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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103171

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103171

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103171
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSTEFANIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Stefania, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'association syndicale du Lys-Chantilly au versement d'une somme de 4 060 euros en réparation des dommages causés à son véhicule à la suite de l'accident de la voie publique survenu le 2 mars 2021 sur le territoire de la commune de Lamorlaye ;

2°) d'enjoindre à l'association syndicale du Lys-Chantilly de procéder au paiement de cette somme, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'association syndicale du Lys-Chantilly la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'association syndicale du Lys-Chantilly est engagée du fait du défaut d'entretien de la voie publique dès lors que l'accident dont il a été victime le 2 mars 2021 alors qu'il circulait sur la septième avenue à Lamorlaye a pour cause une excavation située sur le côté droit de la chaussée, d'une profondeur de quinze centimètres ;

- il ne saurait se voir reprocher une quelconque imprudence ou manque de vigilance de nature à atténuer la responsabilité de l'association syndicale dès lors qu'il a été contraint, eu égard à l'étroitesse de la voie de circulation, de se serrer sur le bord droit de la chaussée pour pouvoir croiser un véhicule arrivant en sens contraire ;

- son préjudice matériel doit être indemnisé à hauteur de la somme de 4 060 euros décomposé comme suit : 2 434 euros correspondant aux frais de réparation de l'avant droit de son véhicule et 1 626,60 euros correspondant au remplacement de ses quatre pneumatiques.

Par lettre du 2 juin 2022, l'association syndicale du Lys-Chantilly a été mise en demeure de produire des observations sur la requête de M. C dans un délai de trente jours, sous peine d'être réputée avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant, en vertu de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- l'arrêté préfectoral du 24 mars 2016 portant modification des statuts de l'association syndicale autorisée du Lys-Chantilly ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,

- et les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mars 2021, M. A C a été victime d'un accident de la voie publique en raison d'une excavation sur la chaussée alors qu'il circulait sur la septième avenue sur le territoire de la commune de Lamorlaye. Par deux courriers des 25 mars et 12 mai 2021, il a adressé, en vain, à l'association syndicale du Lys-Chantilly deux demandes indemnitaires préalables visant à la réparation des dommages causés à son véhicule. Par sa requête, M. C entend rechercher la condamnation de l'association syndicale du Lys-Chantilly au versement d'une somme de 4 060 euros correspondant au préjudice matériel résultant de cet accident, qu'il estime imputable à un défaut d'entretien normal de la chaussée.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

3. En dépit de la mise en demeure qui a été mise à sa disposition par le greffe du tribunal le 2 juin 2022 sur l'application Télérecours et dont elle est réputée avoir pris connaissance dans un délai de deux jours ouvrés en vertu de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative, l'association syndicale du Lys-Chantilly n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'association syndicale du Lys-Chantilly :

4. D'une part, l'article premier de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Peuvent faire l'objet d'une association syndicale de propriétaires la construction, l'entretien ou la gestion d'ouvrages ou la réalisation de travaux, ainsi que les actions d'intérêt commun, en vue : () / c) D'aménager ou d'entretenir des cours d'eau, lacs ou plans d'eau, voies et réseaux divers () ". A cet égard, l'article 2 des statuts de l'association syndicale des propriétaires du Lys-Chantilly, approuvés par arrêté préfectoral du 24 mars 2016 indique que : " 1. Ladite Association Syndicale a pour objet de pourvoir à tous besoins et commodités du lotissement, spécialement aux besoins de viabilité des avenues et ronds-points actuellement créés, et de ceux qui pourraient l'être, à leur entretien et leur amélioration () ". En outre, l'article 3 de ces mêmes statuts précise que : " 1. Demeurent réunis en Association Syndicale Autorisée les titulaires de droits immobiliers, situés à Lamorlaye et à Gouvieux (Oise), dans le périmètre tracé au plan annexé à la délibération du 11 décembre 1976, dont les droits et la consistance de la propriété figurent au rôle des redevances ainsi qu'aux états nominatifs de colotis établis par les membres du Conseil Syndical de l'ASLC. Un plan périmétral est annexé aux présents statuts ". Il résulte de ces dispositions que l'association syndicale du Lys-Chantilly a, notamment, pour objet l'entretien des voies et parties communes du lotissement du Lys-Chantilly, situé sur le territoire des communes de Lamorlaye et Gouvieux.

