mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102616 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LAMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 juillet 2021 et le 28 janvier 2023, M. A D et Mme E B, représentés par Me Lambert, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis à leur encontre le 22 juin 2021 en vue du recouvrement de la somme de 13 000 euros correspondant à l'astreinte journalière prononcée, au titre de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, pour la période échue du 19 mars au 13 avril 2021 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) à défaut, de moduler le montant total de l'astreinte mise en recouvrement de façon à ce qu'il ne soit pas supérieur à la somme de 5 000 euros ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Bresles la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le juge administratif ne saurait se déclarer compétent pour connaître du présent litige ;
- l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;
- il est entaché d'un vice de forme dès lors que la commune ne justifie pas du bordereau de titre de recettes signé par son auteur ;
- il est illégal du fait de l'illégalité du courrier du 19 février 2021 dès lors que ce courrier ne précise pas le montant de l'astreinte qui sera ultérieurement mis à leur charge, que la mesure de mise en demeure qu'il prononce est intervenue sans procédure contradictoire préalable et que le maire s'est fondé, à tort, sur la circonstance que les aménagements réalisés sur leur parcelle sont interdits en zone N et non sur l'absence d'autorisation d'urbanisme requise, dont le défaut ne peut entraîner de conséquences qu'après trois mois de présence consécutifs en application du f) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme ;
- il est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté de mise en recouvrement du 13 avril 2021 dès lors que cet arrêté est insuffisamment motivé, qu'il procède prématurément à la liquidation de l'astreinte, que l'installation de l'habitation légère de loisirs et de l'abri de jardin sur leur parcelle ne correspond pas à " des travaux " au sens de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme et que ces aménagements n'entrent pas dans le champ d'application des articles L. 421-1 à L. 421-5 de ce code ;
- le quantum de l'astreinte mis à leur charge est disproportionné et doit, pour ce motif, faire l'objet d'une modulation de sorte que son montant total ne soit pas supérieur à 5 000 euros.
Par un mémoire distinct, enregistré le 1er août 2021, M. D et Mme B demandent au tribunal, en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 et à l'appui de leur requête tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer du 22 juin 2021 ainsi qu'à la décharge de l'obligation de payer mise à leur charge par ce titre, de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des articles L. 481-1, L. 481-2 et L. 481-3 du code de l'urbanisme.
Ils soutiennent que ces dispositions, applicables au litige, méconnaissent le droit de propriété, la séparation des pouvoirs et l'indépendance de l'autorité judiciaire, la présomption d'innocence, le droit au recours juridictionnel effectif, les principes d'indépendance et d'impartialité ainsi que le principe de légalité et de proportionnalité des peines.
Par une ordonnance avant dire droit du 31 août 2021, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif d'Amiens a refusé la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. D et Mme B.
L'ensemble de la procédure a été communiquée à la commune de Bresles et à la trésorerie de Beauvais, qui n'ont pas produit d'écritures dans la présente instance.
Par une ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Lambert, représentant M. D et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D et Mme E B sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section D n° 969, située au 1er allée François Lenzi sur le territoire de la commune de Bresles, sur laquelle ils ont installé une habitation légère de loisirs et un abri de jardin en bois. Par un courrier du 19 février 2021, le maire de la commune les a mis en demeure, sous peine d'astreinte prise en application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme à l'expiration d'un délai d'un mois, de présenter leurs observations et de procéder à la " suppression " des installations réalisées sur leur parcelle. Cette mesure n'ayant pas été suivie d'effets, le maire a, par un arrêté du 13 avril 2021, décidé de liquider l'astreinte annoncée dans le courrier du 19 février 2021 pour la période échue du 19 mars au 13 avril 2021, correspondant à un montant total de 13 000 euros, mis en recouvrement par l'avis des sommes à payer émis le 22 juin suivant. Par la présente requête, qui relève de la compétence du seul juge administratif, M. D et Mme B demandent, d'une part, l'annulation de cet avis des sommes à payer et, d'autre part, la décharge de l'obligation de payer la somme mise à leur charge.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
3. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation / () / III. - L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard. / L'astreinte peut également être prononcée, à tout moment, après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, le cas échéant prolongé, s'il n'y a pas été satisfait, après que l'intéressé a été invité à présenter ses observations. / Son montant est modulé en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. / Le montant total des sommes résultant de l'astreinte ne peut excéder 25 000 € ".
4. L'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, introduit par la loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique, permet à l'autorité compétente, indépendamment des poursuites pénales qui pourraient être engagées, de prononcer une mise en demeure, assortie le cas échéant d'une astreinte, dans différentes hypothèses où les dispositions du code de l'urbanisme, ou les prescriptions résultant d'une décision administrative ont été méconnues, en vue d'obtenir la régularisation de ces infractions, par la réalisation des opérations nécessaires à cette fin ou par le dépôt des demandes d'autorisation ou déclarations préalables permettant cette régularisation. Cette mise en demeure peut être assortie d'une astreinte, prononcée dès l'origine ou à tout moment après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, s'il n'y a pas été satisfait, en ce cas après que l'intéressé a de nouveau été invité à présenter ses observations.
5. Par ailleurs, le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, comme le prévoient au demeurant, pour les dépenses des collectivités locales, l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
6. Il résulte des termes mêmes du courrier du 19 février 2021 que le maire de Bresles s'est contenté, en indiquant que la collectivité " se réserv[ait] le droit d'instituer une astreinte journalière maximale de 500€ plafonnée à 25 000€ jusqu'à la complète exécution de la mise en demeure ", de paraphraser les dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme sans pour autant indiquer précisément le montant de l'astreinte administrative qu'il entendait infliger à M. D et Mme B, à l'expiration du délai imparti par la mesure de mise en demeure. En outre, quand bien même le maire a indiqué, dans ce courrier, être dans l'obligation, dans une telle situation, " de prendre un arrêté prononçant l'astreinte et précisant qu'elle court jusqu'à ce que les travaux de remise en état aient été menés ", il résulte de l'instruction, et notamment des visas de l'arrêté du 13 avril 2021 procédant ultérieurement à la mise en recouvrement de l'astreinte, qu'un tel arrêté prononçant l'astreinte n'a jamais été édicté par l'autorité municipale. Par suite, l'arrêté de mise en recouvrement du 13 avril 2021 se trouve dépourvu de base légale, de même, par voie de conséquence, que l'avis des sommes à payer émis le 22 juin 2021 qui doit, pour ce motif, être annulé.
7. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la décharge totale de l'obligation de payer la somme de 13 000 euros mise à leur charge par l'avis des sommes à payer émis le 22 juin 2021.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Bresles, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'avis des sommes à payer émis le 22 juin 2021 à l'encontre de M. D et Mme B est annulé.
Article 2 : M. D et Mme B sont déchargés de l'obligation de payer la somme de 13 000 euros mise à leur charge par l'avis des sommes à payer émis le 22 juin 2021.
Article 3 : La commune de Bresles versera à M. D et Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E B, à la commune de Bresles et à la trésorerie de Beauvais.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Demurger, présidente,
- Mme Beaucourt et Mme C, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
Signé
P. BEAUCOURTLa présidente,
Signé
F. DEMURGER
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026