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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102536

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102536

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102536
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOUSSOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, M. B C et Mme D A, représentés par Me Boussouar, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;

2°) de prononcer un sursis de paiement des sommes contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ne pouvaient être qualifiés de maîtres de l'affaire dès lors qu'ils n'avaient plus aucun lien avec la SAS Car Drive à compter du 1er avril 2017 ;

- il n'est justifié d'aucun enrichissement personnel ;

- les bases d'imposition sont exagérées dès lors que le service a minoré la reconstitution des charges de la SAS Car Drive.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Car Drive, prestataire de la société de droit néerlandais Uber, qui exerce une activité de transport urbain et suburbain de voyageurs, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, selon la procédure d'évaluation d'office pour opposition à contrôle fiscal, lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2018 et des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et 2017.

2. À la suite des rehaussements notifiés à la SAS Car Drive, des rectifications en matière de revenus distribués ont été notifiées à M. C, gérant de la société jusqu'au 30 mars 2017 et Mme A, selon une procédure de rectification contradictoire, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017 ont été mises à leur charge.

3. Par la présente requête, M. C et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions au titre de l'année 2017.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1o Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1o du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".

5. En cas de refus, comme en l'espèce, des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de l'existence, du montant et de l'appréhension des distributions par l'intéressé. Le contribuable, qui disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme des biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

En ce qui concerne le montant des revenus réputés distribués :

6. En l'absence de déclaration de résultats au titre de l'exercice clos en 2017 par la SAS Car Drive et après avoir écarté sa comptabilité comme insincère et non probante, le service a reconstitué à hauteur de la somme non contestée de 549 634 euros son chiffre d'affaires hors taxes. Au titre des charges, le service a relevé que la société avait comptabilisé des charges à hauteur de la somme de 187 278,46 euros. Toutefois, par réalisme économique, compte tenu du faible taux de charges qui en résultait, le service, au titre de cet exercice en litige a appliqué au chiffre d'affaires hors taxes de la société, un taux de 85 % en retenant les taux de charges de trois sociétés isariennes ayant également une activité de transports de personnes. Pour contester le résultat fiscal ainsi déterminé par le service et par suite le montant des distributions en litige, les contribuables soutiennent que les éléments comptables sur lesquels s'est fondé le service n'ont pas été fournis, les sociétés prises en référence ne sont pas représentatives de l'activité déployée par la SAS Car Drive, le taux de charges de la société doit être évalué à 99 % conformément à l'exploitation de ses débits bancaires et le service a indûment écarté la taxe sur la valeur ajoutée déductible des charges de la société.

7. Il résulte de l'instruction et particulièrement de la proposition de rectification du 16 décembre 2019 qui reprend la méthode d'évaluation d'office du résultat imposable de la SAS Car Drive par le service que celui-ci a été déterminé en prenant pour référence les résultats de trois sociétés comparables à la SAS Car Drive ayant une même activité de transport de personnes, dans le même secteur géographique et qui ont débuté leur activité en 2013 et en 2015. Ces éléments de comparaison ainsi identifiés sont probants. La circonstance que les éléments de la comptabilité de ces sociétés n'ont pas été fournis, alors qu'ils n'ont pas été demandés, n'est pas de nature à regarder la méthode retenue par le service comme excessivement sommaire ou radicalement viciée.

8. M. C et Mme A ne peuvent valablement soutenir que le taux de charges de la SAS Car Drive doit s'élever à 99 % en considération de l'exploitation des débits bancaires dès lors que la preuve que les dépenses ainsi constatées ont été exposées dans l'intérêt de la société, c'est-à-dire de leur caractère déductible, n'est pas rapportée.

9. Enfin, la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à la charge de M. C et Mme A, à la suite de la vérification de la comptabilité de la SAS Car Drive et de la décision d'admission partielle du 2 juillet 2021 de leur réclamation, a pour seul fondement l'imposition, entre leurs mains, en tant que revenus distribués, du montant, évalué d'office, du résultat imposable hors taxe de l'exercice clos en 2017 de cette société. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de cette société, qu'ils concernent la taxe sur la valeur ajoutée collectée comme la taxe sur la valeur ajoutée déductible, ces rehaussements n'ayant eu aucune incidence sur leur imposition personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le service doit être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe du montant des distributions en litige.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus réputés distribués :

11. Le service, pour démontrer que M. C était présumé avoir appréhendé les revenus réputés distribués précités, a retenu que l'intéressé était le gérant de droit de la SAS Car Drive jusqu'au 30 mars 2017 et qu'ensuite il en était le gérant de fait dès lors que, par suite de l'usage de son droit de communication et d'une demande d'entraide internationale, il était établi que M. C était le seul à user des moyens de paiement de la société, sept chèques ayant été signés par l'intéressé pour la société postérieurement à la cessation de ses fonctions de gérant de droit, qu'il était connu de la société de droit néerlandais Uber comme son seul contact au titre de l'exercice clos en litige et qu'aucun acte de gestion des gérants de droit qui ont succédé à M. C n'a pu être constaté avant le 8 janvier 2019.

12. Les requérants contestent l'usage des moyens de paiement par M. C après mars 2017 en faisant état d'une procédure en inscription de faux concernant la signature des chèques retenus par le service. Cette procédure n'est aucunement justifiée. Si M. C et Mme A justifient avoir écrit à la banque de la SAS Car Drive pour faire connaître le successeur de M. C, il résulte des propres pièces produites par les requérants que cette démarche n'a pas été suivie d'effet, l'agence bancaire n'ayant pas fait diligence.

13. Enfin, les requérants ne peuvent utilement soutenir que M. C ne pouvait plus valablement engager la société dès lors qu'il n'était plus gérant de droit alors que le service a établi qu'il était précisément un gérant de fait depuis le 1er avril 2017.

14. Le service apporte ainsi la preuve qui lui incombe de ce que M. C a, au titre de l'année 2017, était le maître de l'affaire au sein de la SAS Car Drive et qu'il est ainsi présumé avoir appréhendé les revenus réputés distribués établis par le service. La circonstance qu'il n'y aurait pas eu d'enrichissement personnel des requérants n'est pas un élément de nature à renverser la présomption d'appréhension précitée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le service était fondé à imposer les requérants dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au titre de l'année 2017.

Sur la demande de sursis de paiement :

16. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C et Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis de paiement de la requête.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C et Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102536

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