce titre.

7. En dernier lieu, les travaux de réalisation de la chape de plancher chauffant initialement prévus dans le lot " gros œuvre ", et qu'il avait été demandé à la SAS Delannoy Dewailly de prendre en charge, n'ont finalement pas été réalisés. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à en demander le paiement.

8. Il résulte de ce qui précède que la SAS Delannoy Dewailly doit être indemnisée à hauteur de 7 899, 50 euros hors taxes au titre des travaux supplémentaires qu'elle a réalisés et qui n'ont pas été régularisés par avenant. Faute de précision de l'éventuel fondement contractuel sur lequel ils seraient demandés, il y a lieu d'assortir ce montant des intérêts au taux légal à compter du 24 août 2020.

En ce qui concerne les surcoûts engendrés par le retard dans le planning :

9. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

10. Il résulte de l'instruction que, pour l'exécution du marché litigieux, qui est un marché à prix forfaitaires, la requérante soutient avoir réalisé des prestations supplémentaires en raison du décalage du démarrage des travaux ainsi que des difficultés d'avancement des travaux du gros œuvre. Elle se prévaut à cet effet d'un constat d'huissier. Toutefois, à supposer que les préjudices soient établis, ni ce constat, ni les écritures de la requérante ne démontrent l'existence de fautes commises par le maitre d'ouvrage dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, ni dans l'estimation des besoins, la conception du marché ou sa mise en œuvre. Au surplus, elle n'établit pas de lien entre les différents préjudices qu'elle invoque et les éventuelles fautes qui en seraient à l'origine. Par suite, les préjudices, qui ne constituent au demeurant pas des prestations supplémentaires, et qu'elle estime avoir subis au titre de la perte de productivité des compagnons, du complément en moyens humains d'encadrement, des compléments en moyens matériels, du complément de prorata, de la prolongation des délais de garantie des matériels, de la perte d'activité ou du préchauffage de la grande salle, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce dernier chef de préjudice, ne peuvent, en tout état de cause, pas être imputés au maitre d'ouvrage.

11. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation de surcoûts engendrés par le décalage de planning.

Sur les pénalités :

12. En se bornant à produire un tableau faisant apparaître une liste de pénalités, sans toutefois comporter de référence aux documents contractuels applicables, ni de dates ou d'éléments permettant de constater d'éventuels retards dans la réalisation de prestations attendues, la communauté d'agglomération du Beauvaisis, qui demande un montant de pénalités représentant 42 % du montant du lot attribué à la SAS Delannoy Dewailly, n'assortit, en tout état de cause, pas sa demande d'application de pénalités des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté d'agglomération du Beauvaisis est condamnée à verser à la SAS Delannoy Dewailly la somme de 7 899,50 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 24 août 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Delannoy Dewailly et à la communauté d'agglomération du Beauvaisis.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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