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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102530

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102530

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102530
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEMAILLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 juillet 2021 et 7 février 2022 d'une part et une réclamation du 28 septembre 2021 adressée à l'administration fiscale transmise au tribunal le 8 novembre 2021 par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales d'autre part, M. F B et Mme E C, représentés par Me Demailly, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 à raison de la plus-value réalisée sur la vente d'un bien immobilier situé 5, rue du Loup à Beauchamps (Somme) ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont fourni les éléments de preuve suffisants pour établir l'adresse des constructions permettant de majorer le prix de cession du bien immobilier ;

- le service, par un courriel du 19 mai 2021, avait pris une position favorable à leur demande de réduction sur laquelle il ne pouvait ensuite revenir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 octobre et 8 novembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements prononcés et au rejet du surplus des conclusions de la requête et de la réclamation.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête et de la réclamation n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Suivant acte authentique du 26 septembre 2019, M. B et Mme C ont revendu, moyennant le prix de 157 500 euros, un bien immobilier situé 5, rue du Loup à Beauchamps (Somme), auparavant acquis en 2006 au prix de 22 620 euros. M. B et Mme C ont déclaré une plus-value de cession immobilière au titre de laquelle ils ont été assujettis à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2019. Par réclamation du 28 janvier 2021, les intéressés ont déposé une déclaration de plus-value immobilière rectificative et ont sollicité un dégrèvement partiel à hauteur de 19 397 euros en droits refusé par le service par une décision du 7 juin 2021. Par la présente requête et une autre réclamation du 28 septembre 2021 tendant à un dégrèvement partiel de 10 637 euros, M. B et Mme C demandent au tribunal de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 à raison de la plus-value de cessions immobilière précitée.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 5 août 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles M. B et Mme C ont été assujettis au titre de l'année 2019 à hauteur de la somme de 8 760 euros. Ainsi, les conclusions de la requête tendant à la réduction de cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur le bien-fondé du surplus des impositions en litige :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 150 V du code général des impôts : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ". Aux termes de l'article 150 VB de ce code : " I. - Le prix d'acquisition est le prix effectivement acquitté par le cédant, tel qu'il est stipulé dans l'acte, étant précisé que ce prix s'entend de l'existant et des travaux dans le cas d'une acquisition réalisée selon le régime juridique de la vente d'immeuble à rénover. () / II. - Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : / () / 3° Des frais afférents à l'acquisition à titre onéreux définis par décret, que le cédant peut fixer forfaitairement à 7, 5 % du prix d'acquisition dans le cas des immeubles () ; / 4° Des dépenses de construction, de reconstruction, d'agrandissement ou d'amélioration, supportées par le vendeur et réalisées par une entreprise depuis l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition si elle est postérieure, lorsqu'elles n'ont pas été déjà prises en compte pour la détermination de l'impôt sur le revenu et qu'elles ne présentent pas le caractère de dépenses locatives. Lorsque le contribuable, qui cède un immeuble bâti plus de cinq ans après son acquisition, n'est pas en état d'apporter la justification de ces dépenses, une majoration égale à 15 % du prix d'acquisition est pratiquée ".

S'agissant des frais afférents à l'acquisition :

4. Aux termes de l'article 41 duovicies I de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application du II de l'article 150 VB du code général des impôts, les frais supportés par le vendeur à l'occasion de l'acquisition du bien cédé ne peuvent être admis en majoration du prix d'acquisition que si leur montant est justifié. Ils s'entendent exclusivement : / 2° Lorsque le bien ou le droit cédé a été acquis à titre onéreux, des frais et coûts du contrat tels qu'ils sont prévus à l'article 1699 du code civil et des droits d'enregistrement ou de la TVA supportés effectivement par le contribuable ". L'article 41 duovicies I de l'annexe III au code général des impôts fixe limitativement la liste des frais qui viennent en majoration du prix de cession pour l'application du II de l'article 150 VB de ce code. A cet effet, en vertu du 2o du I de cet article, lorsque le bien ou le droit cédé a été acquis à titre onéreux, ne sont concernés par cette majoration que les frais et coûts du contrat tels qu'ils sont prévus à l'article 1699 du code civil et les droits d'enregistrement ou la taxe sur la valeur ajoutée supportés effectivement par le contribuable.

5. M. B et Mme C ont déclaré initialement des frais d'acquisition du bien immobilier en cause à hauteur de la somme de 2 300 euros. Par leurs réclamations et la présente requête, les intéressés prétendent que ces frais s'élèveraient à la somme de 4 350 euros. L'attestation notariale produite du 9 février 2006 ne permet pas, faute de précision suffisante, de justifier du paiement par les requérants de frais d'acquisition à hauteur de cette dernière somme susceptible d'être prise en compte pour la détermination de la plus-value imposable au titre de l'opération immobilière en cause dans le présent litige. Par suite, M. B et Mme C ne sont pas fondés à solliciter la majoration du prix de cession de l'immeuble en cause à ce titre.

