jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102101 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MEDRANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2021 et 15 novembre 2021, M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc des enfants (EK. et J.S.( /PSEUDO), représenté par Me Medrano, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département de la Somme à verser aux enfants BK. et J.S la somme de 35 000 euros chacun en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du département de la Somme le versement à Me Medrano, qui s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
3°) de condamner le département de la Somme aux entiers dépens.
Il soutient que :
- les enfants qu'il représente ont été victimes d'un viol commis avec violences alors qu'ils étaient confiés à l'aide sociale à l'enfance ;
- ces faits ainsi que la vulnérabilité des victimes liée à leur situation de rupture familiale et aux traumatismes de leur placement constituent des circonstances justifiant que le préjudice relatif aux souffrances morales et physiques endurées soit évalué à 35 000 euros pour chaque enfant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2021 et 8 décembre 2021, le département de la Somme, représenté par Me Camuzet, conclut à ce que l'indemnisation accordée soit réduite à de plus justes proportions, en l'espèce, à 5 000 euros par enfant.
Il soutient que le département de la Somme est responsable de l'indemnisation des préjudices, et que l'évaluation du préjudice est disproportionnée dès lors que les faits subis par les enfants ont été qualifiés d'agressions sexuelles et non de viols par le tribunal pour enfants et qu'ils doivent être évalués à 5 000 euros pour chaque enfant.
Par décision du 30 juin 2021 n°2021/006610, M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc représentant l'enfant B.K a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par décision du 30 juin 2021 n°2021/006611, M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc représentant l'enfant J.S a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement du tribunal pour enfants du 9 septembre 2019, confirmé par un arrêt de la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel D'AMIENS du 22 octobre 2020, devenu définitif, le jeune C dont la garde avait été confiée au service d'aide sociale à l'enfance du département de la Somme par un jugement du 24 mai 2006, a été déclaré coupable d'agressions sexuelles sur deux enfants mineurs également confiés à l'aide sociale à l'enfance. Le juge judiciaire s'est d'autre part déclaré incompétent pour statuer sur la demande de dommages-intérêts formulée à l'encontre du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Somme. Par courrier du 10 février 2021, reçu le 15 février 2021, G de I des avocats, agissant en qualité d'administrateur ad hoc des deux enfants victimes, a présenté une demande indemnitaire préalable auprès du département de la Somme en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices subis par les deux enfants. Une décision implicite de rejet est née à la suite de cette demande. G de I des avocats, agissant en qualité d'administrateur ad hoc des deux enfants victimes F demande au tribunal de condamner le département de la Somme à verser aux enfants BA et J.S la somme de 35 000 euros chacun en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction en vigueur à la date des faits : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil général : () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ".
3. La décision par laquelle le juge confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
4. Il résulte de l'instruction que les enfants BA et J.S ont été victimes d'agressions sexuelles commises par R.L. alors mineur placé auprès du service d'aide sociale à l'enfance du département de la Somme. Ces faits se sont déroulés durant des colonies de vacances organisées du à et au mois à et ont donné lieu à la condamnation de ce mineur selon le jugement du tribunal pour enfants D'AMIENS du 9 septembre 2019, confirmé par l'arrêt, devenu définitif de la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel D'AMIENS du 22 octobre 2020. Par suite, la responsabilité du département de la Somme, qui ne conteste pas au demeurant le principe de sa responsabilité, est engagée pour les dommages causés aux deux mineurs victimes.
En ce qui concerne les préjudices subis par les enfants B A et J.S :
5. La nature et l'étendue des réparations incombant à une collectivité publique doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public. Dans l'appréciation des souffrances physiques et morales endurées, il doit être notamment tenu compte des circonstances dans lesquelles sont survenus les faits à l'origine de ce préjudice.
6. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment des auditions du 10 juillet 2017 de l'enfant R.L qu'il a reconnu avoir commis des actes d'agressions sexuelles sur l'enfant B.K alors âgé de seulement six ans et a décrit des actes de pénétration sexuelle, de coups portés au tibia et dans le ventre de la victime ainsi que des gifles. Il a précisé avoir continué en dépit des cris de souffrance de l'enfant victime et l'avoir menacé de lui donner un coup de pied dans les dents s'il racontait à quelqu'un ce qu'il lui avait fait subir. D'autre part, ces mêmes auditions font état de ce que l'enfant R.L a reconnu avoir commis de nouvelles agressions sexuelles sur l'enfant J.S, alors, âgé de dix ans, a et notamment décrit des actes de pénétration sexuelle.
7. Indépendamment de leur qualification pénale, il y a lieu de tenir compte de la particulière gravité des faits décrits au point précédent ainsi que de leur retentissement physique et psychologique particulièrement important pour ces deux enfants, déjà rendus vulnérables par leur situation de placement et de rupture avec leur famille. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation des souffrances morales et physiques endurées par l'enfant B.K en l'évaluant à la somme de 30 000 euros et à celles endurées par l'enfant J.S en l'évaluant à la somme de 25 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
8. L'instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions en ce sens présentées par M. G de I des avocats ne peuvent qu'être rejetées.
9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre./ Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ". Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".
10. D'une part, la réduction de la part contributive de l'état à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste plusieurs bénéficiaires de l'aide juridictionnelle présentant des conclusions similaires et que le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d'une même instance, soit dans le cadre d'instances distinctes reposant sur les mêmes faits. Tel est le cas en l'espèce, dès lors que l'avocat de M. G de I des avocats a assisté G en tant qu'administrateur ad hoc de deux mineurs et a été désigné au titre de l'aide juridictionnelle par deux décisions distinctes visant chacun de ces mineurs, mais a présenté, dans une même instance, des conclusions similaires pour chacun des enfants et conduit le juge à trancher des questions semblables. La part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle accordée par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle n° 2021/006611 sera ainsi réduite de 30 %.
11. D'autre part, M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc des enfants BK. et J.S. a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en sa qualité d'administrateur ad hoc de chacun des mineurs, la deuxième part contributive étant réduite de 30 % ainsi qu'il vient d'être dit. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Medrano, avocat de M. G de I des avocats en qualité d'administrateur ad hoc des enfants BA et J.S, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Medrano de la somme globale de 1 900 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % concernant l'aide juridictionnelle accordée par la décision n°2021/006611.
Article 2 : Le département de la Somme est condamné à verser à M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc de l'enfant B.K une somme de 30 000 euros et de l'enfant J.S une somme de 25 000 euros au titre des préjudices subis.
Article 3 : Le département de la Somme versera à Me Medrano, avocat de M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc des enfants BK. et J.S., une somme unique de 1 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Medrano renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc des enfants BA et J.S est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G de I des avocats près le tribunal judiciaire D'AMIENS en qualité d'administrateur ad hoc des enfants BA et J.S, au département de la Somme et à Me Medrano.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. Galle
La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026