jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102771 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL CLERMONT-FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 août 2021, le 6 janvier 2022, le 5 décembre 2022 et le 6 janvier 2023, la société H2MI Graphic, représentée par Me Chabin, demande au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2015 au 30 juin 2017 ;
2°) la restitution d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 138 761 euros au 30 juin 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification n'est pas motivée s'agissant des montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible rappelés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 et la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 ;
- les documents obtenus par le droit de communication de l'administration ne lui ont pas été communiqués en dépit de sa demande en ce sens, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- la prise de position formelle de l'administration résultant du remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée en 2015 s'opposait aux redressements postérieurs litigieux, en vertu de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales ;
- alors que la taxe sur la valeur ajoutée rappelée a déjà été acquittée par ses clients dans le cadre du mécanisme de l'auto-liquidation, le rappel qui lui est fait a pour conséquence un enrichissement sans cause de l'administration, alors d'ailleurs que rien ne s'opposait à ce que l'administration fasse application de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales ;
- elle est en droit de prétendre à un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 de 53 119 euros dont devait seulement être retirée la somme de 4 958 euros déjà remboursée par l'administration au titre de la taxe sur la valeur ajoutée payée par elle en 2015 à l'exclusion du remboursement par l'administration de la somme de 7 875,15 euros correspondant à de la taxe sur la valeur ajoutée payée par elle en 2014 quand bien même elle n'aurait été remboursée qu'en 2015 ; les factures FA18766, FA18767 et FA18808 de la société " Ets Labourier " n'ont pas été prises en compte au titre de la taxe sur la valeur ajoutée payée par elle en 2015 et pouvant être déduite ;
- elle est en droit de prétendre à un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 de 65 517 euros correspondant aux déclarations déposées tardivement qui ont été écartées sans motif lors de la vérification de comptabilité ;
- elle est en droit de prétendre à un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 de 25 383 euros ;
- les résultats de la société ayant déjà été imposés au Portugal, les cotisations d'impôt sur les sociétés mises à sa charge conduisent à une double imposition sans qu'ait d'incidence la circonstance que les montants d'impôts acquittés au Portugal aient été déduits en charge au niveau de son bénéfice imposable en France ;
- les rappels de taxes sur la valeur ajoutée opérés au titre des périodes des 1er janvier au 31 décembre 2015 et 1er janvier au 31 décembre 2016 étant injustifiés, le profit sur le Trésor en résultant doit, en conséquence, être retiré de ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 novembre 2021 et le 9 décembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant que le montant de crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont la restitution est demandée est supérieur à celui demandé dans le cadre de la réclamation préalable ;
- le moyen fondé sur l'article L. 247 du livre des procédures fiscales est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par la société H2MI Graphic ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société H2MI Graphic, qui dispose de son siège social au Portugal, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2015 et 2016 et en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2016 au 30 juin 2017. Ayant estimé que la société disposait d'un établissement stable en France, des cotisations d'impôt sur les sociétés ont été mises à sa charge ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'ensemble de la période vérifiée. Il en a résulté une diminution du crédit de taxe sur la valeur ajoutée de la société H2MI Graphic.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". En application de ces dispositions, les conclusions d'un contribuable présentées devant le tribunal administratif ne peuvent être accueillies que dans la mesure où, ajoutées aux dégrèvements prononcés par l'administration, elles ne conduisent pas à un dégrèvement supérieur à celui qui avait été demandé à l'administration fiscale.
3. Il résulte de l'instruction que dans la cadre de sa demande préalable devant l'administration présentée le 12 janvier 2021, la société H2MI Graphic demandait à ce que le crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle serait en droit de bénéficier au 30 juin 2017 soit établi à la somme de 113 002 euros. Par suite, les conclusions de sa requête en ce qu'elles excèdent ce montant et demandent que lui soit restitué un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 138 761 euros au 30 juin 2017 sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée en ce sens par l'administration doit être accueillie.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
5. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ".
6. Il résulte de l'instruction que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des mois de janvier et mai 2015 et janvier 2016 ont été mis à la charge de la société H2MI Graphic selon la procédure contradictoire de rectification compte-tenu des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée déposées dans le délai légal par la société requérante. En revanche, en l'absence de déclarations déposées dans le délai légal, la taxe sur la valeur ajoutée au titre des autres mois de la période vérifiée a été taxée d'office.
