mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
| Avocat requérant | SCP VAN MARIS DUPONCHELLE MISSIAEN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2021 et le 21 avril 2022 sous le n° 2102659, Mme A C, représentée par Me Duponchelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Somme a rejeté son recours administratif contre la décision de la caisse d'allocations familiales de la Somme du 23 décembre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 789,62 euros pour la période de décembre 2018 à novembre 2020;
2°) de mettre à la charge du département de la Somme la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le droit au séjour ne lui est pas opposable dès lors que les dispositions de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles ne posent, pour les ressortissants européens, qu'une condition de résidence d'au moins trois mois ;
- elle entre dans les prévisions du 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le président du conseil départemental de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 25 août 2021,
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2021 et le 4 mai 2022 sous le n° 2103348, Mme A C, représentée par Me Duponchelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Somme a refusé de lui accorder une remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 11 789,62 euros pour la période de décembre 2018 à novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge du département de la Somme la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- c'est à tort que la caisse d'allocations familiales de la Somme a estimé qu'elle ne pouvait pas bénéficier du revenu de solidarité active ;
- elle est de bonne foi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dhiver, présidente,
- les observations de Me Duponchelle, avocat de Mme C,
- et les observations de la représentante du département de la Somme.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2102659 et 2103348 de Mme C sont relatives au même indu de revenu de solidarité active et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par un courrier du 23 décembre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Somme a notifié à Mme C, ressortissante belge, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 789,62 euros pour la période de décembre 2018 à novembre 2020. Le 17 février 2021, Mme C a formé un recours administratif contre cette décision auprès du président du conseil départemental, qui a implicitement rejeté ce recours. Par lettre du 5 juin 2021, Mme C a également sollicité la remise gracieuse de sa dette, ce qui lui a été refusé par une décision implicite. Mme C demande l'annulation de ces deux décisions implicites par lesquelles le président du conseil départemental de la Somme a confirmé l'indu de revenu de solidarité active et a refusé de lui accorder une remise de dette.
Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :
3.Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. D'une part, les dispositions de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, par exception aux dispositions du 2° de l'article L. 262-4 de ce code qui réservent le bénéfice du revenu de solidarité active aux Français ou aux étrangers titulaires, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler, ouvrent le droit à cette allocation aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et ont résidé en France durant les trois mois précédant la demande, en précisant que la condition de durée de résidence ne s'applique pas dans certaines hypothèses.
5. D'autre part, l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris pour la transposition des dispositions de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, désormais repris en substance à l'article L. 233-1 de ce code, dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : () / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". En vertu de l'article L. 122-1 du même code, désormais repris en substance à l'article L. 234-1, sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, ceux de ces ressortissants qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français.
6. En premier lieu, ainsi qu'il est énoncé au point 4 ci-dessus, les ressortissants européens peuvent prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active à la double condition de résider en France depuis au moins trois mois à la date de la demande et de remplir les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour. Ainsi, s'il n'est pas contesté que Mme C réside en France depuis 2017 et remplissait la condition d'ancienneté du séjour, cette seule circonstance ne suffisait pas à lui ouvrir droit au bénéfice du revenu de solidarité active.
7. En second lieu, il est constant que Mme C n'exerce aucune activité professionnelle en France. Par ailleurs, si le bureau d'aide juridictionnelle a estimé, dans sa décision du 25 août 2021, que les ressources de Mme C excédaient les plafonds pour bénéficier de l'aide juridictionnelle, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que l'intéressée disposait au cours de la période en litige d'une autonomie financière suffisante lui permettant de subvenir à ses besoins sans recourir au système d'aide sociale. De même, les quelques éléments relatifs à sa situation financière qu'elle fournit ne permettent pas d'établir qu'elle disposait, au cours de cette même période, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Dans ces conditions, Mme C, qui n'entrait ni dans l'hypothèse prévue au 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité ci-dessus ni dans aucune autre des hypothèses prévues par cet article, ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour pour une durée supérieure à trois mois. Par suite, le président du conseil départemental de la Somme a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles en confirmant la récupération de l'indu de revenu de solidarité active notifié à Mme C pour la période de décembre 2018 à novembre 2020.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental de la Somme confirmant la récupération de l'indu de revenu de solidarité active litigieux.
Sur la remise de dette de revenu de solidarité active :
9. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
11. Si la bonne foi de Mme C n'est pas contestée, la requérante ne démontre pas, ni même n'allègue, être, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité telle qu'elle ne serait pas en mesure de rembourser les sommes qui lui ont été versées à tort, alors même qu'il lui est par ailleurs loisible de solliciter des remboursements échelonnés adaptés à ses capacités financières. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à Mme C une remise totale ou partielle de sa dette de revenu de solidarité active.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental de la Somme refusant de lui accorder une remise de dette, ni la remise de cette dette.
13. Le département de la Somme n'étant pas la partie perdante dans les présentes instances, les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C au département de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
La présidente,
Signé
M. B La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne à la préfète de la Somme en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2102659 et 2103348
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026