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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100422

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100422

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100422
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 27 septembre 2022, qui n'a pas été communiqué, Mme A B épouse C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 11 décembre 2019, par lequel la commune de Noailles lui demande une somme de 96 362,43 euros, au titre d'un indu sur salaire ;

2°) de lui accorder la décharge de la somme demandée par le titre exécutoire du

11 décembre 2019 et, à titre subsidiaire, d'en réduire le montant ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Noailles une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est irrégulier, dès lors qu'il n'est pas signé ;

- il n'indique pas les bases de liquidation ;

- il n'est pas fondé, dès lors que la commune de Noailles n'est pas le créancier de la somme due ;

- la créance n'est pas fondée, dès lors qu'elle est prescrite et porte sur des droits acquis ;

- le montant de la créance doit être réduit, dès lors qu'il ne lui a pas été proposé d'échelonner le paiement de la somme totale ;

- le montant de la créance doit être réduit, dès lors qu'il s'est écoulé un délai important avant que le titre exécutoire soit notifié ;

- le remboursement des rémunérations perçues en vertu de la première décision de justice, contredite trois ans plus tard en appel, ne peut pas lui être demandé ;

- le remboursement des rémunérations perçues en 2013 et en 2015 ne peut pas lui être demandé, dès lors que son employeur aurait dû lui faire des propositions de reclassement ;

- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'intégralité de la somme demandée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2021, le centre des finances publiques de Méru demande sa mise hors de cause et conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, la commune de Noailles, représentée par Me Le Normand, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et donc irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 avril 2022, par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de M. Richard, rapporteur public,

- et les observations de Me Delort, représentant Mme B épouse C, ainsi que celles de Me Le Normand, représentant la commune de Noailles.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, agent de police intercommunale employée par la commune de Noailles depuis le 1er février 2008, avait été précédemment victime, le 26 janvier 2007, d'un accident de service, alors qu'elle était employée par la communauté d'agglomération Val-et-Forêt. Par un arrêté du président de cette communauté d'agglomération du 26 août 2013, l'imputabilité de nouvelles douleurs apparues au mois d'août 2010 à l'accident initial et au service a été refusée à compter du 2 septembre 2010. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal n° 1303399 du 16 octobre 2015 en tant qu'il limitait l'imputabilité au service de ces troubles à cette dernière date, et la commune de Noailles a rétabli, en exécution d'une injonction résultant de ce jugement, le plein traitement de l'intéressé à compter du 2 septembre 2010. Saisie par la communauté d'agglomération Val-Parisis, venant aux droits de la communauté d'agglomération Val-et-Forêt, la cour administrative d'appel de Douai, aux termes d'un arrêt n° 15DA01952 du

31 décembre 2018, a réformé le jugement du tribunal en ne prononçant l'annulation de l'arrêté du 26 août 2013 qu'en tant qu'il refusait de reconnaître les troubles de Mme B épouse C comme étant imputables au service pour la période allant du 2 septembre 2010 au 4 janvier 2011 inclus et a limité le rétablissement des droits de l'intéressée à cette période.

2. En exécution de cet arrêt, la commune de Noailles a émis le 11 décembre 2019 un titre exécutoire à l'encontre de Mme B épouse C, par lequel était mis à sa charge le remboursement du trop-perçu de rémunération qui lui a été versé à compter du 5 janvier 2012, date à laquelle elle aurait dû être placée en position de congé de longue maladie et être rémunérée à demi-traitement, puis sans traitement en position de disponibilité d'office à compter du 5 janvier 2014. Mme B épouse C demande l'annulation de ce titre et à être déchargée de l'obligation de payer la somme qui lui est réclamée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Selon l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ".

4. D'une part, le titre exécutoire indique le nom, le prénom et la qualité de l'ordonnateur. D'autre part, le bordereau de titres émis par la commune de Noailles le 11 décembre 2019 et relatif au titre litigieux comporte la signature de cet ordonnateur. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature du titre contesté manque en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il résulte de ces dispositions que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. Il ressort des pièces du dossier que, le 13 septembre 2019, le maire de la commune de Noailles a remis en mains propres un courrier du 9 septembre 2019, revêtu de la signature de

Mme B épouse C, l'informant qu'en exécution de l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Douai le 31 décembre 2018 évoqué au point 1, la reconstitution des différentes étapes de sa carrière révélait un trop-perçu de salaires pour un montant brut de

96 352, 43 euros, en détaillant les périodes ayant généré l'indu, assorties des indices de rémunération successivement détenus par l'intéressée, qui constituent la base de son calcul, et en précisant celles de ces périodes auxquelles correspondaient une rémunération à demi-traitement puis sans traitement. Par suite, Mme B épouse C a été mise à même de connaître les bases sur lesquelles a été liquidée la créance dont elle est débitrice.

