lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102087 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MARTIN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 15 juin 2021, la présidente de la troisième section du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, renvoyé au tribunal administratif d'Amiens la requête présentée par la société Viry.
Par cette requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 mars, 26 avril, 8 juillet et 5 octobre 2021, la SAS Viry, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler le contrat relatif au lot n° 24 " verrière " du marché public de travaux portant sur la mise en valeur et l'aménagement du Logis royal et du bâtiment du Jeu de Paume du château de Villers Cotterêts, conclu le 7 décembre 2020 entre le centre des monuments nationaux et la société Eiffage métal ;
2°) d'annuler la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le centre des monuments nationaux a rejeté son offre ;
3°) d'enjoindre au centre des monuments nationaux de communiquer, en cours d'instruction et sous astreinte, les pièces contractuelles constituant le marché signé le
7 décembre 2020 ;
4°) de condamner le centre des monuments nationaux à lui verser une somme de
490 000 euros au titre de la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'irrégularité de la procédure de passation du marché litigieux, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, ou, à titre subsidiaire, une somme de 120 000 euros dans les mêmes conditions ;
5°) de mettre à la charge du centre des monuments nationaux une somme de
5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le pouvoir adjudicateur n'a que partiellement fait droit à sa demande de communication des pièces contractuelles, notamment en l'absence de communication des prestations proposées par la société attributaire, de telle sorte qu'elle ne peut utilement contester la validité du contrat litigieux ;
- ces pièces sont communicables en application de la procédure prévue par l'article
R. 611-30 du code de justice administrative ;
- l'offre de la société attributaire est irrégulière, dès lors qu'elle n'est pas conforme au rapport initial de contrôle technique (RICT) et de telle sorte qu'elle ne pourra manifestement pas obtenir les Atex, sauf à bénéficier d'un avenant en cours d'exécution ;
- pour cette raison, l'offre de la société attributaire aurait dû, en tout état de cause, obtenir une note inférieure à celle qui lui a été attribuée ;
- le pouvoir adjudicateur a dénaturé le contenu de son offre et de celle de la société attributaire s'agissant de l'appréciation du critère relatif à la pertinence des moyens humains dédiés à l'opération, dès lors que son offre prévoit l'intervention de soudeurs hautement qualifiés, à l'inverse de l'offre de la société attributaire ;
- le pouvoir adjudicateur a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de son offre et de celle de la société attributaire ;
- le pouvoir adjudicateur a procédé à la seule comparaison du prix des offres présentées par les candidats avec celui proposé par la société attributaire, ce que n'explique pas son obligation de détection des offres anormalement basses qui ne pouvait s'appliquer à son offre ;
- cette circonstance est de nature à créer un doute légitime quant à l'impartialité du pouvoir adjudicateur ;
- ces irrégularités justifient l'annulation du contrat du 7 décembre 2020 ;
- ces irrégularités lui ont causé un préjudice à hauteur de 490 000 euros qu'elle a subi du fait de son éviction irrégulière alors qu'elle disposait d'une chance sérieuse de remporter le contrat.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juin et 11 octobre 2021 et 4 mars 2022, le centre des monuments nationaux, représenté par Me Gagey, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Viry une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les documents sollicités ne sont pas utiles à la résolution du litige et ne sont pas communicables en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'offre de la société requérante est irrégulière de telle sorte qu'elle n'a pu être lésée par les manquements qu'elle invoque ;
- les moyens soulevés ne sont ni opérants ni fondés ;
- l'annulation du contrat litigieux porterait une atteinte excessive à l'intérêt général eu égard, d'une part, à l'enjeu du projet relatif à la revitalisation du territoire et à ses retombées économiques et sociales et, d'autre part, à ses conséquences sur la coordination de l'ensemble des phases de l'opération ;
- les manquements soulevés par la société requérante ne justifient pas l'annulation du contrat ;
- la société requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation du préjudice qu'elle invoque, dès lors qu'il résulte de l'irrégularité de son offre ;
- la société requérante était dépourvue de chance de remporter le contrat et n'établit pas la réalité du préjudice qu'elle estime avoir subi.
