jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100281 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2021, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices moraux et matériels qu'il estime avoir subis résultant de l'illégalité de son maintien à l'isolement du 11 janvier au 14 février 2017, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) d'enjoindre à l'État de procéder au paiement de cette somme dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision du 11 janvier 2017 portant prolongation de son placement à l'isolement du 11 janvier au 11 avril 2017 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en le maintenant à l'isolement du 11 janvier au 14 février 2017 ;
- il a subi un préjudice moral dont le montant est estimé à 15 000 euros dès lors qu'il a été privé de toute activité collective, notamment culturelle, pendant cette période ainsi que toute possibilité de sociabiliser avec les autres détenus, ce qui a eu des conséquences graves sur son état psychologique ;
- il a subi un préjudice matériel, dont le montant est estimé à 5 000 euros, dès lors qu'il a été privé de la possibilité d'exercer une activité rémunérée en détention, ce qui l'a privé de la possibilité de percevoir une rémunération, et il a été privé de la possibilité de suivre une formation, ce qui a constitué une perte de chance d'obtenir un diplôme ou un certificat.
Par une décision du 10 février 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Une mise en demeure a été adressée le 4 janvier 2022 au garde des sceaux, ministre de la justice, en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.
En vertu des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 23 novembre 2022, par une ordonnance du même jour.
Un mémoire présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice a été enregistré le 30 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré depuis le 11 avril 2014, a été transféré au centre pénitentiaire de Laon le 7 octobre 2014. Il été placé à l'isolement le 14 avril 2014. Ce placement à l'isolement a été prolongé par des décisions du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lille des 10 octobre 2014 et 9 janvier 2015. Par décisions du garde des sceaux, ministre de la justice, des 8 avril, 11 juillet et 11 octobre 2016, M. B a été maintenu à l'isolement pour la période allant du 11 avril 2016 au 11 janvier 2017. Enfin, par une décision du 11 janvier 2017, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé son placement à l'isolement du 11 janvier au 11 avril 2017. Par un jugement n° 1700930 du 29 mai 2019, devenu définitif, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cette dernière décision. Par un courrier reçu le 29 janvier 2021, M. B a formé une demande indemnitaire préalable, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices moraux et matériels qu'il estime avoir subis résultant de l'illégalité de son maintien à l'isolement du 11 janvier au 14 février 2017.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Il résulte de l'instruction que, par un jugement définitif du 29 mai 2019, le tribunal administratif d'Amiens a annulé la décision du 11 janvier 2017 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé le placement à l'isolement de M. B du 11 janvier au 11 avril 2017, au motif qu'elle était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. L'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
3. Aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article R. 213-18 du code pénitentiaire : " () La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. / Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. / Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef d'établissement. / Toutefois, le chef d'établissement organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. / La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre ".
4. En premier lieu, M. B soutient qu'en l'ayant maintenu à l'isolement du 11 janvier au 14 février 2017, la décision illégale du 11 janvier 2017 l'a privé de la possibilité d'exercer une activité rémunérée en détention, de percevoir une rémunération et de suivre une formation, ce qui a constitué une perte de chance d'obtenir un diplôme ou un certificat. Toutefois, le requérant n'établit, ni même n'allègue, avoir cherché à travailler ou à suivre une quelconque formation ou toute autre activité collective. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander une indemnité au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi.
5. En second lieu, compte tenu de la durée et des motifs du placement à l'isolement du requérant, M. B est fondé à soutenir qu'il a subi un préjudice moral en lien avec la faute résultant de l'illégalité de son maintien à l'isolement du 11 janvier au 14 février 2017. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant durant cette période en fixant à 350 euros la somme due par l'Etat en réparation de ce préjudice.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 350 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
7. M. B a droit aux intérêts légaux sur la somme de 350 euros à compter de la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal le 25 janvier 2021. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts ayant été demandée le 25 janvier 2021, date d'introduction de la requête, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B à compter du 25 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes du I de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduit à l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement. ".
9. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que la partie perdante est condamnée à lui verser par cette même décision, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la première tendant à ce qu'il soit enjoint à celle-ci, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de payer cette somme sous astreinte. Il en résulte qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'Etat, sous astreinte, de payer la somme de 350 euros à M. B, l'obligation de la lui payer résultant de l'article 1er du présent jugement qui, conformément aux dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative, est exécutoire.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Me David sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 350 euros avec intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 25 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026