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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102138

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102138

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102138
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juin 2021 et 8 décembre 2022,

Mme C A, représentée par Me Bouchaillou, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Laon à lui verser la somme globale de 76 149,80 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Laon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a contracté une infection nosocomiale au décours de sa prise en charge au sein du centre hospitalier de Laon pour la pose d'une prothèse totale de genoux réalisée le 5 septembre 2018 ;

- elle a subi un préjudice lié à un déficit fonctionnel temporaire total lors de ses hospitalisations du 18 septembre au 22 octobre 2018 et le 8 novembre 2018 puis de 25 % du 23 octobre au 7 novembre 2018 d'un montant total de 1 200 euros ;

- elle a subi un préjudice lié aux souffrances endurées d'un montant de

8 000 euros ;

- elle subit un préjudice lié à la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne postérieurement à la consolidation de son état de santé à hauteur de trois heures par semaine représentant la somme globale de 43 799,80 euros ;

- elle subit un préjudice lié à un déficit fonctionnel permanent de 15 % d'un montant de 18 150 euros ;

- elle subit un préjudice d'agrément d'un montant de 5 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 11 août 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Laon à lui verser la somme de 64 369,54 euros, assortie des intérêts légaux, en remboursement des débours exposés et de mettre à sa charge l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2021, le centre hospitalier de Laon, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes demandées par Mme A soient réduites à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- aucune infection nosocomiale n'est caractérisée, de sorte que sa responsabilité ne peut être engagée ;

- l'indemnisation due au titre du déficit fonctionnel temporaire dont a été atteinte

Mme A ne saurait excéder la somme de 520 euros ;

- l'indemnisation des souffrances endurées ne saurait excéder 5 200 euros ;

- les autres chefs de préjudices invoqués par Mme A sont sans lien avec l'infection dont elle se prévaut ;

- les débours dont se prévaut la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise ne concernent pas exclusivement l'infection en litige.

Par ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Duportail, substituant Me Tamburini-Bonnefoy, représentant le centre hospitalier de Laon.

Considérant ce qui suit :

1. Souffrant de gonalgies invalidantes, Mme A a fait l'objet d'une pose de prothèse totale de genou le 5 septembre 2018 au centre hospitalier de Laon. Elle a fait l'objet d'une réintervention le 7 septembre 2018 afin de réaliser l'ablation du fragment de redon cassé, resté en intra articulaire lors de son retrait la veille. Elle a, par la suite, été prise en charge au sein d'un centre de rééducation. Constatant un fort syndrome inflammatoire le 18 septembre 2018, elle a de nouveau été hospitalisée à Laon où elle a bénéficié d'une antibiothérapie puis d'un remplacement total de prothèse le 4 octobre 2018. Estimant qu'elle avait conservé des séquelles de sa prise en charge, Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a rendu son avis, à la suite d'un rapport d'expertise rendu le 3 février 2020, en s'estimant incompétente. Mme A a alors adressé une demande préalable au centre hospitalier de Laon le 8 mars 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le centre hospitalier. Mme A demande sa condamnation à l'indemniser des conséquences qu'elle impute à une infection nosocomiale contractée au décours de sa prise en charge.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".

3. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise déposé le 3 février 2020 qu'une ponction a été réalisée, au niveau du syndrome inflammatoire présenté par

Mme A le 18 septembre 2022, qui a établi la présence, en couche profonde, d'un petit nombre de staphylococcus epidermidis multi-résistant. Une antibiothérapie a alors été administrée.

5. Si le centre hospitalier de Laon fait valoir que l'ensemble des autres prélèvements effectués avant et après celui réalisé le 18 septembre 2022 sont revenus stériles, mettant en doute l'existence d'une infection, ainsi que le précise le rapport d'expertise déposé le 3 février 2020, ces résultats négatifs s'expliquent par la mise en place d'une antibiothérapie qui s'est révélée efficace et a permis de guérir l'infection diagnostiquée. En outre, il résulte de l'instruction que le centre de référence pour la prise en charge des infections ostéo-articulaires complexes, près du centre hospitalier universitaire de Reims, a été consulté, préconisant un remplacement total de la prothèse mise en place le 5 septembre précédent, auquel le centre hospitalier de Laon a procédé le 4 octobre 2018, confirmant le diagnostic d'infection.

6. Il résulte également de l'instruction que l'infection par staphylococcus epidermidis est intervenue à la suite des interventions chirurgicales menées les 5 et 7 septembre 2018 et n'était ni présente, ni en incubation au début de la prise en charge de Mme A. En l'absence de cause étrangère, établie ou même invoquée, cette infection, qui présente un caractère nosocomial, engage la responsabilité du centre hospitalier de Laon.

Sur les préjudices de Mme A :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a été hospitalisée, au motif de l'infection nosocomiale, du 18 septembre au 22 octobre 2018 et le 8 novembre 2018 puis a été atteinte d'un déficit fonctionnel temporaire estimé à 25 % du 23 octobre au 7 novembre 2018. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur une base de quinze euros par jour, en l'évaluant à la somme de 600 euros.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a souffert de souffrances physiques et morales en lien avec l'infection nosocomiale contractée que l'expert judiciaire a évaluées à 3,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant la somme de 5 000 euros.

9. En troisième lieu et en revanche, il résulte du rapport d'expertise déposé le 3 février 2020 que Mme A a guéri sans séquelle de l'infection nosocomiale par staphylococcus epidermidis contractée au décours de sa prise en charge et que les séquelles résiduelles dont elle est victime par ailleurs sont sans lien avec celle-ci mais sont exclusivement imputables à une algoneurodystrophie contractée postérieurement. Par suite, ses demandes tendant à ce que soient indemnisés des préjudices permanents liés à la nécessité dans laquelle elle se trouve de recourir à l'assistance d'une tierce personne, à un déficit fonctionnel permanent et d'agrément, ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Laon doit être condamné à verser la somme de 5 600 euros à Mme A en réparation de ses préjudices.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise :

11. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise justifie de frais d'hospitalisation, de frais médicaux et de frais de transport par la production d'un relevé détaillé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité établie par son médecin-conseil. A cet égard, les périodes d'hospitalisation retenues par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise correspondent à celles retenues par le rapport d'expertise déposé le 3 février 2020 comme en lien avec l'infection nosocomiale, l'expert ayant fait le départ avec les périodes d'hospitalisation résultant de causes tierces. En revanche, le centre hospitalier de Laon est fondé à demander que soit déduit des débours dont le remboursement est demandé, le coût de l'IRM cérébrale réalisée le 2 octobre 2018 qui ne présente pas de lien avec l'infection nosocomiale, et dont le coût est de 69 euros. Par suite, il y a lieu d'accorder à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, sur cette base, la somme de 64 300,54 euros au titre de ces débours.

Sur les intérêts :

12. Il y a lieu d'accorder le bénéfice des intérêts au taux légal à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, à compter du 11 août 2021, date à laquelle son mémoire a été enregistré.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

13. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".

14. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le centre hospitalier de Laon à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise la somme de 1 162 euros.

Sur les frais d'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Laon la somme de 1 500 euros au bénéfice de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Laon est condamné à verser la somme de 5 600 euros à

Mme A et la somme de 64 300,54 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 11 août 2021, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise.

Article 2 : Le centre hospitalier de Laon versera la somme de 1 500 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le centre hospitalier de Laon versera la somme de 1 162 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et au centre hospitalier de Laon.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A-L B

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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