vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102495 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LORTHIOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 20 juillet 2021 et le
27 juin et 19 juillet 2022, dont le dernier n'a pas été communiqué, la SA Missenard Quint B, représentée par Me Lorthiois, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner solidairement la société Pyrrhus conceptions et la société ACME à lui verser une somme de 166 605, 94 euros hors taxes en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'incendie ayant eu lieu le 19 décembre 2012 sur le chantier de la transformation de la salle des fêtes de la commune de Roye ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la société Pyrrhus conceptions, de la société ACME, de la société BCM et de la société François Carlo une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- la société ACME a commis une faute à l'origine de l'incendie ayant eu lieu le
19 décembre 2012 sur le chantier de la transformation de la salle des fêtes de la commune de Roye de nature à engager sa responsabilité ainsi que celle de la société Pyrrhus conceptions ;
- la société Pyrrhus conceptions a commis une faute en faisant intervenir son sous-traitant, la société ACME, sans la déclarer au maître d'ouvrage ni recevoir l'agrément de ce dernier qui n'a ainsi pas été en mesure de s'assurer que son travail était effectué dans des conditions de sécurité adéquates et que la société ACME disposait d'une assurance la garantissant des dommages causés aux tiers par les travaux qu'elle lui a sous-traités ;
- la société Pyrrhus conceptions a commis une faute en ne vérifiant pas que la société ACME disposait d'une assurance la garantissant des dommages causés aux tiers par les travaux qu'elle lui a sous-traités ;
- la société Pyrrhus conceptions a commis une faute en ne supervisant pas suffisamment l'exécution des travaux qu'elle avait confiés à la société ACME ;
- la société ACME a commis une faute dès lors qu'un de ses salariés a déclenché l'incendie ayant eu lieu le 19 décembre 2012 sur le chantier de la transformation de la salle des fêtes de la commune de Roye en utilisant un décapeur thermique pour sécher un panneau destiné à être fixé sur la façade ;
- l'incendie du 19 décembre 2012 a pour origine ces fautes de la société ACME et de la société Pyrrhus conceptions ;
- les fautes de la société ACME et de la société Pyrrhus conceptions lui ont causé un préjudice à hauteur de 166 605, 94 euros hors taxes ;
- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer de leur responsabilité la société Pyrrhus conceptions et la société ACME.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 avril et 29 juin 2022, dont le dernier n'a pas été communiqué, la société Pyrrhus conceptions, représentée par la société BCM et par la société François Carlo, administrateur et mandataire judicaires, représentés que par la
SCP Lebègue Pauwels Derbise, avocats, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire :
- à ce que les condamnations soient réduites à hauteur de 47 270 euros hors taxes ;
- à ce que la société ACME soit condamnée à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ou à celle de son mandataire et de son liquidateur judiciaires ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la SA Missenard Quint B une somme de
2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis aucune faute à l'origine des dommages subis par la SA Missenard Quint B ;
- la société ACME est seule responsable des fautes à l'origine des dommages subis par la SA Missenard Quint B ;
- à titre subsidiaire, les préjudices de la SA Missenard Quint B ne sont établis qu'à hauteur de 47 270 euros hors taxes.
La requête a été communiquée à la société ACME, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 30 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pilette, représentant la SA Missenard Quint B.
Considérant ce qui suit :
1. Au cours de l'année 2009, la commune de Roye a entrepris des travaux de transformation de sa salle des fêtes en un théâtre et des salles polyvalentes. Elle a confié les travaux du lot " chauffage, climatisation, ventilation " à la SA Missenard Quint B. Le lot " ossature façade boîte " a, quant à lui, été confié à la société Pyrrhus conceptions qui a sous-traité à la société ACME les travaux de conception, de fourniture et de montage de boîtes composées de panneaux de résine formant ossature, d'un isolant, d'une couche d'étanchéité et d'un habillage et destinées à recouvrir la façade du bâtiment. La maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement dans la mandataire était M. A B. La réception des travaux a été fixée au mois d'avril 2013.
2. Le 19 décembre 2012, un incendie s'est déclaré sur le chantier qui a détruit notamment les travaux exécutés ou en cours d'exécution de la SA Missenard Quint B. A la demande de sociétés tierces ayant participé à ces mêmes travaux et de leur assureur, le président du tribunal de grande instance d'Amiens a ordonné, par une ordonnance du 27 février 2013, une expertise portant notamment sur l'origine de cet incendie, dont le rapport a été remis le 4 mai 2015. A la suite de la réparation de l'ouvrage, les travaux ont été réceptionnés le 23 octobre 2016. La SA Missenard Quint B demande l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à raison de cet incendie.
Sur les fautes :
En ce qui concerne les fautes de la société ACME :
3. Il résulte du rapport d'expertise du 4 mai 2015 que les panneaux destinés à former les boîtes destinées à recouvrir la façade du bâtiment étaient, lors de leur installation par la société ACME à qui la société Pyrrhus conception avait sous-traité ces travaux, rendus humides du fait de conditions climatiques défavorables et difficiles à coller. Un employé de la société ACME a pris l'initiative de sécher avec un décapeur thermique des panneaux dont l'embrasement a provoqué l'incendie du 19 décembre 2012. L'usage du décapeur thermique sur les panneaux était contraire aux règles de l'art que ne pouvait méconnaitre un professionnel travaillant avec des matériaux dans lesquels l'entreprise qui l'employait était spécialisée. Du fait de l'action de son employé, la société ACME a donc commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité quasi-délictuelle.
