jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2021 sous le n° 2100058, et des mémoires complémentaires enregistrés les 19 janvier, 31 août 2022 et 18 octobre 2023, la commune d'Ivry-le-Temple, représentée par Me Juffroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers a implicitement rejeté sa demande indemnitaire du 9 septembre 2020, notifiée le
10 septembre suivant ;
2°) de condamner la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers à lui verser une somme de 11 308, 23 euros, actualisée en application de l'article 2 de la convention conclue avec elle le 10 mai 2001 et par laquelle la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'engageait à lui reverser une part de la taxe foncière perçue sur les propriétés bâties, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020 jusqu'au 21 avril 2023 et de leur capitalisation à compter du
10 septembre 2021, au titre du préjudice subi à raison de la résiliation irrégulière de cette convention ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la résiliation irrégulière de la convention engage la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Crépin-Ibouvilliers et lui ouvre droit à la réparation du préjudice financier subi en raison de l'inexécution des conventions en 2018 et en 2019 ;
- la non-exécution de la convention lui a causé un préjudice financier à hauteur de 3 769, 41 euros au titre de l'année 2018 et de 7 538, 82 euros au titre de l'année 2019, assorti des intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020, date de présentation de la demande indemnitaire préalable, et de leur capitalisation à compter du 10 septembre 2021 ;
- les bases effectives du produit de la taxe foncière sur les propriétés bâties perçu par la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers ont évolué à la hausse, de telle sorte que le montant qu'elle devait lui verser devait également être augmenté en application de l'article 2 de la convention ;
- la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'est acquittée de l'indemnité principale sollicitée le 21 avril 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021 et 22 avril 2022, la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers, représentée par Me Quennehen, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit réduite à de plus justes proportions la somme demandée par la commune requérante et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Ivry-le-Temple une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure de résiliation de la convention est justifiée par le bouleversement de son équilibre dès lors qu'elle est la seule à subir les conséquences provoquées par l'implantation de la fonderie Norfond, et il existe une absence réelle de contrepartie dès lors qu'elle est la seule commune à subir les nuisances liées au trafic de la fonderie et qu'elle a dû réaliser des investissements importants pour répondre aux besoins de la fonderie de telle sorte qu'elle n'est plus en capacité de redistribuer ses recettes fiscales aux autres communes ;
- la convention méconnait les articles L. 1111-3 du code général des collectivités territoriales et 72 de la Constitution du 4 octobre 1958, dès lors qu'elle place la commune requérante dans une situation de dépendance financière de telle sorte qu'il en résulte une tutelle de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers ;
- la convention est devenue caduque en application de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dès lors les parties à la convention ne sont plus compétentes pour gérer la zone d'aménagement concertée dite de la Reine Blanche et par suite pour en répartir le produit du foncier bâti ;
- elle n'est pas tenue de procéder au premier versement prévu par les conventions au titre de l'année 2020, ni d'indemniser la commune d'Ivry-le-Temple pour les années 2018 et 2019, dès lors qu'il résulte de l'arrêt du 28 septembre 2021 la Cour administrative de Douai que les relations contractuelles entre les deux communes ne devaient reprendre qu'à compter du 2 juillet 2020.
II. Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022 sous le n° 2200200, et des mémoires complémentaires enregistrés les 31 août 2022 et 18 octobre 2023, la commune d'Ivry-le-Temple, représentée par Me Juffroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers a implicitement rejeté sa demande indemnitaire du 28 octobre 2021, notifiée le
30 octobre suivant ;
2°) de condamner la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers à lui verser une somme de 3 769, 41 euros, actualisée en application de l'article 2 de la convention conclue avec elle le
10 mai 2001 et par laquelle la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'engageait à lui reverser une part de la taxe foncière perçue sur les propriétés bâties, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 octobre 2021 jusqu'au 21 avril 2023, et de leur capitalisation à compter du 30 octobre 2022, au titre du préjudice subi à raison de la résiliation irrégulière de cette convention ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la résiliation irrégulière de la convention engage la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Crépin-Ibouvilliers et lui ouvre droit à la réparation du préjudice financier subi en raison de l'inexécution des conventions en 2020 ;
- la non-exécution de la convention lui a causé un préjudice financier à hauteur de 3 769, 41 euros au titre de l'année 2020, augmentée de l'actualisation due en exécution de l'article 2 de la convention et assorti des intérêts au taux légal à compter du 30 octobre 2021, date de présentation de la demande indemnitaire préalable, et de leur capitalisation à compter du 30 octobre 2022 ;
- les bases effectives du produit de la taxe foncière sur les propriétés bâties perçu par la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers ont évolué à la hausse, de telle sorte que le montant qu'elle devait lui verser devait également être augmenté en application de l'article 2 de la convention ;
- la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'est acquittée de l'indemnité principale sollicitée le 21 avril 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers, représentée par Me Quennehen, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit réduite à de plus justes proportions la somme demandée par la commune requérante et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Ivry-le-Temple une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure de résiliation de la convention est justifiée par le bouleversement de son équilibre dès lors qu'elle est la seule à subir les conséquences provoquées par l'implantation de la fonderie Norfond, et qu'il existe une absence réelle de contrepartie dès lors qu'elle est la seule commune à subir les nuisances liées au trafic de la fonderie et qu'elle a dû réaliser des investissements importants pour répondre aux besoins de la fonderie de telle sorte qu'elle n'est plus en capacité de redistribuer ses recettes fiscales aux autres communes ;
- la convention méconnait les articles L. 1111-3 du code général des collectivités territoriales et 72 de la Constitution du 4 octobre 1958, dès lors qu'elle place la commune requérante dans une situation de dépendance financière de telle sorte qu'il en résulte une tutelle de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers ;
- la convention est devenue caduque en application de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dès lors les parties à la convention ne sont plus compétentes pour gérer la zone d'aménagement concertée dite de la Reine Blanche et par suite pour en répartir le produit du foncier bâti.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- la loi n° 80-10 du 10 janvier 1980 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteur public,
- et les observations de Me Juffroy, représentant la commune d'Ivry-le-Temple, ainsi que celles de Me Delort, représentant la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Saint-Crépin-Ibouvillers a conclu le 10 mai 2001 avec la commune d'Ivry-le-Temple une convention ayant pour objet de répartir avec cette dernière le produit de la part communale de la taxe foncière sur les propriétés bâties qu'elle perçoit sur l'entreprise Norfond devenue EJ Picardie, située au sein de la zone d'activité économique dite de Saint-Crépin-Ibouvillers - Villeneuve-les-Sablons. Par une délibération du 9 janvier 2018, le conseil municipal de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers a décidé de prononcer la résiliation unilatérale de cette convention.
