mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101130 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 mars 2021, 30 mars et 26 avril 2022, M. B A, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 26 mars 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé d'indemniser le préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis à raison du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont il soutient avoir été victime ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du dépôt de sa demande indemnitaire préalable, en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis à raison du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont il a été victime ;
3°) de mettre à la charge de la commune de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.
Il soutient que :
- il a été victime de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie à compter de février 2017 ;
- à titre subsidiaire, les agissements de sa hiérarchie ont conduit à une dégradation de ses conditions de travail et de son état de santé ;
- le harcèlement moral dont il a été l'objet et les agissements de sa hiérarchie constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat et lui ont causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence justifiant une indemnisation à hauteur de
10 000 euros ;
- les agissements de sa hiérarchie sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat au titre de la protection fonctionnelle prévue par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et lui ont causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence justifiant une indemnisation à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 mai 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Après sa scolarité au sein de l'école nationale de l'administration pénitentiaire, M. A a été nommé en qualité de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation stagiaire à compter du 8 septembre 2015 et affecté à l'antenne d'insertion et de probation de Beauvais puis titularisé à compter du 8 septembre 2016. Par un courrier du 25 janvier 2021, il a demandé l'indemnisation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence à raison du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont il estime avoir été victime. Cette demande a été implicitement rejetée par le garde des sceaux, ministre de la justice, le 26 mars 2021. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une telle indemnisation.
Sur le harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération :
/ 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus () ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
4. En premier lieu, si M. A s'est vu attribuer des permanences le 9 mars 2017 alors qu'il avait été évoqué lors d'une réunion du 16 février 2017 qu'il en serait dispensé, il ne résulte pas de l'instruction qu'un volume de travail excessif ou anormal lui ait été ainsi dévolu. Ainsi, cette circonstance n'est pas de nature à faire présumer un harcèlement moral.
5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que M. A ait été sujet à des reproches excessifs de la part de sa hiérarchie, à des pratiques discriminatoires ou encore à des humiliations de nature à faire présumer un harcèlement moral.
6. En troisième lieu, si M. A s'est vu refuser le bénéfice de congés ou de jours de récupération de temps de travail les 23 mai, 21 juillet, 1er septembre et 3 août 2017 et celui d'une formation le 30 août 2017, ces refus ponctuels sur une courte période ne sont pas de nature à faire présumer un harcèlement moral.
7. En quatrième lieu, M. A a présenté entre mai et novembre 2017 de très nombreuses demandes de mutation ou de mise à disposition qui ont reçu des avis défavorables ou ont été refusées. Par ailleurs, ses vœux de mutation au titre de la mobilité des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation de 2018 ont reçu un avis défavorable le 23 février 2018. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces refus et avis défavorables à ces demandes itératives ont été pris à raison de l'état des effectifs au sein de l'antenne d'insertion et de probation de Beauvais et de la circonstance que M. A n'avait été titularisé sur le poste qu'il occupait que moins d'un an avant sa demande de mutation. Par ailleurs, il est constant que sa demande de détachement à la commission nationale de l'informatique et des libertés à compter du 1er mai 2018 a pu aboutir. Dans ces conditions, les refus et avis défavorables opposés à ses demandes de mutation ou de mise à disposition ont été pris pour des considérations étrangères à tout harcèlement moral.
8. Il résulte de ce qui précède que, malgré l'impact sur sa santé qu'ont pu avoir les mesures dont il a fait l'objet, M. A n'est pas fondé à soutenir que les faits dont il se prévaut seraient constitutifs, isolément ou pris dans leur ensemble, d'un harcèlement moral.
Sur les conclusions indemnitaires et celles tendant à l'annulation du rejet de sa demande indemnitaire préalable :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité à raison du harcèlement moral dont il aurait été l'objet.
10. En deuxième lieu, en se bornant à invoquer les agissements de la hiérarchie exposés aux points 4 à 7 du présent jugement, M. A n'établit pas que la dégradation de ses conditions de travail dont il se prévaut résulte d'une faute de sa hiérarchie ou de l'Etat.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi n° du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".
12. En se bornant à invoquer les agissements de la hiérarchie exposés aux points 4 à 7 du présent jugement, M. A n'établit pas que la dégradation de ses conditions de travail dont il se prévaut résulte d'une atteinte de nature à lui donner le droit de bénéficier de la protection prévue par les dispositions citées au point précédent.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à raison du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont il s'estime victime. Dès lors, ses conclusions indemnitaires et celles tendant à l'annulation du rejet de sa demande indemnitaire préalable doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces dernières.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par
M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2101130
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026