7. La société H2MI soutient que la proposition de rectification du 19 décembre 2018 ne permet pas de connaitre les motifs des rectifications apportées en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre des périodes des 1er janvier au 31 décembre 2015 et 1er janvier au 31 décembre 2016. Toutefois, il résulte de cette proposition de rectification, qu'après avoir rappelé les conditions légales de déductibilité de taxe sur la valeur ajoutée, elle expose dans ses annexes 7 et 8, concernant respectivement chacune des deux périodes, l'ensemble des factures acquittées en France par la société H2MI Graphic pouvant donner lieu à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en précisant la date, la référence, le montant hors taxe et le montant de taxe déductible concerné. Par suite, cette proposition de rectification contenait les éléments ayant servi au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination et, s'agissant des mois de janvier et mai 2015 et janvier 2016, qui ont fait l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, permettait de connaitre les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la période concernée. Par suite, le moyen tiré de ce que la proposition de rectification n'aurait pas été suffisamment motivée ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Dans ce dernier cas, la demande du contribuable peut porter sur tout document utilisé par l'administration pour établir les impositions et notamment sur les documents dont elle s'est prévalue au cours de la procédure de redressement, y compris dans la réponse aux observations du contribuable, alors même qu'elle n'en aurait fait état que pour confirmer une prise de position reposant sur d'autres éléments.
9. Si la société H2MI Graphic soutient qu'elle a été privée de la garantie prévue par les dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en l'absence de communication des pièces obtenues par l'exercice du droit de communication de l'administration auprès de ses fournisseurs, il résulte de l'instruction que celle-ci s'est bornée, dans le cadre de ses observations du 20 février 2019 sur la proposition de rectification du 19 décembre 2018, à demander l'ensemble des pièces ayant concouru à l'établissement des rehaussements proposés sans solliciter la communication d'un document ou d'un renseignement précis obtenu de tiers, en dépit d'ailleurs des demandes de l'administration qui l'a invitée dans le cadre de sa réponse à ses observations à préciser sa demande afin qu'il y soit répondu, ce que s'est abstenue de faire la société requérante avant la mise en recouvrement des impositions litigieuses. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de la garantie prévue à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
S'agissant de la charge de la preuve :
10. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Par suite, à l'exception des rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents au mois de janvier et mai 2015 et janvier 2016 ayant fait l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, la société H2MI Graphic supporte la charge de la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :
Quant à la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
11. Aux termes de l'article 258 du code général des impôts : " I. - Le lieu de livraison de biens meubles corporels est réputé se situer en France lorsque le bien se trouve en France a) Au moment de l'expédition ou du transport par le vendeur, par l'acquéreur, ou pour leur compte, à destination de l'acquéreur ; b) Lors du montage ou de l'installation par le vendeur ou pour son compte ; c) Lors de la mise à disposition de l'acquéreur, en l'absence d'expédition ou de transport ; (). ". L'article 283 du même code dispose que : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (). Toutefois, lorsqu'une livraison de biens ou une prestation de services mentionnée à l'article 259 A est effectuée par un assujetti établi hors de France, la taxe est acquittée par l'acquéreur, le destinataire ou le preneur qui agit en tant qu'assujetti et qui dispose d'un numéro d'identification à la taxe sur la valeur ajoutée en France. () ".
12. Lorsqu'en application des dispositions de l'article 258 du code général des impôts, le lieu de la livraison de biens se situe en France, le redevable de la taxe est le vendeur s'il est lui-même établi en France. Doit être regardé comme tel le vendeur qui a en France un établissement stable, caractérisé par un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possible, de manière autonome, l'activité réalisée.
13. En l'espèce, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que la société H2MI Graphic dispose d'un établissement stable en France situé à Montataire. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la société H2MI Graphic était seule redevable de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les biens qu'elle a livrés en France sans qu'ait d'incidence la circonstance que, pour certaines ou la totalité des opérations, la taxe sur la valeur ajoutée aurait été acquittée par ses clients dans le cadre du mécanisme de l'auto-liquidation, alors qu'au demeurant cette allégation n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré d'un enrichissement sans cause de l'administration à raison de cette circonstance ne peut qu'être écarté. En outre, à supposer un moyen en ce sens soulevé, la société H2MI Graphic ne saurait utilement se prévaloir, dans le cadre d'un contentieux d'assiette, des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales relatives aux remises gracieuses.
Quant à la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
14. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / () IV. La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 242-0 A de l'annexe II de ce code : " Le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont l'imputation n'a pu être opérée doit faire l'objet d'une demande des assujettis () ". Aux termes de l'article 242-0 E de la même annexe : " Le crédit de taxe déductible dont le remboursement a été demandé ne peut donner lieu à imputation ; il est annulé lors du remboursement ".
15. En premier lieu, si la société H2MI Graphic se prévaut d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 de
53 119 euros, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier de ce montant alors qu'il résulte de l'annexe 7 de la proposition de rectification du 19 décembre 2018 que le montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible retenue par l'administration résulte de l'analyse des factures produites en cours de vérification par la société et obtenues par l'exercice du droit de communication auprès des fournisseurs de la société, qui sont retracées dans ce document.