La société Eiffage métal n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 14 décembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hy, représentant la SAS Viry.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre des monuments nationaux a engagé une procédure de mise en concurrence en vue de l'attribution d'un marché de travaux relatif à l'aménagement et à la mise en valeur du Logis royal et du bâtiment du Jeu de Paume du château de Villers-Cotterêts. Par un courrier du 24 novembre 2020, le centre des monuments nationaux a informé la société Viry du rejet de son offre présentée pour le lot n° 24 " Verrière " et de l'attribution du marché à la société Eiffage pour un montant de 2 624 813 euros hors taxes. La SAS Viry demande notamment au tribunal d'annuler le contrat conclu le 7 décembre 2020 entre le centre des monuments nationaux et la société Eiffage métal et l'indemnisation du préjudice causé par l'illégalité du rejet de son offre.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Le tiers agissant en qualité de concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
3. Ainsi, alors même l'offre du concurrent évincé demandant l'annulation du contrat litigieux a été classée et notée, le pouvoir adjudicateur et l'attributaire du contrat peuvent se prévaloir devant le juge du caractère irrégulier de son offre pour soutenir que le demandeur ne peut utilement soulever un moyen critiquant l'appréciation des autres offres.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ".
5. Il résulte de l'instruction qu'en vue de l'attribution du marché litigieux, la SAS Viry a remis une offre qui comportait les curriculum vitae (CV) des principaux intervenants sur le projet faisant l'objet du marché, notamment celui d'un ingénieur soudeur, sans toutefois y joindre les CV des soudeurs ayant vocation à être employés pour la réalisation du marché, ni leurs certificats de qualification, alors que l'article 6.2.2 du règlement de consultation précisait que les candidats devaient impérativement renseigner toutes les rubriques du cadre du mémoire technique justificatif joint au dossier de consultation, lequel prévoyait expressément l'obligation pour les candidats de fournir l'ensemble des CV et des références des soudeurs employés pour la réalisation du marché litigieux, y compris les certificats nécessaires pour effectuer les soudages nécessaires. Par suite, et alors que cette exigence n'était pas manifestement dépourvue de toute utilité compte tenu des prestations à exécuter, le centre des monuments nationaux est fondé à soutenir que l'offre présentée par la SAS Viry, qui ne respectait pas les prescriptions des documents de la consultation, devait être écartée comme irrégulière au sens des dispositions précites de l'article L. 2152-2 du code de la commande publique, sans qu'ait d'incidence la circonstance que celle-ci ait été classée et notée.
6. Il s'ensuit que la société requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que l'offre de la société attributaire serait elle-même irrégulière, alors que l'office du juge du contrat est sur ce point distinct de celui du juge du référé précontractuel, de ce que la note attribuée à cette offre aurait dû être dégradée comparativement à la sienne en ce qui concerne notamment l'application du critère relatif à la pertinence des moyens humains dédiés à l'opération, ou plus généralement de ce que le mérite respectif de ces deux offres aurait dû amener le pouvoir adjudicateur à lui attribuer le contrat, lesquels moyens critiquent nécessairement l'appréciation que ce dernier a porté sur l'offre de la société attributaire et sont donc sans rapport direct avec le caractère irrégulier de la sienne.
7. En second lieu, si la société requérante peut en revanche utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur aurait manqué à son obligation d'impartialité, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que celui-ci aurait recherché à favoriser la société attributaire, ce que ne relève notamment pas la circonstance qu'il aurait apprécié les prix proposés par la société requérante par rapport à ceux de la société attributaire.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner les mesures d'instruction sollicitées, que les conclusions de la société requérante tendant à l'annulation du contrat doivent être rejetées. Il en va de même de celles tendant à l'annulation de la décision du 24 novembre 2020 prononçant son éviction, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
9. Compte tenu de l'irrégularité de son offre relevée ci-dessus au point 5, la société requérante était, de ce seul fait, dépourvue de toute chance d'emporter le contrat et n'est dès lors pas fondée à demander réparation d'un tel préjudice. Ses conclusions indemnitaires doivent dès lors être également rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Viry une somme de 1 500 euros à verser au centre des monuments nationaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge du Centre des monuments nationaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Viry est rejetée.
Article 2 : La SAS Viry versera au Centre des monuments nationaux une somme de
1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Viry, au centre des monuments nationaux et à la société Eiffage métal.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Rondepierre
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2102087
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026