5. D'autre part, il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies et de l'attestation versées au dossier par M. C, ce à quoi l'association syndicale du Lys-Chantilly est en outre réputé avoir acquiescé, que ce dernier a été victime, le 2 mars 2021 vers 13 heures, d'un accident de la voie publique en raison d'une excavation non signalée de plus d'une dizaine de centimètres de profondeur présente sur la chaussée alors qu'il circulait sur la septième avenue à Lamorlaye, voie située dans le périmètre du lotissement du Lys-Chantilly. L'association syndicale du Lys-Chantilly ne rapportant pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de l'ouvrage, ni davantage celle d'une faute commise par M. C, lequel expose, ce à quoi l'association syndicale du Lys-Chantilly est également réputée avoir acquiescé en l'absence de contradiction apportée par aucune pièce du dossier, avoir été contraint, eu égard à l'étroitesse de la voie de circulation, de se déporter sur le bord droit de la chaussée pour pouvoir croiser un véhicule arrivant en sens contraire, il y a lieu de tenir pour établi le lien de causalité direct entre l'ouvrage public que constitue la voie publique et les dommages causés au véhicule de l'intéressé.

7. Par suite, il résulte des trois points qui précèdent que M. C est fondé à engager la responsabilité de l'association syndicale du Lys-Chantilly en réparation des préjudices résultant de cet accident.

En ce qui concerne le préjudice :

8. M. C demande le remboursement une somme de 4 060 euros correspondant aux frais de réparation de son véhicule. Les deux factures versées aux débats démontrent qu'il s'est acquitté, le 8 mars 2021, d'une première somme de 2 434 euros relative aux réparations réalisées sur l'avant droit du véhicule, à savoir le remplacement du roulement et de la jante de la roue sinistrée ainsi que l'équilibrage du pneumatique abîmé, puis d'une seconde somme de 1 626,60 euros relative au remplacement des quatre pneumatiques du véhicule. Il résulte de l'attestation établie par le garagiste intervenu sur la voiture de M. C, nullement contestée en défense, ni par une quelconque autre pièce du dossier, que le remplacement de l'ensemble des pneumatiques du véhicule du requérant, pourvu de quatre roues motrices, est directement imputable à l'accident en litige, ce afin de " ne pas endommager le système [Haldex] " dont il est doté. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'association syndicale du Lys-Chantilly la somme de 4 060 euros réclamée par M. C au titre du préjudice matériel qu'il a subi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes du II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduit à l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné une collectivité locale ou un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée ou ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. A défaut de mandatement ou d'ordonnancement dans ce délai, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle procède au mandatement d'office. / En cas d'insuffisance de crédits, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle adresse à la collectivité ou à l'établissement une mise en demeure de créer les ressources nécessaires ; si l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement n'a pas dégagé ou créé ces ressources, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle y pourvoit et procède, s'il y a lieu, au mandatement d'office ".

10. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que la partie perdante est condamnée à lui verser par cette même décision, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la première tendant à ce qu'il soit enjoint à celle-ci, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de payer cette somme sous astreinte.

11. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'association syndicale du Lys-Chantilly, sous astreinte, de payer la somme de 4 060 euros à M. C, l'obligation de la lui payer résultant de l'article 1er du présent jugement qui, conformément aux dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative, est exécutoire. Par suite, de telles conclusions ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'association syndicale du Lys-Chantilly une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'association syndicale du Lys-Chantilly est condamnée à verser la somme de 4 060 euros à M. C.

Article 2 : L'association syndicale du Lys-Chantilly versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'association syndicale du Lys-Chantilly.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

signé

P. BEAUCOURTLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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