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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100744

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100744

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100744
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU1
Avocat requérantPERDU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 24 février 2021 et le 15 septembre 2022, M. C B et Mme A D épouse B, représentés par Me Perdu, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune du Crotoy à leur verser une somme de 4 000 euros chacun, en réparation du préjudice résultant de la privation irrégulière du libre accès à leur domicile ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Crotoy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont été irrégulièrement privés du libre accès en voiture à leur garage pendant plusieurs semaines du fait des arrêtés du maire des 8 juillet et 9 octobre 2019 relatifs à la création d'une zone piétonne, et de la décision du 18 juillet 2019 leur refusant l'octroi d'une dérogation générale à l'interdiction de circulation, décisions annulées par un jugement du tribunal administratif du 9 juin 2020 ;

- ces décisions illégales ont créé des troubles dans leurs conditions d'existence, eu égard à l'impossibilité de stationner en dehors de la zone piétonne en période d'affluence touristique, et à l'état de santé de Mme B, qui ne peut pas marcher longtemps.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, la commune du Crotoy, représentée par Me Vamour, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne demandent l'annulation d'aucune décision, et à titre subsidiaire que les moyens de la requête de sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

-le rapport de Mme Galle, vice-présidente,

-les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

-les observations de Me Perdu, représentant M. et Mme B, et E, substituant Me Vamour, représentant la commune du Crotoy.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 juillet 2019, le maire de la commune du Crotoy a instauré une zone piétonne entre le n° 8 de la place Jeanne d'Arc et le n° 57 de la rue de la porte du pont, dans le centre-ville et a ainsi proscrit la circulation et le stationnement des véhicules à moteur dans cette zone les week-ends et jours fériés, de 10 heures à 23 heures, durant les mois de mai, juin et septembre 2019 et tous les jours de la semaine aux mêmes horaires du 1er juillet au 31 août 2019. Ce dispositif a par la suite été étendu, par arrêté du 9 octobre 2019, aux deux derniers week-ends du mois d'octobre 2019 ainsi qu'au premier week-end du mois de novembre 2019, de 10 heures à 18 heures. Le 10 juillet 2019, M. et Mme B, qui sont propriétaires d'une maison comprenant un garage située dans le périmètre de la zone piétonne, ont sollicité l'autorisation d'accéder à leur logement en voiture. Toutefois, par courrier du 18 juillet 2019, le maire du Crotoy a refusé de faire droit à leur demande. Par un jugement du tribunal administratif d'Amiens du 9 juin 2020, les arrêtés du maire et la décision litigieuse ont été annulés. Par lettre du 17 décembre 2020 reçue le 22 décembre 2020, M. et Mme B ont présenté une demande indemnitaire préalable à la commune du Crotoy en vue de l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'illégalité des décisions précitées. Cette demande a été rejetée implicitement. M. et Mme B demandent au tribunal de condamner la commune du Crotoy à leur verser une somme de 4 000 euros chacun, en réparation du préjudice résultant de la privation irrégulière du libre accès à leur domicile en voiture.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune du Crotoy :

2. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. La commune du Crotoy soutient que la requête est irrecevable car n'elle est dirigée contre aucune décision. Or, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ont formé une demande indemnitaire préalable auprès de la commune du Crotoy par lettre du 17 décembre 2020 reçue le 22 décembre 2020 au titre de la privation irrégulière du libre accès à leur domicile. Cette demande a été implicitement rejetée. Par suite, la requête présentée par M. et Mme B, qui présente le caractère d'un recours de plein contentieux et n'avait pas à comporter des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de leur demande indemnitaire préalable, ayant pour seul effet de lier le contentieux, est recevable et la fin de non-recevoir opposée par la commune du Crotoy doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

4. Sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété, et notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule. Dans le cas d'une voie communale, le maire ne peut refuser d'accorder un tel accès, qui constitue un accessoire du droit de propriété, que pour des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique.

5. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 9 juin 2020, devenu définitif, le tribunal administratif d'Amiens a annulé les arrêtés du 8 juillet et 9 octobre 2019 et la décision du maire du Crotoy du 18 juillet 2019, au motif qu'ils portent une atteinte excessive au droit des riverains d'accéder librement à leur propriété et qu'ils sont disproportionnés. Par suite, l'illégalité de ces arrêtés et de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.

En ce qui concerne les préjudices :

6. D'une part, il résulte des pièces du dossier que M. et Mme B ont été privés, durant les périodes de l'année 2019 mentionnées au point 1, de la liberté d'accéder à leur domicile au moyen d'un véhicule et d'utiliser le garage attenant à leur domicile. Ils font valoir sans être sérieusement contestés en défense que la fréquentation touristique de la commune durant les périodes d'activation de la zone piétonne citées au point 1, qui a d'ailleurs nécessité la création de cette zone, ne leur a pas permis de stationner leur véhicule à une distance raisonnable de leur domicile. D'autre part, ils soutiennent qu'ils sont âgés, et que Mme B ne peut marcher longtemps compte tenu de son état de santé, ainsi qu'en atteste un certificat médical. Compte tenu des troubles dans les conditions d'existence subis par les requérants durant les périodes visées au point 1, et de la circonstance que ces troubles ont cessé à compter de l'année 2020 du fait de la remise aux requérants en mai 2020 d'une télécommande leur permettant d'accéder en voiture à leur domicile durant les horaires d'activation de la zone piétonne, M. et Mme B sont fondés à demander une somme globale de 3 000 euros en réparation de leur préjudice.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Crotoy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune du Crotoy sur ce fondement soit mise à la charge de M. et Mme B qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La commune du Crotoy est condamnée à verser à M. et Mme B la somme globale de 3 000 euros.

Article 2 : La commune du Crotoy versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune du Crotoy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A D épouse B et à la commune du Crotoy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Galle

Le greffier,

signé

J-F Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100744

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