jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102554 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BEJIN - CAMUS - BELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 juillet 2021, 10 mars et 7 juillet 2022, M. B A, représenté par la SCP d'avocats Bejin-Camus-Belot, doit être regardé comme demandant au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017.
Il soutient que :
- la procédure d'imposition est viciée dès lors que le rapport de vérification lui a été adressé tardivement, après la mise en recouvrement des impositions concernées;
- la proposition de rectification était insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comportait pas en annexe les observations du contribuable adressées au service dans le cadre de la vérification de la société Picardie Paysage et que ce document ne lui a pas davantage été communiqué sur sa demande ;
- la procédure d'imposition est viciée dès lors qu'il n'a pas été répondu à ses observations du 30 août 2019 alors qu'il bénéficiait d'une prolongation du délai de réponse de trente jours pour répondre à la proposition de rectification ;
- le service ne pouvait régulièrement engager un examen de sa situation fiscale personnelle dès lors qu'il n'avait pas constaté que le montant des crédits figurant sur ses comptes bancaires excédait de plus du double celui des revenus qu'il avait déclarés ;
- le service n'était fondé à procéder à des redressements que s'il constatait l'existence de revenus d'origine indéterminée, ce qui n'était pas le cas en l'espèce dès lors que le service a rehaussé le revenu imposable au titre de revenus distribués ;
- l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'appréhension de revenus distribués par M. A que ce soit sur le fondement du 1° ou du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts dès lors qu'elle n'apporte pas la preuve qu'il était le maître de l'affaire, au sens où la réponse ministérielle n° 38926 du 20 avril 2021 définit cette notion et qui est opposé au service sur le fondement de l'article L. 80A du livre des procédures fiscales, pour imposer entre ses mains des revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ni qu'il a existé des flux financiers entre la société Picardie Paysage et lui-même ;
- le rehaussement au titre du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts est insuffisamment motivé dans la proposition de rectification.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre 2021 et 30 juin 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 26 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boutou, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt./ A l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre, d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal () ". Aux termes de l'article L. 10 du même livre: " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances./ Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat./ A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés () ". Aux termes de l'article L. 16 du même livre : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. Elle peut, en outre, lui demander des justifications au sujet de sa situation et de ses charges de famille, des charges retranchées du revenu net global ou ouvrant droit à une réduction d'impôt sur le revenu en application des articles 156 et 199 septies du code général des impôts, ainsi que des avoirs ou revenus d'avoirs à l'étranger ()/ Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 € ()/ Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ".
2. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales que l'administration dispose d'un pouvoir général de contrôle des déclarations des contribuables et qu'elle peut engager ces contrôles sans avoir à justifier qu'elle dispose d'éléments lui permettant de penser que le contribuable a dissimulé des revenus. La procédure engagée par la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 16 précité du livre des procédures fiscales, qui peut aboutir à l'imposition d'office de revenus d'origine indéterminée, n'est à cet égard pas le seul moyen pour l'administration de procéder à des rectifications de revenu imposable dans le cadre d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle. En l'espèce, seules des demandes d'éclaircissement non contraignantes, en application de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales ont été adressées au contribuable et aucune demande de justification sur le fondement de l'article L. 16 du même livre ne lui a été adressée. Il n'était donc nullement nécessaire en l'espèce pour l'administration, en présentant une demande sur le fondement de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, d'établir que le total des montants crédités sur les relevés de compte bancaire du contribuable représentait au moins le double de ses revenus déclarés. Le moyen tiré de l'irrégularité de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A pour ce motif doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () ".
