jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101336 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LMT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 avril 2021 et 8 décembre 2023, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE, M. B D, M. E F, la société par actions simplifiée Little Boat, et la société par actions simplifiée Mustang, représentés par Me Guerin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France à verser à la société Allianz Global Corporate et Speciality SE la somme totale de 66 887, 25 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2016 ou 18 décembre 2020 avec capitalisation de ces intérêts, ainsi que la somme de 12 264,60 euros au titre des frais d'expertise amiable ;
2°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France à verser à M. D la somme de 6 887,70 euros à parfaire assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2016 ou 18 décembre 2020 avec capitalisation de ces intérêts ;
3°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France à verser à M. F la somme de 1 000 euros à parfaire assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2016 ou 18 décembre 2020 avec capitalisation de ces intérêts ;
4°) de condamner l'établissement public Voies Navigables de France à verser à la société Little Boat et à la société Mustang la somme de 1 500 euros à parfaire assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2016 ou 18 décembre 2020 avec capitalisation de ces intérêts ;
5°) de mettre à la charge de l'établissement public Voies Navigables de France la somme de 6 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens de l'instance d'un montant de 12 618,72 euros.
Ils soutiennent que :
- les trois bateaux Crao, Bibifoc et Winnipegosis ont subi des dommages importants en franchissant l'écluse de Noyon, dont l'établissement public Voies Navigables de France (VNF) a la charge de l'entretien ;
- le fonctionnement anormal de cette écluse est à l'origine des dommages causés à ces bateaux ;
- ce défaut d'entretien normal de l'écluse est de nature à engager la responsabilité de l'établissement public VNF ;
- ils n'ont commis aucune faute de nature à atténuer la responsabilité de l'établissement public VNF.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, l'établissement public Voies Navigables de France, représenté par Me Vray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il apporte la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage public que constitue l'écluse de Noyon ;
- les requérants ne démontrent pas l'existence d'un lien de causalité entre les dommages subis par le bateau Bibifoc et l'écluse ;
- les fautes des bateliers sont de nature à l'exonérer totalement de toute responsabilité dans les dommages subis ;
- les préjudices dont la réparation est demandée ne sont pas établis.
Par ordonnance du 19 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2024 à 12h00.
Par un courrier du 25 septembre 2024, le tribunal a sollicité la production de pièces complémentaires. Ces pièces, produites le 26 septembre 2024, ont été communiquées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative le 27 septembre 2024.
Vu :
- l'ordonnance n°1802769 du 11 mai 2020 de la présidente du tribunal administratif d'Amiens portant liquidation et taxation des frais d'expertise à la somme de 12 618,72 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guerin, représentant les requérants, ainsi que celles de Me Vray, représentant l'établissement public Voies Navigables de France.
Considérant ce qui suit :
1. Le bateau Crao, manœuvré par M. B D, batelier exploitant, le bateau Bibifoc, manœuvré par M. E F et le bateau Winnipegosis, manœuvré par la société Little Boat et exploité par la société Mustang, ont subi des dommages en 2016. Par deux ordonnances n° 1802769 du 22 février 2019 et du 20 mai 2019, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. C comme expert en charge de déterminer l'origine des désordres affectant ces bateaux, notamment d'indiquer si les sondes de l'écluse de Noyon ou tout autre équipement sont à l'origine des événements. M. C a déposé son rapport le 8 avril 2020. Par un courrier du 18 décembre 2020, reçu le 21 décembre suivant, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE, subrogée dans les droits de ses assurés, M. B D, M. E F, la société Little Boat et la société Mustang ont saisi l'établissement public Voies navigables de France (VNF) d'une demande tendant à la réparation des dommages causés à ces bateaux qu'ils estiment imputables au mauvais entretien de l'écluse de Noyon par VNF. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par VNF sur cette demande. Par la requête susvisée, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE demande à être indemnisée par VNF du coût des réparations des bateaux et des frais des expertises amiables qu'elle a supportés pour un montant total de 79 151,85 euros, M. D demande la condamnation de VNF à lui verser la somme totale de 6 887,70 euros correspondant au montant de la franchise d'assurance restée à sa charge et aux dommages immatériels qu'il a subis, M. F demande la condamnation de VNF à lui verser la somme de 7 146 euros en réparation des dommages immatériels qu'il a subis et les sociétés Little Boat et Mustang demandent quant à elles la condamnation de VNF à leur verser la somme totale de 1 670 euros correspondant au montant de la franchise d'assurance restée à leur charge et aux dommages immatériels qu'elles ont subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité de Voies Navigables de France :
