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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101150

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101150

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELAS ERNST & YOUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars 2021, 2 avril 2021 et 27 juillet 2021, Mme C, représentée par la Selafa Cabinet Cassel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a rejeté sa demande indemnitaire préalable, ensemble la décision implicite de rejet de cette demande ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie à lui verser la somme, à parfaire, de 51 000 euros assortie des intérêts de droit à compter du dépôt de sa demande indemnitaire préalable, en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises dans la gestion de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires ne sont pas tardives dès lors que le courrier du 3 avril 2020 ne constitue pas une demande indemnitaire préalable ;

- la décision du 26 février 2019 portant rejet de sa demande de prolongation d'activité est insuffisamment motivée en fait ;

- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle se fonde sur une expertise médicale qui conclut à son inaptitude à la reprise de ses fonctions, sans que cette expertise ne lui ait été communiquée, et que cette expertise n'a pas donné lieu à une nouvelle consultation du comité médical en méconnaissance de l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- les illégalités de la décision du 26 février 2019 sont fautives ;

- le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a commis des négligences fautives dans la gestion de sa carrière dès lors que ses demandes de réintégration et de prolongation d'activité sont restées sans suite malgré un avis favorable du comité médical pour une réintégration avec reclassement, que le CHU n'a pas entamé de procédure de reclassement, et que le CHU ne lui a pas communiqué les conclusions de la prétendue expertise menée par le Dr B ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier en raison de l'absence de versement de rémunérations pour les années 2017 et 2018 dont le montant est estimé à 31 000 euros ;

- elles lui ont causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence tenant à l'impossibilité de retrouver un équilibre personnel et de prétendre à une pension de retraite à taux plein et à l'obligation d'entamer des démarches juridictionnelles dont le montant ne peut être inférieur à 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, représenté par Me Delentaigne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'une décision explicite de rejet de la demande indemnitaire préalable est intervenue le 17 mars 2021 de sorte que la décision implicite de rejet attaquée, qui serait née en réponse à une demande du 27 janvier 2021, n'existe pas ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison de leur tardiveté dès lors que la décision du 17 mars 2021 ne fait que confirmer la décision implicite de rejet née sur la demande indemnitaire du 3 avril 2020 et que celle-ci est devenue définitive le 4 juin 2020 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- l'existence d'un préjudice moral n'est pas établie.

Par ordonnance du 15 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Mme E, élève avocate, en présence de Me Delentaigne, représentant le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée le 13 janvier 2006 en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée par le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie et a été titularisée le 1er juillet 2007. L'intéressée a été placée en congé de longue maladie du 21 septembre 2015 au 20 septembre 2016, puis en congé de longue durée du 21 septembre 2016, renouvelé jusqu'au 19 décembre 2018. Le 14 décembre 2018, le médecin spécialiste agréé de l'établissement a émis un avis favorable à sa réintégration au titre du temps partiel thérapeutique sous réserve de son reclassement sur un poste d'accueil, d'animation ou de bureau à compter du 21 décembre 2018. Par courrier du 11 février 2019, Mme C a sollicité la prolongation de son activité au-delà de la limite d'âge fixée au 5 novembre 2019. Par une décision du 26 février 2019, la directrice générale de l'établissement, a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 14 janvier 2020, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a rétroactivement renouvelé le congé de longue durée de l'intéressée du 20 décembre 2018 au 5 novembre 2019 date de son départ à la retraite. Par courrier, reçu le 27 janvier 2021, Mme C a adressé une demande indemnitaire préalable au directeur de l'établissement afin obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans la gestion de sa carrière. Une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence gardé par l'administration qui a été suivie d'une décision explicite de rejet par la directrice générale de l'établissement le 17 mars 2021. Mme C demande l'annulation de cette dernière décision, ensemble la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable, et de condamner le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie à lui verser la somme, à parfaire, de 51 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie :

S'agissant de l'illégalité fautive de la décision du 26 février 2019 portant refus de prolongation de l'activité de Mme C :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 85 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires régis par le présent titre ne peuvent être maintenus en fonctions au-delà de la limite d'âge de leur emploi. Aux termes de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à l'âge limite dans la fonction publique et le secteur public dans sa rédaction alors en vigueur : " () les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 7° Refusent une autorisation () ". L'article L. 211-5 du même code dispose quant à lui que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C a demandé au centre hospitalier Amiens-Picardie de prolonger son activité au-delà de la limite d'âge, fixée à la date du 5 novembre 2019, sur le fondement de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à l'âge limite dans la fonction publique et le secteur public. Eu égard à sa portée, la décision par laquelle l'autorité administrative refuse de faire droit à une demande de maintien en activité présentée en application des dispositions de l'article 1-1 doit être regardée comme un refus d'autorisation, au sens du 7° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et doit donc être motivée. Il ressort des termes de la décision du 26 février 2019 qu'elle ne mentionne pas le fondement juridique sur lequel elle a été édictée et se borne à faire état de la " position d'absentéisme " de Mme C sans autre précision. Dans ces conditions, la décision du 26 février 2019, n'a pas permis à Mme C de comprendre le motif de refus qui lui a été opposé. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que cette décision n'est pas motivée en droit et en fait.

5. En second lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir, pour soutenir que la décision du 26 février 2019 est entachée d'une illégalité fautive, de l'absence de communication des conclusions d'une expertise médicale réalisée par le docteur B qui aurait conclu à son inaptitude à la reprise de ses fonctions, ni de l'absence de saisine du comité médical sur cette expertise, dès lors que la décision du 26 février 2019 n'a pas été prise sur le fondement d'une expertise médicale, et qu'au demeurant, l'existence de cette expertise n'est pas établie par la requérante alors qu'elle est contestée en défense. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la gestion fautive de la carrière de Mme C :

6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la demande de prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge fixée au 5 novembre 2019 présentée par la requérante le 11 février 2019, l'établissement, par courrier du 26 février 2019, lui a fait connaître sa décision de refus de faire droit à cette demande et par courrier du 3 septembre 2019, lui a adressé le décompte définitif de sa pension de retraite à compter du 6 novembre 2019. Pour soutenir que le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a commis une négligence fautive dans la gestion de sa carrière, la requérante se prévaut de l'absence de suite donnée par l'établissement à ses multiples demandes de réintégration et de reclassement et de l'absence de mise en œuvre d'une procédure de reclassement. Il résulte de l'instruction que le médecin spécialiste agréé de l'établissement, le 14 décembre 2018, a émis un avis favorable à la réintégration de l'intéressée à temps partiel thérapeutique sous réserve de son reclassement sur un poste d'accueil, d'animation ou de bureau à compter du 21 décembre 2018, et que la requérante n'a sollicité son reclassement que par des courriers en date des 6 septembre et 2 novembre 2019 ainsi que le 3 avril 2020 alors que la date de son départ à la retraite a été fixée au 5 novembre 2019. Ainsi, en raison du caractère tardif de la première demande de reclassement formulée par la requérante, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie n'a pas commis une négligence dans la gestion de la carrière de Mme D en refusant de mettre en œuvre une procédure de reclassement antérieurement à son départ en retraite, alors au demeurant que cette dernière avait fait état, dans un courrier du 14 janvier 2019, de son " incapacité pour une éventuelle reprise " et avait fourni un certificat médical établi, le 11 janvier 2019, par son médecin généraliste préconisant la prolongation de son arrêt longue maladie. Enfin, l'existence d'une expertise médicale qui aurait conclu à l'inaptitude de l'intéressée à la reprise de ses fonctions n'est pas établie ainsi qu'il a été dit au point 5, de sorte que Mme D ne peut utilement se prévaloir de l'absence de communication de ce document par l'établissement en dépit de ses demandes. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration a commis des négligences fautives dans la gestion de sa carrière.

En ce qui concerne les préjudices :

7. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la décision litigieuse et des écritures du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, que la décision du 26 février 2019 portant refus de prolongation de l'activité de Mme C était justifiée d'une part, par la position de congé de longue durée de Mme C à la date de sa demande, et d'autre part, par le manque de disponibilité de postes autres que des postes d'aide-soignant au sein de l'établissement, en raison de l'augmentation des procédures de reclassement. Ainsi, ces éléments révèlent l'existence d'un motif d'intérêt du service, et d'un motif tiré de l'inaptitude physique de l'agent, qui constituent tous deux des motifs de nature à justifier légalement le refus de maintien d'un agent en activité, selon les dispositions de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à l'âge limite dans la fonction publique et le secteur public citées au point 2. Dans ces conditions, compte tenu de la nature de l'illégalité de la décision du 26 février 2019 précitée relevée au point 7, les préjudices financier et moral ainsi que les troubles dans les conditions d'existence allégués ne peuvent être regardés comme présentant un lien de causalité avec l'illégalité fautive entachant la sanction du 26 février 2019 tenant à l'insuffisante motivation dont cette décision était entachée. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier Amiens-Picardie, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme C de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

M-A Boignard

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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