4. D'une part, la proposition de rectification du 21 juin 2019 mentionne précisément les crédits taxés au titre des revenus distribués par la SARL Picardie Paysage entre les mains de M. A. La proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable adressées à la SARL Picardie Paysage à la suite de la vérification de sa comptabilité y étaient jointes, mentionnant ainsi l'origine et la nature des sommes considérées comme distribuées. Ainsi, le courrier du 21 juin 2019 était suffisamment motivé pour permettre au contribuable de présenter utilement ses observations, sans qu'il fût besoin pour ce dernier de disposer des observations qu'avait présentées la société dans le cadre de sa procédure de contrôle, auxquelles il avait accès, en tout état de cause, en tant que gérant de la société. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette garantie de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
5. D'autre part, aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : () 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ". Ces dispositions qui n'instaurent pas de sanction, précisent les modalités de détermination du revenu imposable lorsque celui-ci est constitué de revenus distribués. Son application ne correspond pas à un chef de redressement autonome. Ainsi, dès lors que la proposition de rectification mentionne que pour le calcul du revenu imposable, le montant des revenus distribués imposé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sera multiplié par 1,25 en application du 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, elle est suffisamment motivée au sens de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
6. En troisième lieu, l'administration ne peut pas établir les impositions supplémentaires avant l'expiration du délai légal ouvert au contribuable pour répondre aux propositions de rectifications. En l'espèce, la proposition de rectification du 21 juin 2019 a été notifiée le 29 juin 2019 par courrier recommandé. Le contribuable disposait, ainsi que cela était mentionné, d'un délai de trente jours pour présenter des observations, au cours duquel il a demandé la prolongation de trente jours prévue par L. 57 cité ci-dessus par courriers des 22 et 26 juillet 2019. Il disposait donc de droit d'un délai de soixante jours à compter de la notification de la proposition de rectification, qui expirait le 29 août 2019, sans qu'il ait à attendre la confirmation du service. Le service a régulièrement répondu à ses observations du 26 juillet par réponse du 30 août 2019, envoyée avant la mise en recouvrement des impositions. Le service n'était donc pas tenu de répondre aux observations présentées par courrier du 30 août 2019 reçu par le service le 2 septembre, soit au-delà du délai de soixante jours qui était expiré. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette garantie prévue à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ne résulte d'aucune disposition du code général des impôts ou du livre des procédures fiscales que le rapport de vérification doit être communiqué au contribuable avant la mise en recouvrement, à peine d'irrégularité de la procédure d'imposition. Le moyen relevant d'un litige relatif à la communication de documents administratifs est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition.
Sur le bien-fondé des impositions :
8. En premier lieu, ainsi qu'il est dit au point 2, l'administration n'a pas engagé et n'était pas tenue d'engager la procédure prévue par les articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales pour imposer les sommes en litige, constituées de revenus distribués par la SARL Picardie Paysage, entre les mains de M. A. Par suite, le contribuable ne peut utilement soutenir que seuls des revenus d'origine indéterminée pouvaient faire l'objet d'une rectification du revenu imposable à la suite de l'examen de sa situation fiscale personnelle.
9. En second lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
10. D'une part, l'administration a estimé que la preuve de l'appréhension des revenus distribués imposés sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts était apportée en relevant que le montant de l'ensemble des charges déductibles réintégrées au bénéfice imposable de la société Picardie Paysage avait été inscrit au crédit du compte courant d'associé de M. A et qu'il était donc réputé en avoir eu la disposition. Dans l'instance, l'administration soutient que le requérant était le maître de l'affaire pour établir l'appréhension par M. A des revenus en cause.
11. L'administration peut, à tout moment de la procédure, invoquer un nouveau motif de fait propre à justifier l'imposition, à la condition qu'une telle substitution de motif n'ait pas pour effet de priver le contribuable d'une garantie de procédure prévue par la loi. En l'espèce, l'administration fiscale doit être regardée comme demandant en défense une substitution de motif tirée de ce que M. A était le maître de l'affaire au cours des années en litige dès lors qu'en tant qu'associé majoritaire et gérant de la société Picardie Paysage, il disposait de la signature de tous les actes de la société et avait été le seul interlocuteur du service au cours du contrôle de la société. Le requérant n'ayant été privé d'aucune garantie légale et ne contestant pas sérieusement ces faits, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de motif présentée par l'administration fiscale et de rejeter le moyen tiré de ce que cette dernière n'apporterait pas la preuve qui lui incombe de l'appréhension des revenus distribués par le contribuable.
12. La doctrine tirée de la réponse ministérielle n° 38926, opposée sur le fondement de L. 80 A du livre des procédures fiscales par le contribuable, qui ne donne pas de la notion de maître de l'affaire une définition différente de celle résultant de l'application de la loi fiscale, est en tout état de cause postérieure aux années d'imposition en litige et ne peut être utilement opposée à l'administration.
13. D'autre part, les sommes portées au crédit d'un compte courant d'associé sont réputées être à la disposition de celui-ci, sauf preuve contraire. Tel est le cas en ce qui concerne les sommes portées au crédit du compte courant de M. A en 2016 et 2017 dans les écritures de la société Picardie Paysage. Le requérant ne présente aucune preuve contraire. Ces sommes ont par suite été imposées à bon droit entre ses mains sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
14. Enfin, il résulte de l'instruction que les sommes évoquées aux points précédents figuraient au crédit du compte courant d'associé de M. A à la clôture des exercices 2016 et 2017 ou ont été inscrites au crédit de ce compte, au cours de ces exercices, qui couraient du 1er janvier au 31 décembre et correspondaient donc à l'année civile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur sur les années au titre desquelles elles devaient être imposées que le service les a imposées entre les mains de M. A au titre des années 2016 et 2017.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 20, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
B. Boutou
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.L. PierreLa greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026