2. Il est constant que les bateaux Crao, Bibifoc et Winnipegosis ont la qualité d'usager de l'écluse de Noyon située sur le canal Nord, consistant en une dépendance du domaine public fluvial de l'État confié à l'établissement public VNF, à charge pour ce dernier d'en assurer l'exploitation, l'entretien et la maintenance en application des articles L. 4241-3, L. 4311-1 et R. 4311-1 du code des transports et L. 2111-7 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques. Dans ce cadre, il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 8 avril 2020 qu'alors que le bateau Crao était engagé le 14 mai 2016 dans le sas de l'écluse n°18 de Noyon, l'ouverture de la porte aval de cette écluse a déclenché une vague qui a augmenté la vitesse du courant et fait reculer le bateau, faisant céder l'amarrage et projetant le pousseur contre le radier, ce qui a endommagé l'appareil à gouverner. Il résulte ainsi de l'instruction, et n'est pas contesté par VNF en défense, que les dommages causés au bateau Crao ont été provoqués par l'ouverture de la porte aval de l'écluse avant l'égalisation du niveau des eaux entre le sas et le bief aval, ce qui, associé à un reflux du bief aval, a créé une vague dont l'expert estime la hauteur à 20 cms. Dès lors, les requérants établissent l'existence d'un lien de causalité entre les dommages constatés sur ce bateau et l'utilisation de l'ouvrage public que constitue l'écluse de Noyon.
4. Pour démontrer l'absence de défaut d'entretien normal de l'écluse, VNF se prévaut de la fiabilité du système de sonde chargé de mesurer la hauteur de l'eau et de la réalisation de travaux, du contrôle et de l'entretien régulier effectués sur cet ouvrage. Il résulte toutefois de l'instruction que l'expert a constaté que VNF n'a fourni, durant les opérations d'expertise, aucun élément factuel concernant l'état, l'étalonnage et le contrôle régulier de ces sondes pour la période considérée. Si VNF se prévaut dans la présente instance de la perte de ces données et produit un fichier excel interne récapitulant les travaux effectués sur l'écluse entre 2011 et 2016, cette seule pièce, compte tenu de sa teneur et des conditions de son établissement, ne suffit pas à apporter la preuve de l'entretien normal des sondes servant à mesurer la hauteur de l'eau. Par ailleurs, la circonstance, alléguée par VNF, que plusieurs bateaux sont passés sans encombre à la même période est sans incidence sur l'entretien de l'ouvrage. Dans ces conditions, VNF n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'entretien normal de l'ouvrage à la date de l'incident survenu le 14 mai 2016.
5. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que le 1er juillet 2016, le bateau Bibifoc, manœuvré par M. F, batelier exploitant, a, par l'effet de remous anormaux et en l'absence de protection adéquate, heurté le pilier rive droite situé avant la porte du sas de l'écluse de Noyon endommageant ainsi gravement le bordé avant bâbord du bateau. Il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que le fait valoir VNF en défense, qu'aucun constat contradictoire d'accident n'a été effectué entre VNF et le batelier le jour du sinistre et qu'aucun passage du bateau Bibifoc à l'écluse de Noyon n'a été enregistré le 1er juillet 2024. Par ailleurs, si les requérants indiquent que les services de secours sont intervenus le jour du sinistre pour colmater les voies d'eaux et que le bateau a été " monté " le 8 juillet pour être " mis en cale " le vendredi 15 juillet 2016, ils ne l'établissent pas à défaut de toute production en ce sens. Enfin, il résulte tant du rapport de l'expertise judiciaire que du rapport de l'expertise amiable que les experts, s'ils constatent qu'un tel reflux aurait pu provoquer de tels désordres, se bornent à reprendre les déclarations du batelier exploitant sur le lieu et les circonstances de l'incident sans se prononcer explicitement sur la réalité des faits allégués et qui sont contestés. Dans ces conditions, les éléments produits par les requérants ne suffisent pas à établir l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les dommages constatés sur le bateau Bibifoc et l'utilisation de l'écluse de Noyon le 1er juillet 2016. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de VNF.
