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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100742

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100742

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100742
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 1er mars 2021 sous le n°2100742, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a rejeté son recours dirigé contre la décision du 8 octobre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 677,04 euros pour la période d'octobre 2017 à octobre 2020 et a refusé de lui accorder une remise de dette ;

2°) de prononcer la décharge de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise n'est pas motivée ;

- cette décision, qui repose sur un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la présidente du conseil départemental de l'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles en ne saisissant pas préalablement la commission de recours amiable ;

- la décision attaquée a méconnu les droits de la défense et est contraire à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- contrairement à ce qu'a estimé la présidente du conseil départemental, il a conservé sa résidence stable et effective en France ;

- il n'a pas fraudé et, par suite, le délai de prescription biennale s'applique ;

- du fait de sa bonne foi et de sa précarité financière, il peut prétendre à une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 1er mars 2021 sous le n°2100746, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 d'un montant de 152,45 euros ;

2°) de prononcer la décharge de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- cette décision, qui repose sur un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée a méconnu les droits de la défense et est contraire à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il remplit les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.

III. Par une requête, enregistrée le 1er mars 2021 sous le n°2100747, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2018 d'un montant de 152,45 euros ;

2°) de prononcer la décharge de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- cette décision, qui repose sur un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée a méconnu les droits de la défense et est contraire à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il remplit les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2109-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dhiver, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de M. A n°2100742, n°2100746, n°2100747 se rapportent au même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une décision du 8 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. A un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 677,04 euros pour la période d'octobre 2017 à octobre 2020. Le 16 octobre 2020, M. A a formé un recours contre cette décision et a, à titre subsidiaire, demandé une remise gracieuse de sa dette. La présidente du conseil départemental de l'Oise a rejeté ces demandes par une décision implicite puis, par une décision du 25 mars 2021, a rejeté la demande de remise de dette. Le 18 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. A des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019 d'un montant chacun de 152,45 euros. M. A demande l'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental de l'Oise rejetant son recours contre la décision du 8 octobre 2020 et des décisions du 18 octobre 2020 de la caisse d'allocations familiales de l'Oise, ainsi que la décharge des sommes mises à sa charge. Il demande aussi l'annulation de la décision de refus de remise de dette du 25 mars 2021.

Sur la récupération de l'indu de revenu de solidarité active :

3. Lorsque le recours dont le juge est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision de récupération de l'indu :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

5. Il découle de ces dispositions qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision expresse aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Une telle décision ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a implicitement rejeté son recours du 16 octobre 2020. M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale du seul fait de son absence de motivation.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été

adressé. () ".

7. Il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme.

8. En l'espèce, il résulte des stipulations de l'article 3.2 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de l'Oise et la caisse d'allocations familiales de l'Oise que les recours administratifs adressés à la présidente du conseil départemental de l'Oise sont dispensés de la consultation de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Oise. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales n'a pas été consultée avant que la présidente du conseil départemental de l'Oise statue sur son recours administratif relatif au revenu de solidarité active.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a eu connaissance du rapport de l'enquête diligentée en 2020, sur lequel il a formulé des observations. Il a aussi pu faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles cité au point 6 ci-dessus. Dans ces conditions, et alors que M. A a bénéficié dans la cadre de cette procédure de garanties en tous points conformes aux exigences garanties par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le seul fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

12. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi par un agent assermenté, que M. A a été inscrit, auprès du consulat de France à Alger, au registre des Français à l'étranger du 29 septembre 2013 au 25 août 2019, date à laquelle il n'a pas expressément renouvelé son inscription. M. A a également déclaré auprès du même consulat être employé en qualité de cadre au sein d'une entreprise algérienne située en Algérie. Par ailleurs, il ressort des avis de non-imposition au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 produits par M. A que celui-ci n'a perçu aucun revenu en France au cours de la même période. Enfin, M. A n'établit pas disposer d'un logement en France et, ainsi qu'il ressort du rapport d'enquête dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, ses déclarations selon lesquelles il était hébergé depuis le 1er décembre 2015 étaient fausses, ce que d'ailleurs il ne conteste pas. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, c'est à bon droit que la présidente du conseil départemental de l'Oise a retenu que M. A n'avait pas eu sa résidence stable et effective à compter du mois d'octobre 2017. Enfin, M. A ne saurait se prévaloir de ce qu'il a été contraint de rester en Algérie après février 2020 du fait de la fermeture des frontières en raison de la pandémie de Covid-19 et de la grave maladie dont souffrait son père dès lors que, ainsi qu'il vient d'être dit, il résidait déjà en Algérie avant cette date. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions du code de l'action sociale et des familles que la présidente du conseil départemental de l'Oise a estimé que M. A ne remplissait pas les conditions pour prétendre au revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2017 à octobre 2020 et lui a demandé le remboursement des sommes qu'il a perçues à ce titre tout au long de la période.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. "

15. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié du revenu de solidarité active d'octobre 2017 à octobre 2020 en déclarant, de façon réitérée, résider en France alors que, ainsi qu'il a été dit au point 13 ci-dessus, il n'avait pas sa résidence stable et effective sur le territoire français durant cette période. Dès lors, la présidente du conseil départemental de l'Oise a pu, à bon droit, considérer que la déclaration d'une résidence en France, effectuée de façon répétée pendant quatre ans, révélait une volonté manifeste de dissimulation et constituait une fausse déclaration au sens de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir de la prescription biennale prévue par ces dispositions.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental de l'Oise rejetant son recours contre la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 8 octobre 2020, ni, par voie de conséquence, la décharge des sommes mises à sa charge.

Sur la récupération des indus d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2018 et 2019 :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

18. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

19. Il résulte de l'instruction que les décisions du 18 octobre 2020 par lesquelles la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. A des indus d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2018 et 2019 précisent le montant des sommes réclamées, les années sur lesquelles portent les indus, ainsi que leur motif tiré de ce que l'intéressé n'était pas bénéficiaire du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre ou décembre des mêmes années. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

20. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, la situation de M. A n'a pas fait l'objet d'un traitement algorithmique. Par suite, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance des articles L.311-3-1 et R.311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".

22. Les décisions par lesquelles la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. A des indus d'aides exceptionnelles de fin d'année ne constituent pas des sanctions. Leur édiction n'était donc pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoit la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

23. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2018 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018 () ". Ces dispositions ont été reconduites pour l'année 2019 par l'article 3 du décret du 10 décembre 2019.

24. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 16 ci-dessus que M. A ne pouvait prétendre au revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2017 à octobre 2020. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié des indus d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2018 et 2019.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 18 octobre 2020 ni, par voie de conséquence, la décharge des sommes mises à sa charge.

Sur la remise de dette de revenu de solidarité active :

26. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

27. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

28. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

29. Ainsi qu'il a été dit au point 15 ci-dessus, M. A a, de façon réitérée, pendant quatre ans, déclaré résider en France afin de bénéficier indûment du revenu de solidarité active. Il doit être regardé comme ayant fait de fausses déclarations au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse prétendre à une remise ou à une réduction de sa dette de revenu de solidarité active, quelle que soit sa situation financière actuelle.

30. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 25 mars 2021 refusant de lui accorder une remise de dette.

31. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental de l'Oise rejetant son recours contre la décision du 8 octobre 2020 et des décisions du 18 octobre 2020 de la caisse d'allocations familiales de l'Oise, ainsi que la décharge des sommes mises à sa charge, ni l'annulation de la décision de de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 25 mars 2021. Le département de l'Oise et la caisse d'allocations familiales de l'Oise n'étant pas parties perdantes dans les présentes affaires, les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 11 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au département de l'Oise, à la caisse familiale de l'Oise et à Me Desfarges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La présidente,

signé

M. B La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2100742, 2100746, 2100747

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