En ce qui concerne les fautes de la société Pyrrhus conceptions :
4. En premier lieu, la SA Missenard Quint B, qui ne peut rechercher la responsabilité contractuelle de la société Pyrrhus conceptions avec laquelle elle n'est pas liée par un contrat, ne peut utilement se prévaloir des fautes commises par son sous-traitant afin d'engager sa responsabilité quasi-délictuelle.
5. En deuxième lieu, la seule survenance du fait générateur du dommage, alors qu'il n'est pas établi que l'usage dangereux du décapeur thermique pour sécher les boîtes ait été systématique ou même répété, n'est pas de nature à établir un défaut de surveillance de la société Pyrrhus conceptions de la réalisation des prestations de la société ACME. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la société Pyrrhus conceptions aurait commis une faute à raison de cette circonstance.
6. En troisième lieu, si la société ACME n'avait pas déclaré à son assureur exercer des activités dans le domaine de la construction, il ne résulte pas de l'instruction que la société Pyrrhus conceptions ait commis une faute lors de la vérification de l'étendue des garanties d'assurance dont son sous-traitant disposait, alors qu'il est constant que la société ACME a présenté une attestation de son assureur certifiant que ses risques professionnels étaient couverts pour l'année 2012.
7. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'assemblage des boîtes destinées à recouvrir la façade du bâtiment constituait une tache présentant des risques particuliers d'incendie. Par ailleurs, ainsi que le souligne l'expert, l'utilisation, pour sécher les boîtes, d'un décapeur thermique, qui n'était pas un outil nécessaire à la réalisation des prestations en cours de la société ACME, par un professionnel, employé de surcroît par une société spécialisée dans l'utilisation de ces matériaux, était contraire aux règles de l'art et imprévisible. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la déclaration et l'agrément de la société ACME par le maître d'ouvrage auraient été de nature à favoriser la mise en place de mesures de sécurité propres à empêcher le déclenchement de l'incendie, alors qu'au demeurant, il n'est pas contesté que le maître d'œuvre ne pouvait ignorer la présence sur le chantier de ce sous-traitant. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la déclaration et l'agrément de la société ACME par le maître d'ouvrage auraient permis de vérifier plus avant l'étendue des garanties d'assurance dont ce sous-traitant disposait, alors qu'il est constant que la société ACME a présenté à la société Pyrrhus conceptions une attestation de son assureur certifiant que ses risques professionnels étaient couverts pour l'année 2012. Dans ces conditions, si la société Pyrrhus conceptions n'a pas déclaré comme sous-traitant la société ACME au maître d'ouvrage puis reçu l'agrément de ce dernier, ainsi qu'elle aurait dû le faire, ce manquement n'est pas à l'origine des préjudices de la société Missenard Quint B découlant de l'incendie du 19 décembre 2012.
8. Il résulte de ce qui précède que la SA Missenard Quint B n'est pas fondée à soutenir que la société Pyrrhus conceptions aurait commis une faute à l'origine de ses préjudices issus de l'incendie du 19 décembre 2012.
Sur les préjudices de la SA Missenard Quint B :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'après l'incendie du 19 décembre 2012, la SA Missenard Quint B a dû remplacer du matériel qu'elle avait installé et notamment des réseaux de gaines et des émetteurs de froid. Il résulte du procès-verbal du 9 janvier 2014 rédigé par le maître d'œuvre, qui n'est pas utilement remis en cause par la SA Missenard Quint B, que cette dernière a subi un préjudice matériel à hauteur de 47 270 euros en raison de cet incendie. Elle est dès lors donc fondée à demander la condamnation de la société ACME à cette hauteur.
10. En deuxième lieu, en se bornant à produire un devis relatif à l'extension de la garantie de certains appareils, la SA Missenard Quint B n'établit pas avoir subi un préjudice lié à la perte de la garantie sur des appareils qu'elle a installés dans le cadre du marché en litige à hauteur de 30 628, 82 euros.
11. En troisième lieu, si la SA Missenard Quint B soutient qu'elle a exposé des dépenses de personnel à hauteur de 71 167, 80 euros dès lors que les équipes qui travaillaient sur le chantier affecté par l'incendie sont restées inactives du 19 décembre 2012 au 5 mars 2013, elle ne l'établit pas.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société ACME à verser à la SA Missenard Quint B une somme de 47 270 euros. Il résulte en revanche de ce qui a été dit au point 9 que les conclusions de cette dernière doivent être rejetées en ce qu'elles tendent à la condamnation de la société Pyrrhus conceptions.
Sur les frais de l'instance :
13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
14. La présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par la SA Missenard Quint B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
15. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société ACME la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SA Missenard Quint B et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la société Pyrrhus conceptions, de la société BCM et de la société François Carlo, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme demandée par la SA Missenard Quint B au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.
16. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA Missenard Quint B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Pyrrhus conceptions et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société ACME est condamnée à verser à la SA Missenard Quint B une somme 47 270 euros.
Article 2 : La société ACME versera à la SA Missenard Quint B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La SA Missenard Quint B versera à la société Pyrrhus conceptions une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SA Missenard Quint B, à la société Pyrrhus conceptions, à la société ACME, à la société BCM et à la société François Carlo.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, premier conseiller,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2102495
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026