7. En troisième lieu, si Mme B épouse C soutient que le titre serait illégal, dès lors que le créancier de la somme litigieuse serait la communauté d'agglomération de Val Parisis et non la commune de Noailles, la créance faisant l'objet du titre contesté résulte du versement, par cette dernière commune, des traitements liés au congé pour accident de service, alors même que la commune aurait perçu ou percevra une indemnité équivalente de la part de l'ancien employeur de la requérante. A cet égard, la circonstance que la communauté d'agglomération Val Parisis ait émis à cette fin un titre exécutoire à l'encontre de la commune et que ce titre ait fait l'objet d'une annulation prononcée par le tribunal n'a pas d'incidence, alors que le motif de cette annulation n'a pas remis en cause le bien-fondé de la créance que détient la communauté d'agglomération Val Parisis sur la commune de Noailles. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne serait pas la débitrice de cette dernière collectivité du trop-perçu de rémunération réclamée par le titre litigieux.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dans sa version applicable au litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil.

10. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que la circonstance que le trop-perçu de rémunération aurait été généré par des décisions créatrices de droit, n'empêchait pas en elle-même sa répétition, dès lors que la créance n'était pas prescrite sur le fondement des dispositions précitées.

11. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 1, la créance contestée par Mme B épouse C correspond à des traitements que la commune lui a versés en exécution d'un jugement du tribunal du 16 octobre 2015, lequel, bien qu'exécutoire, avait été frappé d'appel. Il s'ensuit que le versement de ces sommes présentait du fait de cette seule circonstance un caractère nécessairement provisoire, n'excluant pas qu'elle soit répétée en cas de succès de cette voie de recours, sauf à priver cette dernière de toute portée. Il s'ensuit que dans les circonstances de l'espèce, le délai de prescription a nécessairement couru à la date à laquelle, conformément aux principes dont s'inspirent l'article 2224 du code civil, la commune a pris connaissance des circonstances établissant le caractère indu des rémunérations versées, soit la date à laquelle lui a été notifié l'arrêt de la cour administrative d'appel du 31 décembre 2018. Il s'ensuit qu'à la date à laquelle l'administration a informé la requérante de son intention de répéter la somme indûment versée, soit le 13 septembre 2019, date de notification du courrier évoqué au point 6, lequel est de nature à interrompre le court de la prescription et même, en l'espèce, à la date de notification admise par la requérante du titre exécutoire contesté, soit le 9 décembre 2020, la créance réclamée par la commune de Noailles, compte tenu de la date d'intervention de l'arrêt de la cour administrative de Douai, n'était pas prescrite.

Sur les conclusions à fin de décharge :

12. Au soutien de ces conclusions, Mme B épouse C se prévaut de ce qu'aucun échelonnement ne lui a été proposé, de ce qu'il s'est écoulé un délai important avant que le titre litigieux lui soit notifié, de ce que l'arrêt de la cour administrative d'appel est intervenu trois ans après le jugement, de ce qu'entre 2013 et 2015, son employeur aurait dû lui faire des propositions de reclassement, et de ce que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la somme demandée, sans qu'aucune de ces circonstances n'ait d'incidence sur le bien-fondé de la créance mise à sa charge, alors même qu'il est loisible à la requérante de s'en prévaloir à l'appui d'une demande de remise gracieuse qu'il lui appartient de présenter à la commune de Noailles. Par suite et s'il lui appartient de contester l'éventuel rejet de cette demande devant la juridiction administrative si elle s'y croit fondée, ses conclusions tendant à ce qu'elle soit déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par le titre exécutoire contesté, à l'appui desquelles de telles circonstances sont en revanche inopérantes, doivent être rejetées.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Noailles, tirée de la tardiveté de la requête, que les conclusions de Mme B épouse C doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et à la commune de Noailles.

Copie en sera adressée centre des finances publiques de Méru.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président

- M. Thérain, président assesseur,

- Mme Rondepierre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

C. Binand

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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