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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101107

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101107

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101107
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantMATON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2021, Mme A B, représentée par

Me Maton, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes visées par avis à tiers détenteur émis à son encontre le 9 octobre 2020 par le SIP d'Hirson en vue du recouvrement de rôles de taxes foncières émis au titre des années 2011 à 2019 au nom de la SCI Rayzaimi ;

2°) d'ordonner le remboursement des sommes appréhendées;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- que sa requête est recevable et que le juge administratif a compétence à en connaître ;

- qu'elle peut prétendre à la suspension de l'exigibilité d'impositions ayant par ailleurs donné lieu à contestation assortie d'une demande de sursis de paiement ainsi qu'au bénéfice de la prescription du recouvrement ;

- que les conditions d'application de l'article 1858 du code civil ne sont pas réunies ;

- que les sommes ne sont pas exigibles en l'absence d'avis de mise en recouvrement.

Par mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, la directrice départementale des finances publiques de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truy, premier conseiller honoraire,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Laporte, suppléant Me Maton.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Rayzaimi n'a pas réglé les impositions de taxe foncière dues au titre des années 2011 à 2019 à raison de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire à Hirson (Aisne). Du fait de la carence de la SCI Rayzaimi, par application des dispositions de l'article 1857 du code civil, Mme B a été recherchée en paiement des impositions de taxe foncière demeurant dues à proportion de sa quote-part dans le capital de celle-ci, par divers avis de mise en recouvrement, suivis d'un avis à tiers détenteurs du 9 octobre 2020. Après qu'elle se soit adressée au service du recouvrement, en l'absence de réponse dans le délai de deux mois, Mme B a saisi la juridiction d'une demande en décharge des impositions contestées.

Sur les conclusions en décharge de l'obligation de payer :

2. Il ressort des pièces du dossier que des taxes foncières, assorties de pénalités, ont été mises à la charge de la SCI Rayzaimi au titre des années 2011 à 2019. Cette société a présenté une réclamation, datée du 16 novembre 2020, réceptionnée le 20 et tendant à la décharge de ces impositions d'une demande de sursis de paiement sur le fondement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, et par application des dispositions de l'article 1857 du code civil, l'administration a recherché les associés en paiement de ces mêmes impositions demeurées impayées à proportion de leurs droits dans le capital de la SCI. Après que divers avis de mise en recouvrement leur aient été vainement adressés, l'administration fiscale a émis à l'encontre de Mme B un avis à tiers détenteur.

3. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription. ". Aux termes, d'autre part, de l'article 1857 du code civil, relatif à la responsabilité des associés des sociétés civiles : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements () ". Aux termes de l'article 1858 du même code : " Les créanciers ne peuvent poursuivre le paiement des dettes sociales contre un associé qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale ".

4. En second lieu, l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige, dispose : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. () L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent ". Il résulte de ces dispositions et de celles, citées au point précédent, de l'article 1745 du code général des impôts que le sursis de paiement, en ce qu'il entraîne la suspension de l'exigibilité des impositions en litige, fait obstacle à ce que ces dernières soient recouvrées, y compris auprès des codébiteurs solidaires qui n'auraient pas introduit une telle demande. Il s'ensuit que ce sursis de paiement entraîne la suspension du délai de prescription de l'action en recouvrement pour tous les codébiteurs de l'imposition jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation afférente soit par l'administration, soit par le tribunal compétent.

5. Ainsi qu'il a été rappelé au point 2, un avis à tiers détenteur a été émis à l'encontre de Mme B pour avoir paiement d'une somme de 75 602,68 euros représentant la