S'agissant des dépenses de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration :

6. Au sens des dispositions précitées de l'article 150 VB du code général des impôts, doivent être regardés comme des travaux de construction ou de reconstruction les travaux comportant la création de nouveaux locaux d'habitation ainsi que les travaux ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre de locaux d'habitation existants ou les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à une reconstruction. Doivent être regardés comme des travaux d'agrandissement, les travaux ayant pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable de locaux existants. Les travaux d'amélioration ont, quant à eux, pour objet d'apporter à un immeuble un équipement ou un élément de confort nouveau ou mieux adapté aux conditions modernes de vie, sans modifier cependant la structure de cet immeuble. Enfin, les travaux d'entretien et de réparation sont ceux qui ont pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d'en permettre un usage normal sans en modifier la consistance, l'agencement ou l'équipement initial.

7. En premier lieu, en application des dispositions précitées de l'article 150 VB du code général des impôts, le cédant d'un immeuble peut majorer, pour la détermination du montant de sa plus-value immobilière, le prix d'acquisition de ce dernier du montant des dépenses qu'il a exposées pour y faire réaliser, par une entreprise, une ou plusieurs des prestations de travaux qu'elles mentionnent. Il résulte cependant de la lettre même de ces dispositions qu'elles font obstacle à ce que le cédant puisse majorer ce prix d'acquisition des dépenses qu'il a supportées pour acquérir lui-même les matériaux nécessaires à la réalisation de ces travaux, dès lors que ces dépenses ne sont pas des dépenses exposées par une entreprise dans le cadre des prestations prévues par ces dispositions. Est sans incidence à cet égard la circonstance que le cédant confie à une entreprise la réalisation de travaux en vue desquels il a procédé à cette acquisition.

8. Les onze factures établies par la société Millancourt et Nicolas d'un montant global de 10 068,55 euros concernent l'acquisition de matériaux par M. B et ne peuvent par suite majorer le prix de cession de l'immeuble en cause.

9. En deuxième lieu, M. B et Mme C demandent la majoration du prix de cession du bien immobilier en cause à hauteur de la somme de 134,92 euros et produisent à cet égard une proposition commerciale émanant de la SA Électricité de France en date du 9 février 2007 libellée à l'adresse du bien immobilier en cause et une facture du même montant non datée avec pour objet " forfait lotissement " sans aucune indication du lieu de réalisation de la prestation qu'elle constate. Ces pièces sont insuffisantes à établir la réalité et le paiement par les intéressés des travaux allégués concernant le bien immobilier en cause au sens des dispositions précitées de l'article 150 VB du code général des impôts.

10. En troisième lieu, M. B et Mme C demandent la majoration du prix de cession du bien immobilier en cause à hauteur des sommes d'une part de 2 520,57 euros à raison d'une facture établie par M. G A pour la pose notamment de carrelages, de plinthes et de seuils et d'autre part de 23 418 euros, à raison de cinq factures établies par M. D H pour la réalisation de fondations et d'une dalle en béton. Le service avait écarté ces pièces en l'absence de désignation sur les factures du bien immobilier en cause. M. B et Mme C ont produit des pièces datées respectivement des 5 et 13 septembre 2021 indiquant que les travaux avaient effectivement été réalisés dans le bien immobilier en cause. Toutefois, ces pièces qui ne permettent pas d'identifier leurs auteurs n'ont aucune force probante et ne permettent pas de regarder M. B et Mme C comme apportant la preuve qui leur incombe de ce que les travaux allégués ont bien été réalisés dans le bien immobilier concerné. Le service était ainsi fondé à écarter ces pièces.

11. En dernier lieu, M. B et Mme C demandent la majoration du prix de cession du bien immobilier en cause à hauteur de la somme de 6 615,47 euros à raison de deux factures établies par l'entreprise Bacouel pour la réalisation d'une charpente et d'un escalier. Ces pièces avaient été écartées par le service au seul motif que l'indication du lieu de réalisation des travaux n'était pas précisé. Par une attestation circonstanciée et probante du 10 septembre 2021 émanant de l'entreprise Bacouel, M. B et Mme C apportent la preuve qui leur incombe de ce que les travaux litigieux ont bien été réalisés dans le bien immobilier concerné et pouvaient par suite majorer le prix de cession dudit bien.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

12. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

13. À la suite de la réclamation de M. B et Mme C du 28 janvier 2021, le service a adressé aux intéressés un courriel le 19 mai 2021 réclamant un relevé d'identité bancaire et une pièce qui n'avait pas été effectivement jointe à la demande. Ce courriel ne peut s'analyser en aucune manière en une décision d'acceptation de la réclamation précitée et à supposer le moyen soulevé, ne saurait valoir prise de position formelle du service, ce courriel ne comportant aucune motivation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme C sont seulement fondés à demander la réduction en base des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 à hauteur de la somme de 6 615,47 euros.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B et Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de réduction de la requête et de la réclamation du 28 septembre 2021 de M. B et Mme C à concurrence du dégrèvement partiel accordé en cours d'instance.

Article 2 : Les bases des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels M. B et Mme C ont été assujettis au titre de l'année 2019 sont réduites d'une somme de 6 615,47 euros.

Article 3 : M. B et Mme C sont déchargés des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 à proportion de la réduction en base définie à l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et de la réclamation du 28 septembre 2021 de M. B et Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Mme E C et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102530

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