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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102293

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102293

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102293
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juillet 2021 et 8 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Fay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé des Hauts-de-France a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé des Hauts-de-France de lui verser la somme de 20 563,80 euros au titre des frais d'avocats exposés dans le cadre des procédures pénale et civile ainsi que du fait des poursuites devant la cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) dont il a fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale dès lors que la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît le principe d'impartialité, qui est un principe général du droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il n'a commis aucune faute personnelle détachable de ses fonctions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, l'agence régionale de santé des Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fay, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a dirigé le centre hospitalier de La Fère (Aisne) du 3 avril 1995 au 7 avril 2007, puis du 31 octobre 2014 au 31 octobre 2017 et celui de Chauny (Aisne) du 7 avril 2007 au 18 novembre 2014. Il a été admis à la retraite le 1er juin 2019. M. A a fait l'objet de poursuites pénales pour des faits commis alors qu'il était directeur de ces établissements. Par ailleurs, par un arrêt du 20 janvier 2021, la cour de discipline budgétaire et financière a condamné l'intéressé à verser 1 000 euros d'amende pour des irrégularités commises en sa qualité d'ordonnateur du centre hospitalier de Chauny.

2. Par une lettre du 5 décembre 2020, M. A a sollicité auprès du directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France le bénéfice de la protection fonctionnelle pour l'ensemble de ces condamnations. Par une décision du 11 mai 2021, dont le requérant demande l'annulation, le directeur général de l'ARS a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité externe :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision attaquée fait référence au jugement du tribunal correctionnel de Laon du 7 novembre 2019, et précise que les faits reprochés à M. A constituent des fautes détachables du service et qu'elles engagent la responsabilité personnelle de l'agent, de telle sorte que ce dernier ne peut pas bénéficier des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. La décision litigieuse indique également que ces dispositions ne sont pas applicables à une demande de protection fonctionnelle présentée par un fonctionnaire poursuivi devant la Cour de discipline budgétaire et financière. Ainsi, elle comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code " () Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. "

6. Il résulte des dispositions qui précèdent que le requérant, qui est un agent de l'administration, et qui conteste une décision prise en réponse à une demande, ne saurait ainsi utilement invoquer le vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande de protection fonctionnelle par une lettre du 5 décembre 2020 et que le directeur général de l'ARS l'a alors invité à produire des éléments complémentaires par une lettre du 26 janvier 2021. Par un courrier du 9 février 2021, l'intéressé a produit ces informations. Il est constant que M. A a été mis dans les conditions de présenter tous les éléments qu'il souhaitait porter à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen tiré du caractère non contradictoire de la procédure doit être écarté.

Sur la légalité interne :

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le directeur général de l'ARS a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la demande de M. A.

8. En deuxième lieu, le principe d'impartialité s'impose à toute autorité administrative dans toute l'étendue de son action, y compris dans l'exercice du pouvoir hiérarchique.

9. Le requérant allègue avoir été dénigré au sein des services de l'agence régionale de santé depuis 2010. Toutefois, M. A, qui se borne à faire état de considérations d'ordre général sur sa situation professionnelle et de ses liens avec les services de l'ARS des Hauts-de-France, ne produit aucun élément suffisamment précis et circonstancié au soutien de ses allégations. Par ailleurs, le directeur général de l'ARS ayant instruit les dossiers relatifs à la gestion des établissements dirigés par l'intéressé n'est pas la même personne que celle qui a pris la décision attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît le principe d'impartialité.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions. Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. III.-Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. (). ".

11. Lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal correctionnel de Laon du 7 novembre 2019 et de l'arrêt du 25 mai 2022 de la cour d'appel d'Amiens, que M. A a, dans le cadre de ses fonctions successives à la direction des centres hospitaliers de La Fère et de Chauny, octroyé une indemnité de résidence au directeur financier, alors même que ce dernier ne pouvait y prétendre. Il a également octroyé à une assistante de direction une indemnité de résidence forfaitaire importante et des indemnités spécifiques, qui n'étaient pas compatibles avec son statut d'agent administratif et qui avaient abrogées le 9 mai 2012. Il lui a également confié des missions à réaliser au centre hospitalier de Chauny en plus de son poste à temps plein d'assistante de direction à La Fère, à travers une convention de mise à disposition entre les deux établissements, datée du 2 janvier 2012, mais dont il a reconnu lui-même l'avoir signée en 2014, et prévoyant une rémunération illégale de ces missions. M. A a octroyé à la responsable informatique une prime de technicité qui ne pouvait lui être versée, ainsi qu'un logement de fonction cumulé illégalement avec le paiement d'astreintes non médicales, avant de lui faire signer un contrat de bail au loyer manifestement sous-évalué, procurant un important avantage en nature à l'intéressée. Enfin, le requérant a, en tant que directeur du centre hospitalier de la Fère, signé une convention visant à assurer l'animation de l'espace culturel de l'établissement. Ce contrat, à durée indéterminée depuis le 1er janvier 2010, a été conclu avec une société dont il est devenu actionnaire le 11 juin 2012. Compte tenu des graves irrégularités commises par M. A dans ses fonctions de direction, de leur permanence sur plusieurs années, eu égard à son niveau de responsabilité, et alors qu'il était informé du caractère irrégulier de plusieurs des rémunérations et avantages octroyés à ses collaborateurs, c'est à bon droit que le directeur général de l'ARS des Hauts-de-France a qualifié de fautes personnelles détachables du service les manquements imputés au requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 doit être écarté.

13. D'autre part, la décision attaquée repose également sur le motif qu'un fonctionnaire poursuivi devant la Cour de discipline budgétaire et financière ne peut pas bénéficier de la protection fonctionnelle, ce que M. A ne conteste pas. Par suite, ses allégations sur le caractère injustifié de la condamnation devant cette juridiction sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction tendant au versement de la somme de 20 563,80 euros :

15. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A étant rejetées, ce dernier n'est pas fondé à demander qu'il soit enjoint à l'agence régionale de santé des Hauts-de-France de lui verser une somme correspondant au montant des frais d'avocat qu'il a engagés.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'agence régionale de santé des Hauts-de-France, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'agence régionale de santé des Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102293

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