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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101087

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101087

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL MARCHESSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mars et 11 juin 2021,

la SARL La Vallée Berreult, représentée par Me Marchesseau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;

3°) de prononcer la décharge de l'amende fiscale d'un montant de 9 600 euros, à laquelle elle a été soumise en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 57A du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle a répondu plus de soixante jours après ses observations ;

- sa comptabilité ne souffrait pas des graves irrégularités alléguées par l'administration ;

- l'administration ne pouvait écarter la charge justifiée de 521 160 euros hors taxes comptabilisée au titre de l'exercice clos en 2015.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 juin et 30 août 2021, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La SARL La Vallée Berreult qui exerce une activité de propriété et gestion de tous biens mobiliers ou immobiliers, de promotion immobilière, de prise de participation dans toutes sociétés pouvant se rapporter à son objet, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire, à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et à une amende fiscale sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts au titre de l'année 2015. Par la présente requête, la SARL La Vallée Berreult demande au tribunal de la décharger de ces impositions supplémentaires.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 A du livre des procédures fiscales : " I. - En cas de vérification de comptabilité ou d'examen de comptabilité d'une entreprise ou d'un contribuable exerçant une activité industrielle ou commerciale dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1 526 000 € s'il s'agit d'entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place ou de fournir le logement, ou à 460 000 € s'il s'agit d'autres entreprises ou d'un contribuable se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes est inférieur à 460 000 €, l'administration répond dans un délai de soixante jours à compter de la réception des observations du contribuable faisant suite à la proposition de rectification mentionnée au premier alinéa de l'article L. 57. Le défaut de notification d'une réponse dans ce délai équivaut à une acceptation des observations du contribuable. / II. - Le délai de réponse mentionné au I ne s'applique pas : () 2° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction qu'une première proposition de rectification du 26 décembre 2017, interruptive de prescription a été portée à la connaissance de la société requérante par l'administration en lui faisant savoir que les opérations de vérification n'étaient pas terminées et se poursuivaient en 2018. Le service a substitué à cette proposition de rectification une autre proposition du 5 juin 2018. La société requérante a présenté des observations à la suite de chacune de ces propositions de rectification, les 8 janvier 2018 et 30 juillet 2018. Toutefois, la seconde proposition de rectification s'étant substituée à la première, le service n'était tenu que de répondre aux dernières observations de la SARL La Vallée Berreult en date du 30 juillet 2018. Cette réponse a été apportée le 8 novembre 2019, soit plus de soixante jours après le délai prévu par les dispositions du I. de l'article L. 57 A du livre des procédures fiscales.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration a rejeté la comptabilité de la société requérante comme non probante et insincère aux motifs notamment que des provisions pour des montants importants avaient fait l'objet, sans aucune pièce justificative produite malgré les demandes du service, de reprises avec des montants incohérents sur plusieurs années, qu'une facture de 500 000 euros hors taxes qui, selon les dires de la société requérante lors des opérations de vérification, concernait des aménagements sur un ou plusieurs bateaux de plaisance non identifiés ne lui appartenant pas, avait été comptabilisée, sans aucune pièce justificative en soutien, au titre d'une opération immobilière sans rapport et que des chèques ont été comptabilisés sous des libellés erronés, l'un d'entre eux ayant été comptabilisé dans un compte fournisseur alors qu'à la suite de son droit de communication, le service a pu établir qu'il avait été libellé en réalité pour un montant de 18 000 euros à l'ordre du gérant de la société requérante. Par ces motifs, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe d'irrégularités graves et répétées rendant impropre la comptabilité de la société requérante à justifier des résultats déclarés. Par suite, la SARL La Vallée Berreult ne peut se prévaloir de la garantie prévue au I de l'article L. 57A du livre des procédures fiscales et l'administration ne peut être réputée avoir, en l'espèce, accepté les observations du contribuable.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. En premier lieu, la SARL La Vallée Berreult soutient que sa comptabilité a été indûment écartée. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la comptabilité de la société requérante a été valablement écartée alors qu'en tout état de cause, les impositions en litige n'ont aucunement procédé d'une reconstitution extra-comptable du chiffre d'affaires. Ce moyen doit ainsi être écarté.

6. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".

7. Il résulte de l'instruction que la comptabilité de la société requérante a valablement été écartée ainsi qu'il a été énoncé précédemment et que le service a imposé la société requérante à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 conformément aux bases imposables issues de l'avis rendu par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans sa séance du 15 octobre 2020. Dès lors, la charge de la preuve de l'exagération de cette imposition pèse sur la société requérante.

8. D'autre part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

9. Le service a réintégré au résultat imposable de la société requérante, au motif qu'elles n'étaient pas fondées en leur principe, des charges à payer comptabilisées à hauteur de la somme de 564 147,40 euros au titre de l'exercice clos en 2015 correspondant à un avoir de 42 987 euros et au remboursement d'un dégrèvement de taxes foncières au titre des années 2007 et 2008 d'un montant de 429 516 euros et les intérêts moratoires sur cette dernière somme d'un montant de 91 644,40 euros réalisé à la suite d'une décision de justice.

10. Pour justifier de ce passif à hauteur des sommes dégrevées, soit 521 160 euros, la société requérante produit les stipulations d'un bail commercial aux termes desquelles elle louait depuis le 3 mai 2006 à une société tierce un ensemble immobilier situé au Havre (76) à charge notamment pour la société preneuse de lui rembourser " toutes les charges afférentes à l'immeuble - prestations et fournitures, primes d'assurances, impôts et taxes, même celles qui incombent notamment au propriétaire (taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, et les locaux de stockage situés dans la région Île de France, taxe foncière sur les propriétés bâtis et non bâties et les contributions annexes, et primes d'assurance de l'immeuble notamment) ". Les taxes foncières concernant l'immeuble loué au titre des années 2007 et 2008 ont effectivement été remboursées à la société requérante par la société preneuse. À la suite d'une décision de justice, le service a procédé à l'égard de la société requérante à un dégrèvement de 429 516 euros en droits et 91 644,40 euros en intérêts moratoires en 2015. Il s'ensuit que la dette de la première à l'égard de la seconde est fondée en son principe et en son montant. Les circonstances que le contrat de bail ait cessé en 2010 et que le remboursement par la société requérante à la société preneuse soit effectivement intervenu en 2020 sont sans incidence. Toutefois, il ne ressort nullement des stipulations précitées que l'intérêt moratoire dégrevé devait être rétrocédé à la société preneuse qui n'a par ailleurs versé aucune somme à ce titre. Il en résulte que la SARL La Vallée Berreult apporte la preuve qui lui incombe de l'exagération de l'imposition en litige mais est seulement fondée à en réclamer la réduction en base à hauteur de la somme de 429 516 euros et des pénalités correspondantes.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1759 du code général des impôts : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".

12. Pour infliger à la société requérante l'amende fiscale de l'article 1759 du code général des impôts, le service justifie avoir vainement demandé à la SARL La Vallée Berreult la désignation des bénéficiaires de charges non déductibles auprès d'un fournisseur. Les conclusions à fin de décharge de cette amende qui n'est pas sérieusement contestée doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL La Vallée Berreult et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 er : Les bases de l'impôt sur les sociétés réclamé à la SARL La Vallée Berreult au titre de l'exercice clos en 2015 sont réduites d'une somme de 429 516 euros.

Article 2 : La SARL La Vallée Berreult est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice clos en 2015 à proportion de la réduction en base définie à l'article 1, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL La Vallée Berreult est rejeté.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 500 euros à la SARL La Vallée Berreult sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Vallée Berreult et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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