6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 8 avril 2020 ainsi que du constat contradictoire d'accident effectué entre VNF et le batelier le jour du sinistre, que le 21 juillet 2016 le bateau Winnipegosis a, par l'effet d'un fort mouvement d'eau provoqué par la vidange du sas, heurté le pilier rive droite situé avant la porte du sas de l'écluse de Noyon endommageant l'avant bâbord du bateau. Il résulte en outre de ce même rapport que l'expert a constaté que la vanne de vidange du sas, coté rive droite, était hors service, et que la seule vanne en service a alors créé un courant de la rive droite vers la rive gauche à l'origine des désordres subis par le bateau. Dans ces conditions, et alors que VNF ne conteste pas l'origine de ces dommages, les requérants établissent l'existence d'un lien de causalité entre les dommages constatés sur ce bateau et l'utilisation de l'ouvrage public que constitue l'écluse de Noyon.
7. Pour démontrer l'absence de défaut d'entretien normal de l'écluse, VNF se borne à renvoyer à son argumentation développée pour l'incident impliquant le bateau Crao. Ce faisant, VNF n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'entretien normal de l'ouvrage alors, qu'ainsi qu'il l'a été dit, l'expert judiciaire a constaté la défectuosité d'une des deux vannes de vidange de l'écluse. Dans ces conditions, VNF n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'entretien normal de l'ouvrage à la date de l'incident survenu le 21 juillet 2016.
En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité :
8. En premier lieu, VNF soutient que le batelier exploitant du bateau Crao avait connaissance du fonctionnement de l'écluse et du phénomène de reflux. Il résulte toutefois du rapport d'expertise judiciaire que la vague de 20 cm à l'origine des désordres subis par le bateau Crao n'a pas été causée par le seul reflux connu des usagers de l'écluse, mais par l'ouverture de la porte aval de cette écluse sans attendre l'égalisation du niveau des eaux entre le sas et le bief aval. En outre, il résulte de ce même rapport que l'expert a souligné que le convoi avait, en l'espèce, " effectué toutes les manœuvres d'usage ", était " en conformité au regard des textes réglementaires " et " ne pouvait en aucun cas agir pour éviter le sinistre ". Dans ces conditions, aucune faute du batelier manœuvrant le Crao, de nature à exonérer la responsabilité de VNF, ne peut ainsi être retenue.
