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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101751

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101751

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101751
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKETCHEDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 mai 2021, 11 mai 2023, 26 mai 2023, 9 juin 2023 et 29 juin 2023, M. C B et Mme D B, représentés par Me Ketchedjian, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2012 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 20 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le service s'est borné à les imposer au vu d'éléments recueillis par les enquêteurs, le ministère public et un juge d'instruction et qu'ainsi le service a indûment abandonné sa compétence ;

- il a conduit un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle innomé, les privant des garanties attachées à cette procédure en méconnaissance des articles L. 10, L. 12 et L. 47 du livre des procédures fiscales et de l'instruction du 28 avril 1976 13 L-6-76 ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en ne leur indiquant pas comment il avait eu connaissance de la procédure judiciaire concernant M. B, en communiquant des documents tronqués, illisibles et en s'abstenant de communiquer certains documents ;

- il n'a pas accédé à leur demande de communication de leur dossier de vérification et de leur dossier fiscal ;

- aucun débat contradictoire et oral n'a eu lieu et que cela a constitué une déloyauté du service ;

- les propositions de rectification sont insuffisamment motivées ;

- le service a indûment refusé la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- il ne les a pas informés de la possibilité de consulter la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales en n'indiquant pas dans la proposition de rectification concernant les années 2008 et 2009, la possibilité d'effectuer un recours hiérarchique et en limitant indûment cette possibilité dans la proposition de rectification concernant les années 2010, 2011 et 2012 ;

- il s'est fondé sur des informations obtenues de l'autorité judiciaire sans autorisation préalable pour une partie d'entre elles ;

- le service les a imposés dans la mauvaise catégorie, dès lors que les détournements allégués relevaient non des revenus de capitaux mobiliers mais des bénéfices non commerciaux ;

- il n'a pas apporté la preuve d'avantages occultes dès lors qu'ils n'ont pu appréhender des sommes qui ne leur appartenaient pas ;

- il ne démontre pas leur mauvaise foi, compte tenu de leur absence de compétences en matière fiscale et les pénalités de 40 % ne sont ainsi pas justifiées.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 octobre 2021, 16 mai 2023, 12 juin 2023, 22 juin 2023 et 10 juillet 2023, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2023, par ordonnance du 13 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de deux contrôles sur pièces de la situation fiscale de

M. et Mme B, l'administration fiscale a réintégré à la base imposable des intéressés des revenus distribués sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts et les a assujettis, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2008 à 2012 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par la présente requête, les époux B demandent la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du 1. de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ". Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ".

3. Les détournements commis par les associés et les dirigeants ne peuvent pas être regardés comme réalisés à l'insu de la société. Les sommes correspondantes ne sont pas déductibles des résultats de la société et constituent une appréhension irrégulière de bénéfices sociaux. L'auteur du détournement peut alors être imposé dans la catégorie des revenus mobiliers sur le fondement du 2° de l'article 109, 1 du code général des impôts s'il s'agit d'un associé. S'il s'agit d'un dirigeant, de droit ou de fait, non associé, il peut être imposé sur le fondement du 1° de l'article 109, 1 du code général des impôts, ou sur celui du c de l'article 111 du même code si ces détournements peuvent être qualifiés de revenus ou avantages occultes. En revanche, les détournements commis par des tiers ou par les salariés non associés à l'insu des dirigeants sont déductibles des résultats imposables. Les sommes correspondantes ne sont pas susceptibles de constituer pour le bénéficiaire un revenu distribué mais peuvent être regardées comme une source de profits imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement de l'article 92, 1 du code général des impôts.

4. Le service a taxé entre les mains de M. et Mme B, à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts, des sommes correspondant à l'encaissement de chèques sur des comptes bancaires dont ils étaient titulaires, en retenant qu'il s'agissait de revenus distribués consistant en des rémunérations et avantages occultes. Les requérants soutiennent que la base légale de ces rectifications est erronée.

En ce qui concerne les années d'imposition 2008 et 2009 :

5. Il résulte de l'instruction et particulièrement de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 qu'au titre des années d'imposition 2008 et 2009, M. B a encaissé, sur un compte personnel ouvert en Espagne le 9 septembre 2008, trois chèques d'un montant global de 25 755,48 euros libellés à son bénéfice, un chèque d'un montant de 9 687,60 euros au bénéfice de la société 1 2 3 couleurs, 16 chèques d'un montant global de 112 565,48 euros libellés au bénéfice de la société Centrale Renovation, un chèque d'un montant de 1 645 euros au bénéfice de la société Electric Auto, un chèque d'un montant de 2 631 euros au bénéfice de la société ENT L C M, deux chèques d'un montant global de 15 009,80 euros au bénéfice de la société E A et un chèque d'un montant de 14 950 euros libellé au bénéfice de la société Espace 5.

S'agissant des chèques émis au bénéfice de M. B :

6. Les chèques émis au bénéfice de M. B, dont le montant a été encaissé par ce dernier sur son compte bancaire personnel ouvert à la banque Santander ne sauraient être qualifiés de revenus distribués au seul motif qu'ils ont été émis par une société alors au demeurant que l'un des trois encaissements correspond à un chèque émis par des particuliers et qu'en tout état de cause, le service ne pouvait affirmer, dans ce cas, que M. B avait encaissé des sommes destinées à des tiers. C'est à tort que l'administration les a qualifiés de tels et les a imposés sur le fondement de l'article 111 c. du code général des impôts.

S'agissant du chèque au bénéfice de la société 1 2 3 couleurs :

7. Aux termes de l'article 108 du code général des impôts : " Les dispositions des articles 109 à 117 fixent les règles suivant lesquelles sont déterminés les revenus distribués par : 1° Les personnes morales passibles de l'impôt prévu au chapitre II du présent titre ".

