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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102808

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102808

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102808
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET DE CASTELNAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 août 2021 et 11 juillet 2022,

M. A B, représenté par Me Rault, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à lui payer la somme de 131 780 euros en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Quentin la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

3°) d'ordonner l'exécution provisoire de ces condamnations.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Quentin est engagée à raison d'une infection nosocomiale contractée lors de sa prise en charge par l'établissement hospitalier ;

- le centre hospitalier de Saint-Quentin devra être condamné à réparer ses préjudices à hauteur de 1 780 euros en réparation du déficit fonctionnel temporaire, 5 000 euros en réparation des souffrances endurées, 5 000 euros en réparation du préjudice esthétique temporaire, 25 000 euros en réparation du déficit fonctionnel permanent, 40 000 euros en réparation du préjudice d'agrément, 5 000 euros en réparation du préjudice esthétique permanent, 10 000 euros en réparation de l'incapacité permanente partielle, 40 000 euros en réparation du préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le centre hospitalier de Saint-Quentin, représenté par la SCP Lebègue Derbise demande au tribunal de lui donner acte de ce qu'il s'en rapporte quant à sa responsabilité dans l'infection nosocomiale contractée par le requérant dans son établissement et à réduire à de plus justes proportions les demandes indemnitaires.

La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 1603340 du 18 janvier 2018 du président du tribunal administratif d'Amiens taxant et liquidant les frais d'expertise, ordonnée le 20 janvier 2017, à la somme de 1 200 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Denys pour le centre hospitalier de Saint-Quentin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, alors âgé de 38 ans, a été victime d'une rupture du tendon d'Achille en pratiquant le basket-ball le 1er octobre 2014. Le lendemain, M. B est opéré au centre hospitalier de Saint-Quentin, à ciel ouvert, après échec d'une tentative par voie percutanée. L'intéressé sort de l'hôpital le 4 octobre 2014. Le 14 octobre 2014, à la suite d'une chute de l'intéressé, une nouvelle intervention est réalisée après la mise en évidence d'une nouvelle rupture du tendon d'Achille. Au cours de cette prise en charge, trois prélèvements sont réalisés démontrant la présence d'un staphylocoque doré. L'évolution défavorable de la cicatrice a généré une nécrose secondaire de celle-ci, diagnostiquée le 6 novembre 2014, qui nécessitera une nouvelle intervention chirurgicale le 10 décembre 2014. Enfin, M. B a développé une arthrite du genou à partir du mois de février 2015 justifiant une hospitalisation entre les 5 et 10 mars 2015 au centre hospitalier de Reims.

2. Par ordonnance de référé du 20 janvier 2017, le président du tribunal administratif d'Amiens a ordonné une expertise dont le rapport a été rendu le 17 janvier 2018. Par la présente requête, M. B demande l'indemnisation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

3. Aux termes du I l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 17 janvier 2018 et n'est pas contesté, que M. B a contracté une infection par un staphylocoque doré qui n'existait pas avant la première intervention chirurgicale et qui a été décelé dans les jours qui ont suivi sa première hospitalisation. Cette infection a pu être prise en charge au moment de la nouvelle rupture du tendon d'Achille de l'intéressé. Toutefois, deux nouvelles surinfections se sont déclarées qui ont justifié de nouvelles interventions chirurgicales. Enfin, l'expert a qualifié de probable à vraisemblable le caractère septique de l'arthrite du genou de M. B décelée en février 2015. A défaut d'éléments médicaux contraires, il y a lieu de considérer que cette arthrite est en lien avec les infections précitées. En l'absence de cause étrangère et dès lors que le déficit fonctionnel permanent de l'intéressé est évalué à 5 %, le centre hospitalier de Saint-Quentin doit être déclaré intégralement responsable des dommages résultant des infections nosocomiales dont a souffert le requérant.

5. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que si la prise en charge initiale des infections nosocomiales a été conforme aux règles de l'art, le centre hospitalier de Saint-Quentin a commis des fautes, dans la période comprise entre les 4 et 13 octobre 2014 en n'informant pas M. B, d'une part du comportement à tenir en cas d'infection du siège opératoire, et d'autre part des risques infectieux ou de rupture secondaire de son tendon d'Achille. Toutefois, ces manquements n'ont été la cause d'aucun préjudice distinct de ceux pris en charge au titre de la responsabilité sans faute du centre hospitalier.

En ce qui concerne les préjudices indemnisables :

6. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement de l'expertise et n'est pas contesté que la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressé doit être fixée à la date du 17 juin 2015.

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

7. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que

M. B a connu une période d'incapacité totale du 13 au 21 octobre 2014, de 40 % entre les 22 octobre 2014 et 9 décembre 2014, totale entre les 10 et 18 décembre 2014, de 40 % du 19 décembre 2014 au 18 janvier 2015, de 20 % du 19 janvier 2015 au 4 mars 2015, totale du 5 mars 2015 au 10 mars 2015, de 20 % du 11 mars 2015 au 20 mai 2015 et enfin de 10 % jusqu'au 17 juin 2015. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intervention initiale sans complication induisait un déficit fonctionnel de 40 % pendant six semaines, de 20 % pendant quatre semaines, de 15 % pendant une semaine, de 10 % pendant une semaine et de 5 % pendant une semaine.

8. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 15 euros par jour pour un déficit fonctionnel total, par la condamnation du centre hospitalier au paiement de la somme de 862,50 euros.

Quant aux souffrances endurées :

9. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7 en considération des différentes interventions chirurgicales, de la rééducation et d'un syndrome dépressif réactionnel. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 7 000 euros. Ce poste de préjudice comprenant l'indemnisation du préjudice moral de l'intéressé, ce dernier n'est pas fondé à solliciter une réparation complémentaire à ce titre.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

10. Il résulte de l'instruction que la cicatrice affligeant M. B n'est pas significativement plus disgracieuse que celle due à l'intervention initiale pour traiter la rupture de son tendon d'Achille.

11. Par ailleurs, il n'est établi aucune altération majeure de l'apparence physique du requérant pendant la période précédant la consolidation de son état de santé. Cette demande doit ainsi être écartée.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

12. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que

M. B souffre d'un déficit fonctionnel permanent, en lien avec les complications infectieuses, évalué à 5 % compte tenu d'une marche un peu limitée, une limitation de certains mouvements complexes et une perte de la flexion dorsale de la cheville. Il s'ensuit que ce préjudice doit être évalué à la somme de 5 683 euros. M. B n'est pas fondé à demander la réparation d'une incapacité permanente partielle qu'il estime à 25 % qui n'est pas un préjudice distinct de celui réparé au titre du déficit fonctionnel permanent.

Quant au préjudice d'agrément :

13. Le préjudice d'agrément est celui qui résulte d'un trouble spécifique distinct du déficit fonctionnel permanent lié à l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer certaines activités sportives et de loisirs.

14. Il résulte de l'instruction que M. B ne peut désormais plus s'adonner à sa pratique du basket-ball. Il convient ainsi de réparer son préjudice à hauteur de la somme de 1 500 euros.

Quant au préjudice esthétique permanent :

15. Cette demande doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Saint-Quentin doit être condamné à verser la somme de 15 045,50 euros à M. B en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'exécution provisoire :

17. Les jugements sont, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires de plein droit. Les conclusions présentées par le requérant tendant à ce que soit prononcée l'exécution provisoire de la condamnation en paiement sont, dès lors, dépourvues d'objet et, comme telles, irrecevables.

Sur les dépens :

18. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée le 20 janvier 2017, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros par ordonnance n° 1603340 du 18 janvier 2018 du président du tribunal administratif d'Amiens, à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Quentin.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Quentin une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par

M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 er : Le centre hospitalier de Saint-Quentin est condamné à verser à M. B la somme de 15 045,50 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Quentin.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Quentin versera une somme de 1 500 euros à

M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier de Saint-Quentin et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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