mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100088 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 12 janvier 2021,
31 janvier et 28 octobre 2022, la SAS Vert Marine, représentée par la SELARL Audicit Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes du Val de Somme à lui verser une somme de 295 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 avec capitalisation, au titre du bénéfice attendu de l'exécution du contrat ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la communauté de communes Val de Somme à lui verser une somme de 10 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 avec capitalisation, au titre des frais d'études engagés pour la présentation de son offre ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Val de Somme une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'autorité concédante aurait dû écarter l'offre retenue, dès lors qu'elle prévoyait d'appliquer la convention collective nationale des espaces de loisirs, d'attraction et culturels (ELAC) alors qu'elle aurait dû appliquer la convention collective nationale du sport, ce qui la rendait irrégulière ;
- en n'imposant pas la convention collective nationale du sport, l'autorité concédante a créé une rupture d'égalité entre les candidats, dès lors qu'elle est plus couteuse que la convention collective ELAC et qu'elle est susceptible d'avoir un effet sur l'organisation des moyens humains présentés dans les offres ;
- elle doit être regardée comme ayant eu une chance sérieuse de conclure le contrat dont le manque à gagner représente une somme de 295 000 euros, dès lors qu'elle était classée seconde ;
- subsidiairement, elle peut prétendre à ce qu'une somme de 10 000 euros lui soit versée au titre de l'indemnisation des frais d'études engagés pour la présentation de son offre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2021 et 16 novembre 2022, le dernier n'ayant pas été communiqué, la communauté de communes Val de Somme, représentée par Me Quennehen, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS Vert Marine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'offre retenue n'était pas irrégulière, dès lors que l'application d'une convention collective ne faisait pas partie des critères de sélection des candidatures et que la société attributaire a intégré les avantages de la convention collective nationale du sport aux contrats de travail de ses personnels ;
- l'application de la mauvaise convention collective n'a pas pour effet de rendre une offre irrégulière ;
- le juge judiciaire est seul compétent pour apprécier l'applicabilité et la validité des conventions collectives ;
- la convention collective nationale du sport n'est pas applicable à la société Com Sport, dès lors que les activités sportives n'en constituent pas l'activité principale ;
- la requérante n'avait pas de chance d'emporter le contrat, dès lors que, d'une part, son offre était économiquement moins avantageuse que celle de l'attributaire et que, d'autre part, l'application de la convention collective nationale du sport par l'attributaire n'aurait pas modifié le classement final ;
- la requérante n'établit pas qu'elle avait une chance sérieuse de remporter le contrat, dès lors que la collectivité, qui pouvait déclarer la procédure infructueuse ou sans suite, n'aurait, en tout état de cause, pas été tenue de signer le contrat avec la requérante ;
- le préjudice résultant du manque à gagner n'est pas justifié dès lors notamment que l'exploitation du centre est déficitaire ;
- le préjudice résultant des frais de présentation de l'offre n'est pas justifié.
Par ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier 2016 ;
- le décret n° 2016-86 du 1er février 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Boyer, représentant la SAS Vert Marine, ainsi que celles de Me Delort, représentant la communauté de communes Val de Somme.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Val de Somme a engagé, en 2015, une procédure en vue de l'attribution de la concession de l'exploitation du centre aquatique " Calypso " de la commune de Corbie, pour une période de six ans. Aux termes de l'analyse des offres, la SAS Vert Marine a été classée seconde. Par courrier du 15 septembre 2020, elle a demandé à la communauté de communes Val de Somme l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction irrégulière de la procédure. La communauté de communes Val de Somme ayant refusé de faire droit à cette indemnisation par courrier du 12 novembre 2020, la SAS Vert Marine demande au tribunal de condamner cette dernière à l'indemniser de ces mêmes préjudices.
Sur la responsabilité de la communauté de communes Val de Somme :
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 29 janvier 2016 relative aux contrats de concession : " I. - Les contrats de concession soumis à la présente ordonnance respectent les principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures () ". Le choix d'une offre irrégulière, en ce qu'elle méconnaît les stipulations d'une convention collective, est de nature à méconnaître ces principes.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2261-15 du code du travail : " Les stipulations d'une convention de branche ou d'un accord professionnel ou interprofessionnel () peuvent être rendues obligatoires pour tous les salariés et employeurs compris dans le champ d'application de cette convention ou de cet accord, par arrêté du ministre chargé du travail, après avis motivé de la Commission nationale de la négociation collective () ".