8. Il résulte de l'instruction et notamment des termes de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 qui reprend les déclarations de M. B aux autorités judiciaires, que ce dernier exerçait une activité en son nom propre sous l'enseigne " société 1 2 3 couleurs ". Il ne résulte pas de l'instruction que cette entreprise aurait opté pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés de sorte que l'encaissement du chèque précité émis par son entreprise individuelle sur le compte bancaire de M. B ne peut être qualifié d'avantage ou rémunération occulte au sens des dispositions de l'article 111 c. du code général des impôts.

S'agissant des chèques au bénéfice des sociétés Centrale Renovation, Electric Auto, Ent L C M, E A et Espace 5 :

9. M. B était tiers à ces sociétés, dont il n'était ni associé, ni dirigeant, selon ce qu'il résulte de ses déclarations aux autorités judiciaires reprises par le service, de sorte que l'encaissement des chèques litigieux au préjudice de ces sociétés s'analysait en des détournements de fonds imposables non dans la catégorie des avantages et rémunérations occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts mais dans celle des bénéfices non-commerciaux sur le fondement de l'article 92, 1 du code général des impôts.

En ce qui concerne les années d'imposition 2010, 2011 et 2012 :

S'agissant des chèques encaissés par M. B :

10. Il résulte de l'instruction et particulièrement de la proposition de rectification du 10 juillet 2019 qu'au titre des années d'imposition 2010, 2011 et 2012, M. B a encaissé, sur des comptes ouverts à son nom au sein des banques Santander et NCG Banco en Espagne , deux chèques d'un montant global de 14 544,80 euros libellés à son nom, douze chèques d'un montant global de 122 865 euros libellés au bénéfice de la société Centrale Renovation Ars (ou Ars), 49 chèques d'un montant global de 405 376,88 euros libellés au bénéfice de la société Centrale Renovation et trois chèques d'un montant global de 19 867 euros libellés au bénéfice de la société Umbreen Bat.

Quant aux chèques émis au bénéfice de M. B :

11. Les chèques émis au bénéfice de M. B, dont le montant a été encaissé par ce dernier sur son compte bancaire personnel ouvert à la banque Santander en 2010 ne sauraient être qualifiés de revenus distribués au seul motif qu'ils ont été émis par une société alors que le service ne pouvait affirmer, dans ce cas, que M. B avait encaissé des sommes destinées à des tiers. C'est à tort que l'administration les a qualifiés de tels et les a imposés sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

Quant aux chèques émis au bénéfice de la société Centrale Renovation Ars (ou Ars) :

12. Il résulte de l'instruction que M. B a reconnu, durant les années d'imposition en litige, être associé et dirigeant de cette société et avoir encaissé sur son compte personnel des chèques au préjudice de celle-ci. Toutefois, dès lors que M. B était associé de cette société, les sommes en cause devaient être imposées sur le fondement du 2° de l'article 109, 1 du code général des impôts et ne pouvaient être qualifiés d'avantages et rémunérations occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts.

Quant aux chèques émis au bénéfice des sociétés Centrale Renovation et Umbreen Bat :

13. M. B était tiers à ces sociétés, dont il n'était ni associé, ni dirigeant, selon ce qui résulte de ses déclarations aux autorités judiciaires reprises par le service, de sorte que l'encaissement des chèques litigieux au préjudice de ces sociétés s'analysait en des détournements de fonds imposables non dans la catégorie des avantages et rémunérations occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts mais dans celle des bénéfices non-commerciaux sur le fondement de l'article 92, 1 du code général des impôts.

S'agissant des chèques encaissés par Mme B :

14. Il résulte de l'instruction et particulièrement de la proposition de rectification du 10 juillet 2019 qu'au titre des années d'imposition 2010, 2011 et 2012, Mme B a encaissé, sur un compte ouvert en Espagne à son nom au sein de la banque NCG Banco, 13 chèques d'un montant global de 183 355,78 euros libellés au bénéfice de la société Centrale Renovation Ars (ou Ars), 28 chèques d'un montant global de 523 002,29 euros libellés au bénéfice de la société Centrale Renovation et un chèque d'un montant de 1 960 euros libellé au bénéfice de la société Umbreen Bat.

Quant aux chèques émis au bénéfice de la société Centrale Renovation Ars (ou Ars) et de la société Umbreen Bat :

15. Mme B était tiers à ces sociétés, dont elle n'était ni associée, ni dirigeante, selon ce qu'il résulte des déclarations de M. B aux autorités judiciaires reprises par le service, de sorte que l'encaissement des chèques litigieux au préjudice de ces sociétés s'analysait en des détournements de fonds imposables non dans la catégorie des avantages et rémunérations occultes du c. de l'article 111 du code général des impôts mais dans celle des bénéfices non-commerciaux sur le fondement de l'article 92, 1 du code général des impôts.

Quant aux chèques émis au bénéfice de la société Centrale Renovation :

16. Il résulte de l'instruction, selon les déclarations faites par M. B aux autorités judiciaires reprises par le service, que Mme B, durant les années d'imposition en litige, était associée de la société Centrale Rénovation et a encaissé sur son compte personnel des chèques au préjudice de celle-ci. Toutefois, dès lors que Mme B était associée de cette société, les sommes en cause devaient être imposées sur le fondement du 2° de l'article 109, 1 du code général des impôts et ne pouvaient être qualifiées d'avantages et rémunérations occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts.

17. Il résulte de toute ce qui précède que les époux B sont fondés à demander la décharge de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2012 et des pénalités correspondantes.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des époux B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : Les époux B sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2008 à 2012 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme D B et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2101751

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