mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100988 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE-FRANQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars et 15 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Broyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours préalable du 23 janvier 2021, par laquelle le président de la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération a refusé de l'indemniser à raison des préjudices subis à raison du recours abusif de son employeur à des contrats de travail à durée déterminée ;
2°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération à lui verser, à raison de ce recours abusif, les sommes de 11 899, 05 euros au titre de l'indemnité de licenciement, de 4 759, 62 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis et de
10 000 euros au titre du préjudice moral résultant de la situation de précarité dans laquelle il a été maintenu pendant la durée de ces contrats ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à rechercher la responsabilité de la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération, dès lors que cette dernière a abusivement eu recours à des contrats à durée déterminée pour l'employer pendant 10 ans, alors qu'elle aurait dû lui proposer un contrat à durée indéterminée au-delà de 6 années de contrat ;
- le montant de l'indemnité de licenciement auquel il peut prétendre s'élève à
11 899,05 euros, somme à laquelle doivent s'ajouter 4 759,62 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis ;
- son préjudice moral résultant de la situation de précarité dans laquelle la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération l'a maintenu s'élève à 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre 2021 et 7 janvier 2022, la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2022 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa rédaction alors en vigueur ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Crance, représentant la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été employé par la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération sous couvert de dix contrats à durée déterminée successifs entre le 13 octobre 2010 et le 12 octobre 2020, pour y exercer les fonctions d'encadrant technique d'insertion aménagement paysager. Par une lettre du 20 novembre 2020, M. B a demandé à son employeur de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du recours abusif à des contrats à durée déterminée. Il demande au tribunal d'annuler la décision de rejet née du silence de la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération, ainsi que la condamnation de cette dernière à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'indemnisation :
2. La décision implicite par laquelle la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération a rejeté les demandes de M. B a eu pour effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressé qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, et dès lors que les vices propres dont elles seraient entachées, ce qui n'est au demeurant pas soutenu par le requérant, seraient sans incidence sur la solution du litige, les conclusions présentées à fin d'annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur le recours abusif aux contrats à durée déterminée :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la période durant laquelle a été recruté M. B entre 2010 et 2012 sur leur fondement : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 ne peuvent recruter des agents non titulaires pour occuper des emplois permanents que pour () faire face temporairement et pour une durée maximale d'un an à la vacance d'un emploi qui ne peut être immédiatement pourvu dans les conditions prévues par la présente loi () Les agents recrutés conformément aux quatrième, cinquième et sixième alinéas sont engagés par des contrats à durée déterminée, d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables, par reconduction expresse. La durée des contrats successifs ne peut excéder six ans. / Si, à l'issue de la période maximale de six ans mentionnée à l'alinéa précédent, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée () ". D'autre part, selon l'article 3-2 de la même loi dans sa version applicable à la période durant laquelle a été recruté M. B entre 2012 et 2020 sur leur fondement : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 (), les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire () " et selon l'article 3-4 de cette même loi : " " I. - Lorsqu'un agent non titulaire recruté pour pourvoir un emploi permanent sur le fondement des articles 3-2 ou 3-3 est inscrit sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois dont les missions englobent l'emploi qu'il occupe, il est, au plus tard au terme de son contrat, nommé en qualité de fonctionnaire stagiaire par l'autorité territoriale. / II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics effectifs de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée () ".
4. Il résulte de l'instruction que M. B a été recruté sur le fondement du premier alinéa de l'article 3 précité de la loi du 26 janvier 1984 entre le 13 octobre 2010 et le 12 octobre 2012, puis, pour le même motif lié à une vacance d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, sur le fondement de son article 3-2 entre le 13 octobre 2012 et le 12 octobre 2020. Dans ces conditions, eu égard au motif de ces recrutements successifs, l'intéressé n'entre dans aucune des catégories d'agents non titulaires pour lesquels la loi du 26 janvier 1984 prévoit une transformation de leur engagement en contrat à durée indéterminée. Par suite, la circonstance que M. B ait bénéficié d'une succession de contrats à durée déterminée ne lui conférait, en l'absence de tout texte le prévoyant, aucun droit à bénéficier de la transformation de son engagement en contrat à durée indéterminée, alors même que les fonctions qu'il exerçait correspondraient à un emploi permanent.
5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ".
6. Si ces dispositions, ainsi que celles citées au point 3, offrent la possibilité aux collectivités de recourir, le cas échéant, à une succession de contrats à durée déterminée, elles ne font cependant pas obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de tels contrats, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Dans cette hypothèse, il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
7. Il résulte de l'instruction que M. B a été engagé par dix contrats successifs pour faire face à la vacance d'un emploi permanent d'agent technique principal dans l'attente de recrutement d'un fonctionnaire. Les fonctions qu'il a occupées au sein du même service, en vertu de ces dix contrats, et dont il n'est pas démontré, ni même soulevé, qu'elles répondraient à des spécificités particulières, sont rigoureusement les mêmes. L'ensemble de ces circonstances est de nature à établir que la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération a abusivement eu recours à de multiples contrats à durée déterminée pour le recruter.
8. D'une part, alors que la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération lui a proposé de poursuivre la relation d'emploi en lui soumettant un onzième contrat à durée déterminée, M. B a décliné cette proposition. Par suite, et alors même que le caractère abusif du recours préalable à dix contrats à durée déterminée est établi, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre à une indemnité évaluée en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement, dès lors qu'il ne démontre pas que l'interruption de la relation d'emploi ne lui serait pas directement imputable.
9. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération aurait, comme elle le soutient, proposé au cours de l'année 2013 de nommer M. B fonctionnaire stagiaire. La circonstance qu'elle aurait, en 2017, informé l'intéressé qu'il pouvait se présenter à une sélection en vue de devenir fonctionnaire, n'a pas d'incidence sur le fait que M. B a été maintenu dans une situation de précarité et d'incertitude professionnelle pendant les dix années au cours desquelles il a été employé par la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération par la conclusion de dix contrats à durée déterminée d'un an. Par suite, ce dernier est fondé à demander l'indemnisation du préjudice moral résultant de cette situation, dont il sera fait une juste appréciation à hauteur de 2 500 euros.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération à verser à M. B une somme de
2 500 euros en réparation du préjudice que lui a causé le recours abusif de son employeur à des contrats à durée déterminée et de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'indemnisation présentées par ce dernier.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération demande sur leur fondement. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération une somme de
1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération est condamnée à payer une somme de 2 500 euros à M. B.
Article 2 : La communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération versera à
M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026