16. A cet égard, si la société soutient que la facture émise par la société " Ets Labourier " référencée FA18808 du 28 juillet 2015 a été omise, il résulte de la proposition de rectification que celle-ci, qui figure au sein de l'annexe 7 de cette proposition, a bien été prise en compte. En revanche, comme le soutient la société requérante, les factures FA18766 et FA18767 du 16 juillet 2015, qui ont été recensées au titre des factures présentées en cours de vérification, n'ont pas été prises en compte dans le calcul de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont pouvait se prévaloir la société alors même que ces factures comportaient de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, en se bornant à produire lesdites factures sans apporter d'élément quant à la date à laquelle le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée a pu naitre en application de l'article 271 du code général des impôts, la société H2MI Graphic n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des rappels mis à sa charge.
17. En outre, si la société H2MI Graphic fait valoir que les remboursements de taxe sur la valeur ajoutée opérés en janvier et février 2015 ne pouvaient être intégralement pris en compte pour déterminer le crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle était bénéficiaire au 31 décembre 2015 alors qu'une partie de ces remboursements concerne de la taxe sur la valeur ajoutée déductible payée par elle en 2014, il résulte des dispositions précitées de l'article 242-0 E de l'annexe II du code général des impôts qu'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée est annulé à la date de son remboursement.
18. Il résulte de ce qui précède que la société H2MI Graphic n'est pas fondée à contester le montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible établi par l'administration au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015.
19. En deuxième lieu, alors que la société requérante n'a déposé des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre des troisième et quatrième trimestres de l'année 2016 qu'en cours de contrôle, l'administration pouvait légalement procéder à la taxation d'office des impositions en cause en application de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. En outre, il ne résulte pas de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 19 décembre 2018 que l'administration aurait refusé de prendre en compte la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont pouvait se prévaloir la société au titre des troisième et quatrième trimestres de l'année 2016 au seul motif d'un dépôt tardif desdites déclarations. Ainsi, qu'il a été dit, le montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible a été calculé à partir des factures communiquées par la société dans le cadre des opérations de vérifications et de celles obtenues auprès de ses fournisseurs par l'exercice du droit de communication et la société H2MI Graphic n'apporte aucun élément établissant le caractère exagéré des impositions mises à sa charge à ce titre.
20. Il résulte de ce qui précède que la société H2MI Graphic n'est pas fondée à contester le montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible établi par l'administration au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016.
21. En troisième lieu, en se bornant à demander que soit pris en compte un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 de 25 383 euros, la société H2MI Graphic n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et celui-ci ne peut qu'être écarté.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
22. En premier lieu, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. ". Aux termes de l'article 7 de la convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 visant à prévenir la double imposition d'un contribuable dans ces deux Etats au titre de l'impôt sur les sociétés : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. () ". Aux termes de l'article 5 de la même convention : " 1. Au sens de la présente convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité. ".
23. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que la société H2MI Graphic dispose en France d'un établissement stable situé à Montataire où elle dispose d'une installation fixe où se trouve un agent habilité à passer des contrats à son nom. Par suite, la société requérante doit être regardée comme ayant exploité une entreprise en France au sens des dispositions de l'article 209 du code général des impôts. La circonstance qu'elle aurait satisfait à ses obligations fiscales et comptables au Portugal est sans incidence sur la réalité d'un établissement stable en France y compris au sens des stipulations de l'article 7 de la convention fiscale conclue entre la France et le Portugal le 14 janvier 1971. C'est dès lors à bon droit que l'administration fiscale l'a assujettie en France à l'impôt sur les sociétés en application combinée de ces dispositions et stipulations alors qu'il appartient à la société H2MI Graphic, en tout état de cause, de demander, si elle s'y croit fondée, à l'administration fiscale portugaise de la dégrever des impositions qu'elle aurait, à tort, acquittées dans ce pays
24. En second lieu, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige étant fondés, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le profit sur le Trésor constaté par l'administration et appliqué aux exercices clos en 2015 et 2016 doit être remis en cause par voie de conséquence de la décharge des rappels contestés.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :
25. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".
26. La circonstance que l'administration ait procédé en 2015 au remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée après avoir demandé des éclaircissements à la société H2MI Graphic, le 13 avril 2015, auxquels elle a répondu par courrier du 7 mai suivant, ne saurait constituer une prise de position formelle de l'administration dont la société pourrait se prévaloir en application de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, la décision de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée ne comportant aucune motivation.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société H2MI Graphic doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société H2MI Graphic est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société H2MI Graphic et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A-L. Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026