4. La convention collective nationale du sport du 7 juillet 2005 a vu son champ d'application étendu aux activités de gestion d'installations sportives à caractère récréatif ou de loisirs par un avenant du 6 novembre 2009 qui a fait l'objet d'une extension par un arrêté du 7 avril 2010 du ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique, le rendant obligatoire pour l'ensemble des salariés et employeurs compris dans son champ d'application à compter du
1er janvier 2014. Ainsi, lorsque l'activité principale exercée pour l'exploitation du centre aquatique est constituée par la gestion d'installations sportives à caractère récréatif ou de loisirs, elle relève de la convention collective nationale du sport et non de la convention collective ELAC.
5. Il résulte du règlement de la consultation que le centre aquatique " Calypso ", à Corbie, est composé d'un bassin de natation de 25 mètres, d'un bassin ludique et de loisirs et initiation de 183 mètres carrés, avec un toboggan, de jets massants, banquettes à bulles, couloir rapide, nage à contre-courant, cascade et sauna, d'une pataugeoire de 33 mètres carrés, de plages extérieures avec solarium et d'un pentagliss extérieur de quatre pistes. Au regard de ces caractéristiques, l'activité principale exercée pour l'exploitation du centre " Calypso " consiste en la gestion d'installations sportives à caractère récréatif ou de loisirs et, en conséquence, relève manifestement et au vu d'une jurisprudence établie, de la convention collective nationale du sport.
6. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'en attribuant la concession à la société Com'sport, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que cette dernière prévoyait d'appliquer non pas la convention collective nationale du sport, mais la convention collective ELAC, la communauté de communes Val de Somme a retenu une offre irrégulière. Par suite, sans qu'il soit besoin de saisir le juge judiciaire d'une question préjudicielle portant sur le point précédent ainsi que le soutient en défense la communauté de communes Val de Somme, la SAS Vert Marine est fondée à soutenir qu'elle a été irrégulièrement évincée de la procédure d'attribution de ce contrat et que cette circonstance est susceptible d'engager la responsabilité de l'autorité concédante.
Sur les préjudices subis par la SAS Vert Marine et leur indemnisation :
7. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique.
8. D'une part, la société requérante, dont l'offre a été classée seconde à l'issue de la procédure de sélection pour l'attribution du contrat de concession du centre " Calypso ", sans que sa régularité ne soit remise en cause, n'était, de ce seul fait, pas dépourvue de toute chance de remporter le contrat.
9. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'application de la convention collective nationale du sport aurait eu en l'espèce un effet sur les offres financières des candidats ni que, en tout état de cause, le classement final des offres aurait été différent du seul fait de la modification de la convention collective au sein de l'offre de l'attributaire. En conséquence, alors qu'il n'est pas démontré que l'offre irrégulièrement retenue était pour autant dépourvue de toute chance de régularisation, il n'est pas établi que, dans cette hypothèse, la SAS Vert Marine aurait été désignée attributaire du contrat. Par suite, la société ne démontre pas qu'elle avait des chances sérieuses d'emporter celui-ci.
10. Il résulte de ce qui précède que la SAS Vert Marine est seulement fondée à demander le remboursement des frais qu'elle a engagés pour présenter son offre, dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme de 10 000 euros. Il y a lieu de condamner la communauté de communes Val de Somme à lui verser cette somme, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 et de leur capitalisation, et de rejeter le surplus de ses conclusions aux fins d'indemnisation.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Vert Marine, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté de communes Val de Somme demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté de communes Val de Somme une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Vert Marine et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté de communes Val de Somme est condamnée à verser à la SAS Vert Marine la somme de 10 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020. Les intérêts échus à chaque date anniversaire ultérieure seront capitalisés à ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La communauté de communes Val de Somme versera à la SAS Vert Marine la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête, ainsi que les conclusions que la communauté de communes Val de Somme présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Vert Marine et à la communauté de communes Val de Somme.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026