9. En second lieu, VNF soutient que le batelier exploitant du bateau Winnipegosis a commis une faute de nature à l'exonérer intégralement de sa responsabilité en ne s'amarrant pas aux estacades d'approche des ouvrages pendant la vidange du sas de l'écluse. Il est constant, ainsi que le rappelle l'expert judiciaire dans son rapport du 8 avril 2020, en référence à un avis à la batellerie du 10 avril 2015, que le batelier en attente d'éclusage doit, lors de la vidange du sas, s'amarrer aux estacades d'approche des ouvrages. Il résulte toutefois du rapport d'expertise amiable contradictoire réalisée le 22 août 2019 à l'initiative des requérants que, lors de l'incident le 21 juillet 2016, " la porte à guillotine coté aval était ouverte pour son entrée, le feu vert ", autorisant de ce fait l'entrée du bateau dans l'écluse et que les remous créés par la vidange du sas par une seule vanne ont persisté après l'ouverture de la porte. Il résulte en outre de l'instruction que VNF a diffusé dès le 22 juillet 2016 par voie d'avis à la batellerie des consignes demandant aux usagers de l'écluse d'attendre cinq minutes après l'ouverture complète de la porte avant d'entrer dans l'écluse de Noyon, en raison de la mise hors service de la vanne aval rive gauche de l'écluse du fait de son dysfonctionnement. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un avis à la batellerie avertissant les bateliers de ce qu'une vanne était hors service et les appelant à la vigilance aurait été publié avant l'incident du 21 juillet 2016. Dans ces conditions, VNF n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que l'avarie en cause trouve sa cause déterminante dans l'absence d'amarrage de la péniche au quai d'attente. Par ailleurs, si VNF indique que le batelier a mal réagi aux courants provoqués en réalisant une mauvaise manœuvre, il ne l'établit pas alors qu'il résulte de ce qui précède que les courants étaient dus, non pas à de simples remous, mais bien à un dysfonctionnement de l'ouvrage public que constitue l'écluse de Noyon. Enfin, la circonstance que 355 bateaux montants ont traversé l'écluse sans encombre entre le 29 juin et le 21 juillet 2016 ne permet pas d'établir une faute de la victime. Par suite, aucune faute du batelier manœuvrant le bateau Winnipegosis, de nature à exonérer la responsabilité de VNF, ne peut ainsi être retenue.
10. Il résulte de ce qui précède que seuls la société Allianz Global Corporate et Speciality SE, M. D, la société Little Boat et la société Mustang sont fondés à demander la condamnation de VNF à les indemniser des préjudices subis du fait des dommages causés aux bateaux Crao et Winnipegosis les 14 mai et 21 juillet 2016.
En ce qui concerne les préjudices :
11. En premier lieu, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE demande le remboursement des frais de réparation et des frais de l'expertise qu'elle a dû supporter.
12. D'une part, contrairement à ce que soutient VNF en défense, l'expertise amiable contradictoire a participé à établir l'origine des dommages subis par le bateau Crao, de telle sorte que les frais de cette expertise sont en lien direct avec la faute retenue à l'encontre de VNF. A ce titre, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE justifie, par la production de deux factures, s'être acquittée de la somme de 6 389,50 euros hors taxe correspondant à ces frais. Par ailleurs, si la société Allianz Global Corporate et Speciality SE demande, dans le dernier état de ses écritures, le versement de la somme de 27 017, 82 euros au titre des frais de réparation du bateau Crao, elle ne justifie avoir remboursé à son assuré les frais, en lien direct avec la faute retenue à l'encontre de VNF, qu'à hauteur d'un montant total de 24 942 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en raison de ce sinistre en condamnant VNF à lui verser la somme globale de 31 331,50 euros hors taxe.
13. D'autre part, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE demande le remboursement des frais de réparation du bateau Winnipegosis à hauteur de 11 000 euros. Les pièces versées au dossier permettent d'établir que la société d'assurance a exposé de tels frais dans le cadre du sinistre subi par ce bateau le 21 juillet 2016. De même, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE justifie, par la production d'une facture datée du 22 août 2019 et de l'ordre de règlement afférent, avoir supporté une somme de 1 725 euros hors taxe correspondant aux frais d'expertise amiable dans le cadre de ce même sinistre, qui contrairement à ce que soutient VNF en défense, a directement participé à établir l'origine des dommages subis par le bateau Winnipegosis. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en raison de ce sinistre en condamnant VNF à lui verser la somme globale de 12 725 euros hors taxe.
14. En deuxième lieu, si M. D se prévaut d'un préjudice né de l'application d'un abattement pour vétusté à l'indemnisation reçue de son assureur, il ne l'établit pas, à défaut de toute production en ce sens et alors qu'un tel préjudice n'a été retenu ni par le rapport d'expertise judiciaire ni par le rapport d'expertise amiable. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment de ces deux rapports d'expertises ainsi que de l'attestation comptable du 7 juin 2016, que M. D a subi des pertes d'exploitation en raison des désordres causés à son bateau, estimées à hauteur de 6 355, 53 euros hors taxe. En outre, le requérant justifie avoir versé une somme de 300 euros au titre de la franchise d'assurance pour la réparation du bateau Crao Zeltina dont il est l'exploitant. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice qu'il a subi en condamnant VNF à lui verser la somme de 6 655,53 euros hors taxe.
15. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les sociétés Little Boat et Mustang établissent, par la production d'un pouvoir de règlement du 2 septembre 2019, s'être acquittées d'une somme totale de 500 euros au titre de la franchise d'assurance pour la réparation du bateau Winnipegosis à la suite du sinistre subi le 21 juillet 2016. Toutefois, en se bornant à demander la réparation à hauteur de 1 170 euros de pertes d'exploitation correspondant sur une base forfaitaire à l'arrêt de la navigation du bateau Winnipegosis durant trois journées, qui n'est pas justifié par la seule facture du chantier naval qu'elles produisent et qui est contesté par VNF, elles n'établissent pas la réalité de ce préjudice. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en condamnant VNF à leur verser la somme totale de 500 euros hors taxe.
16. Il résulte de tout ce qui précède que VNF doit être condamné à verser à la société Allianz Global Corporate et Speciality SE une somme totale de 44 056,50 euros hors taxe, à M. D la somme de 6 655, 53 euros et aux sociétés Little Boat et Mustang la somme de 500 euros hors taxe, en réparation des préjudices qu'ils ont subis.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
17. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
18. D'une part, il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable des requérants a été reçue le 21 décembre 2020 par VNF. Par suite, la société Allianz Global Corporate et Speciality SE et M. D ont droit aux intérêts au taux légal correspondant aux indemnités lui étant alloués par le présent jugement à compter du 21 décembre 2020.
19. D'autre part, la capitalisation des intérêts ayant été demandée le 15 avril 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 21 décembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
21. Les frais de l'expertise judicaire réalisée par l'expert M. C ont été liquidés et taxés à la somme totale de 12 618,72 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du 11 mai 2020 de la présidente du tribunal administratif d'Amiens. Contrairement à ce que soutient VNF en défense, cette somme due au titre des frais d'expertise judicaire est une somme toutes taxes comprises, ainsi qu'il en résulte de l'ordonnance du 11 mai 2020 précitée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive de l'établissement public Voies Navigables de France les deux tiers de cette somme due à l'expert, laquelle portera intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle les frais et honoraires de l'expert ont été versés à ce dernier par la société Allianz Global Corporate et Speciality SE. Ces intérêts seront capitalisés à la première échéance annuelle et à chaque échéance annuelle ultérieure.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public Voies Navigables de France la somme totale de 2 000 euros au profit des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à la charge des requérants la somme que l'établissement public Voies Navigables de France demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'établissement public Voies Navigables de France est condamné à verser à M. D la somme de 6 655,53 euros hors taxe. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 21 décembre 2021 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 2 : L'établissement public Voies Navigables de France est condamné à verser à la société Allianz Global Corporate et Speciality SE la somme de 44 056,50 euros hors taxe. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 21 décembre 2021 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 3 : L'établissement public Voies Navigables de France est condamné à verser à la société par actions simplifiée Little Boat et à la société par actions simplifiée Mustang la somme de 500 euros hors taxes. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 21 décembre 2021 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 4 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive de l'établissement public Voies Navigables de France à hauteur de 8 412,48 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle les frais et honoraires de l'expert ont été versés à ce dernier par la société Allianz Global Corporate et Speciality SE. Ces intérêts seront capitalisés à la première échéance annuelle et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 5 : L'établissement public Voies Navigables de France versera une somme totale de 2 000 euros aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Les conclusions présentées par Voies navigables de France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la société Allianz Global Corporate et Speciality SE, à M. B D, à M. E F, à la société par actions simplifiée Little Boat, à la société par actions simplifiée Mustang et à l'établissement public Voies Navigables de France.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026