vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100489 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2100489 enregistrée le 12 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise, par délégation de la CPAM de l'Aisne, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Château-Thierry à lui payer la somme de 16 246,85 euros au titre de ses débours définitifs, à la suite de la prise en charge fautive de
M. A, avec intérêts à compter du 24 janvier 2019 et la capitalisation annuelle de ceux-ci';
2°) de condamner le centre hospitalier de Château-Thierry à lui payer la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Château-Thierry la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de déclarer le jugement commun et opposable à M. A.
Elle soutient que la réparation des dommages subis par M. A incombe au centre hospitalier de Château-Thierry.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2021, le centre hospitalier de Château-Thierry et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles désormais dénommée société Relyens Mutual Insurance, représentés par la SCP Lebègue Derbise, demandent au tribunal de rejeter la requête.
Ils font valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 11 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saumon, demande au tribunal de le mettre hors de cause.
La requête a été transmise à M. A qui n'a pas produit d'observations.
II. Par une requête n° 2100560 et un mémoire enregistrés les 18 février et 1er septembre 2021, le centre hospitalier de Château-Thierry et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par la SCP Lebègue Derbise, demandent au tribunal :
1°)d'annuler l'ordre à recouvrer exécutoire no 1856 du 11 décembre 2020 par lequel l'ONIAM a mis à la charge de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 12 292,50 euros';
2°)de décharger la société Relyens Mutual Insurance de l'obligation de payer cette somme ;
3°)de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le titre exécutoire en litige est entaché d'incompétence';
- il est insuffisamment motivé ;
- la preuve d'une faute dans la prise en charge par le centre hospitalier de Château-Thierry de M. A n'est pas rapportée de sorte que le bien-fondé de la créance de l'ONIAM n'est pas établi.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2021, l'ONIAM, représenté par
Me Saumon, demande au tribunal :
1°)de rejeter la requête ;
2°)subsidiairement, de condamner la société Relyens Mutual Insurance à lui payer la somme de 12 292,50 euros en remboursement des indemnisations versées à M. A ;
3°)en toute hypothèse, de condamner la société Relyens Mutual Insurance au paiement des intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020 outre capitalisation annuelle de ceux-ci ;
4°)de condamner la société Relyens Mutual Insurance à lui verser une pénalité de 15 % de la somme en principal au titre de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
5°)de condamner la société Relyens Mutual Insurance à lui rembourser les frais d'expertise ;
6°)de mettre à la charge de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été transmise à M. A qui n'a pas produit d'observations en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du centre hospitalier de Château-Thierry à contester le titre exécutoire en raison de son défaut d'intérêt à agir dès lors qu'il n'est pas le destinataire de ce titre.
Par ordonnance du 9 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la santé publique';
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Denys pour le centre hospitalier de Château-Thierry et la société Relyens Mutual Insurance.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, alors âgé de 26 ans, a été victime d'une chute le 16 octobre 2013 suscitant un hématome prétibial. Cet hématome a été évacué à l'occasion d'une intervention chirurgicale au centre hospitalier de Château-Thierry le 12 février 2014. Des difficultés à la marche ont persisté et un électromyogramme a mis en évidence une atteinte du nerf tibial antérieur et un diagnostic de syndrome des loges a été posé nécessitant une reprise chirurgicale dans une clinique.
2. Par un avis du 6 juin 2018, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, à la suite de rapports d'expertise des 9 octobre 2017 et 26 mars 2018 a estimé que la réparation des préjudices subis par M. A incombait au centre hospitalier de Château-Thierry. L'ONIAM se substituant à la société Relyens Mutual Insurance, assureur du centre hospitalier de Château-Thierry a, en exécution d'un protocole d'indemnisation transactionnelle partielle du 28 octobre 2020, versé à M. A la somme de 12 292,50 euros. Sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, l'ONIAM a émis à l'encontre de la société Relyens Mutual Insurance un ordre de recouvrer exécutoire no 1856 du 11 décembre 2020, à hauteur de ce montant.
3. Par les présentes requêtes, la CPAM de l'Oise demande le remboursement par le centre hospitalier des débours versés à M. A tandis que le centre hospitalier de Château-Thierry et son assureur demandent au tribunal l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées.
4. Les requêtes nos 2100489 et 2100560 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'intérêt à agir du centre hospitalier de Château-Thierry contre le titre exécutoire contesté :
5. Lorsqu'il cherche à recouvrer les sommes versées aux victimes en application de la transaction conclue avec ces dernières, l'ONIAM peut soit émettre un titre exécutoire à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances, soit saisir la juridiction compétente d'une requête à cette fin. Les débiteurs peuvent introduire contre un titre exécutoire, devant la juridiction compétente, un recours qui présente un caractère suspensif.
6. Le titre exécutoire en litige a été émis à l'encontre seulement de la société Relyens Mutual Insurance, par suite, le centre hospitalier de Château-Thierry, n'a pas d'intérêt à agir en contestation de cet acte.
Sur le principe de responsabilité :
7. Aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : "'Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute'".
8. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
9. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".
10. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'intervention chirurgicale du 12 février 2014, M. A a souffert de séquelles en lien avec une lésion du nerf tibial antérieur. Si une première expertise du 9 octobre 2017 a conclu à la faute du praticien ayant opéré initialement M. A, les conclusions de cette expertise ont été contredites par un rapport critique produit par le centre hospitalier et les conclusions de la seconde expertise du 26 mars 2018.
11. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux puis la CPAM et l'ONIAM se sont fondés sur cette dernière expertise qui a conclu que la neuropathie subie par l'intéressé était un accident médical survenant de manière aléatoire dans 0,34 % des cas à l'occasion de la réalisation d'une anesthésie loco-régionale. Toutefois, en l'état de l'instruction, il apparaît que M. A n'a pas bénéficié d'une anesthésie loco-régionale mais d'une anesthésie générale lors de son intervention du 12 février 2014 ainsi que l'attestent le médecin ayant recueilli son consentement préopératoire et le médecin qui a procédé à l'anesthésie et que les experts se sont en réalité fondés sur une feuille d'anesthésie qui concernait une autre patiente.
12. Dès lors, en l'état du dossier, les conclusions de l'expertise qui se fondent sur des éléments erronés ne permettent pas au tribunal administratif d'apprécier si la prise en charge médicale au centre hospitalier de Château-Thierry a été fautive de sorte qu'il y a lieu, avant de statuer sur les requêtes d'ordonner une expertise sur ce point.
D É C I D E :
Article 1 er : Il sera, avant de statuer sur les requêtes de la CPAM de l'Oise et du centre hospitalier de Château-Thierry, procédé à une expertise. L'expert sera désigné par la présidente du tribunal administratif et aura pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'ensemble des dossiers médicaux, chirurgicaux et hospitaliers de M. A et de tous documents ; entendre toute personne appartenant au service public hospitalier ayant donné des soins à l'intéressé ; procéder, s'il le juge utile, à l'examen clinique de M. A ;
2°) indiquer si la prise en charge de M. A par le centre hospitalier de Château-Thierry a été conforme aux pratiques médicales et chirurgicales admises et aux données de la science acquises à l'époque des faits ou révèle des manquements, erreurs ou négligences dans les actes médicaux effectués ou dans l'organisation du service public hospitalier ;
3°)se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un aléa thérapeutique ou d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;
4°)indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue des conséquences dommageables subies ;
5°)indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) a / ont fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; préciser la ou les perte(s) de chance (pourcentage ou coefficient), le cas échéant.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, au centre hospitalier de Château-Thierry, à la société Relyens Mutual Insurance, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2100489 et 2100560
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026