2. Saisi par la commune d'Ivry-le-Temple, le tribunal a ordonné, aux termes d'un jugement du 26 juin 2020, à la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers de reprendre les relations contractuelles issues de la convention résiliée. La cour administrative d'appel de Douai a rejeté l'appel interjeté par la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers et cette dernière a repris ses relations contractuelles à compter du 2 juillet 2020 avec la commune d'Ivry-le-Temple, qui demande au tribunal, par les deux requêtes visées ci-dessus qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, de condamner la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers à lui verser les sommes dont elle a été privée durant la période d'inexécution de cette convention, avec les intérêts au taux légal et capitalisation de ces derniers inclus.
Sur les conclusions tendant au versement du principal :
3. Il ressort du jugement du tribunal administratif d'Amiens du 26 juin 2020 et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 28 septembre 2021, que la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers ne pouvait unilatéralement résilier la convention évoquée ci-dessus, dès lors qu'elle n'était pas illicite et que sa résiliation ne répondait à aucun motif d'intérêt général. Il s'ensuit qu'en procédant à cette résiliation irrégulière, la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers a, pour les raisons décrites aux termes de ces décisions juridictionnelles, commis une faute de nature à engager sa responsabilité dont elle doit la réparation à la commune d'Ivry-le-Temple au titre de la période d'inexécution de cette convention comprise entre la date de sa résiliation unilatérale et le 2 juillet 2020.
4. Il résulte cependant de l'instruction que la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'est acquittée le 21 avril 2023 du paiement de la somme de 17 951, 40 euros, correspondant au montant de l'indemnité principale actualisée réclamée par la commune requérante. Les conclusions tendant à la condamnation au versement de cette indemnité ont dès lors perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
5. Si la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers s'est acquittée du paiement de l'indemnité principale, elle s'est toutefois abstenue de procéder au versement des intérêts et de leur capitalisation auxquels a droit la commune d'Ivry-le-Temple.
6. La commune d'Ivry-le-Temple demande le versement des intérêts sur la somme de 13 095, 20 euros, au titre du préjudice subi pour les années 2018 et 2019, à compter du
10 septembre 2020 correspondant à la date de réception de la demande indemnitaire présentée par courrier du 9 septembre 2020, et sur la somme de 4 856, 20 euros, au titre du préjudice subi pour l'année 2020, à compter du 30 octobre 2021 correspondant à la date de réception de la demande indemnitaire préalable présentée par courrier du 28 septembre 2021, ainsi que la capitalisation de ces intérêts, respectivement à compter du 10 septembre 2021 et du 30 octobre 2022, dès lors qu'à cette date, il était dû au moins une année d'intérêts.
7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3, 5 et 6, il y a lieu de faire droit à ces demandes et de condamner la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers à verser à la commune d'Ivry-le-Temple les sommes correspondant :
- aux intérêts au taux légal de la somme de 13 095, 20 euros du 10 septembre 2020 au 21 avril 2023, avec capitalisation de ces derniers au 10 septembre 2021 puis au 10 septembre 2022 ;
- et aux intérêts au taux légal de la somme de 4 856, 20 euros du 30 octobre 2021 au 21 avril 2023, avec capitalisation de ces derniers au 30 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de d'Ivry-le-Temple, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée au même titre par la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Crépin-Ibouvillers est condamnée à verser à la commune d'Ivry-le-Temple les sommes décrites au point 7 du présent jugement.
Article 2 : La commune de Saint-Crépin-Ibouvillers versera une somme de
2 000 euros à la commune d'Ivry-le-Temple sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur le surplus des conclusions des requêtes.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Ivry-le-Temple et à la commune de Saint-Crépin-Ibouvillers.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. RondepierreLa greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement. et 2200200
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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