quote-part des taxes foncières et majorations mises à sa charge en qualité d'associée de la SCI Rayzaimi sur le fondement des dispositions précitées du code civil.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B bénéficie depuis le 20 novembre 2020 d'un sursis de paiement de ces sommes du fait de la réclamation régulière de la SCI. Il résulte en effet des dispositions des articles L. 277 et L. 279 du livre des procédures fiscales que le contribuable qui en fait expressément la demande dans sa réclamation a droit au sursis de paiement sur la totalité des impôts qu'il conteste, sans que ce droit puisse être restreint par les mesures de recouvrement prises par le comptable avant la demande de sursis, à la condition toutefois que le contribuable réunisse les garanties appropriées. Lorsque le fisc a diligenté des mesures d'exécution avant que le contribuable ait demandé le sursis de paiement, il revient à l'administration, nonobstant l'effet attributif des mesures d'exécution pratiquées, d'en restituer la propriété au contribuable au cas où les garanties proposées seraient jugées suffisantes. Cependant, il n'est, en l'espèce, ni établi ni même allégué que la SCI a présenté des garanties à l'appui de sa demande de sursis de paiement. Mme B ne peut, dès lors, soutenir que sa réclamation, en date du 20 novembre 2020, a privé d'effet l'avis à tiers détenteur du

9 octobre 2020.

7. S'agissant du bénéfice de la prescription, d'une part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. () ". D'autre part, aux termes de l'article 1857 du code civil : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements () ". L'article 1858 du même code dispose que : " Les créanciers ne peuvent poursuivre le paiement des dettes sociales contre un associé qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale ". Enfin, l'article 1859 du code civil précise que : " Toutes les actions contre les associés non liquidateurs ou leurs héritiers et ayants cause se prescrivent par cinq ans à compter de la publication de la dissolution de la société ". Ces dispositions sont applicables à l'ensemble des sociétés civiles de droit commun.

8. Il résulte de ces dispositions qu'elles permettent à l'administration des impôts, après en avoir vainement et préalablement poursuivi le paiement auprès de la société elle-même, de constituer les associés d'une société civile débiteurs des dettes fiscales de la société, à proportion de leur part respective dans le capital social à la date d'exigibilité de la créance litigieuse.

9. Si la requérante soutient qu'il n'est pas établi que le service a tenté, au préalable, de poursuivre le paiement auprès de la SCI, il résulte de l'instruction que, pas moins de

29 tentatives ont été effectuées, via des ATD contre différentes banques ou mêmes des hypothèses, sans aucun résultat. En l'espèce, après avoir vainement cherché à recouvrer les sommes auprès de la SCI Rayzaimi, par un premier avis à tiers détenteur en date du

27 novembre 2014, émis moins de quatre ans après la mise en recouvrement des impositions litigieuses, respectivement les 31 août 2011 et 2012, par un second avis à tiers détenteur du

22 septembre 2015 contre les impositions mises en recouvrement les 31 août 2011, 2012, 2013 et 2014, et enfin, par un 3e avis à tiers détenteur du 19 octobre 2016, pour les impositions mises en recouvrement entre août 2011 et aout 2015. Par conséquent, l'avis émis, à raison de la quote-part de la requérante, le 9 octobre 2020 a été émis avant prescription. Le moyen doit être écarté ainsi que celui tenant à ce que le service n'a pas préalablement vainement tenté de rechercher le paiement de la société.

10. S'agissant du moyen tenant à l'absence de notification préalable, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. () Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications ". Aux termes de l'article R. 256-2 du même livre : " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement () ".

11. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration adresse un avis de mise en recouvrement par lequel elle met en œuvre une solidarité de paiement, elle est tenue de lui adresser un avis de mise en recouvrement individuel qui doit comporter les indications prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales. Ces mentions permettent au débiteur solidaire d'obtenir, à sa demande, la communication des documents mentionnés dans cet avis de mise en recouvrement ainsi que de tout document utile à la contestation de la régularité de la procédure, du bien-fondé et de l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations correspondantes au paiement solidaire desquels il est tenu.

12. Il résulte de l'instruction que Mme B a été destinataire, pour chacune des années en litige, d'un avis de mise en recouvrement produit en défense (pièces 66 à 75 en défense). Le moyen doit donc être écarté.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

13. Il résulte des indications non contredites de l'administration que la saisie- attribution opérée auprès de l'établissement bancaire gestionnaire du compte postal de

Mme B s'est révélée vaine et qu'aucun fond n'a pu être appréhendé. Les conclusions en remboursement des prélèvements opérés doivent donc être rejetées ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice départementale des finances publiques de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N ° 2101107

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