mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103305 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2021, M. C B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a rejeté son recours dirigé contre la décision du 20 avril 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 817,08 euros pour la période du 1er juin 2019 au 30 novembre 2020 et a refusé de lui accorder une remise de cette dette ;
2°) de prononcer la décharge de cette somme ;
3°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge du département de l'Oise le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Desfarges au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- cette décision, qui repose sur un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la présidente du conseil départemental de l'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles en ne saisissant pas préalablement la commission de recours amiable ;
- la décision attaquée a méconnu les droits de la défense et est contraire à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la caisse d'allocations familiales de l'Oise a méconnu l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- les sommes prises en compte dans ses revenus sont seulement des avances de frais et des mouvements de compte à compte, et non des revenus supplémentaires ;
- il doit pouvoir bénéficier du droit à l'erreur ;
- il est de bonne foi ;
- il est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Dhiver, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'une enquête, à l'issue de laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié, par une décision du 20 avril 2021, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 817,08 euros pour la période du 1er juin 2019 au 30 novembre 2020. M. B a contesté cette décision et, par une décision du 5 juillet 2021, la présidente du conseil départemental de l'Oise a confirmé le bien-fondé de l'indu et a refusé d'accorder à l'intéressé une remise de sa dette. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur la récupération de l'indu de revenu de solidarité active :
En ce qui concerne la régularité de la décision de récupération de l'indu :
2. En premier lieu, la décision du 5 juillet 2021 est signée par Mme E D, directrice adjointe de l'action sociale territoriale et de l'insertion, à laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a, par un arrêté du 1er juillet 2021 publié le même jour, régulièrement donné délégation pour signer tous actes et décisions dans la limite de ses attributions en cas d'absence ou d'empêchement du directeur général et du directeur général adjoint. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".
4. Il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme.
5. En l'espèce, il résulte des stipulations de l'article 3.2 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de l'Oise et la caisse d'allocations familiales de l'Oise que les recours administratifs adressés à la présidente du conseil départemental de l'Oise sont dispensés de la consultation de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Oise. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Oise n'a pas été consultée avant que la présidente du conseil départemental de l'Oise statue sur son recours administratif relatif au revenu de solidarité active.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Oise a porté à la connaissance de M. B les constats auxquels elle a abouti à l'issue de son enquête, sur lesquels l'intéressé a formulé des observations le 8 mars 2021. Il a aussi pu faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, et alors que M. B a bénéficié dans la cadre de cette procédure de garanties en tous points conformes aux exigences garanties par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
9. Il résulte de l'instruction que la décision du 5 juillet 2021 indique à M. B le montant de l'indu de revenu de solidarité active qui lui est réclamé, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte cet indu. Cette décision n'avait pas à indiquer les éléments qui ont servi au calcul de l'indu. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 5 juillet 2021 doit être écarté.
10. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le seul fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. En dernier lieu, M. B ne peut utilement invoquer à l'appui d'une contestation de l'indu une méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles relatif au caractère suspensif de la réclamation et du recours dirigés contre une décision de récupération d'indu. Par suite, le moyen est inopérant.
Sur le bien-fondé de l'indu :
12. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. "
13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête du 23 février 2021 établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Oise, que le compte bancaire de M. B fait apparaître des crédits réguliers sous la forme de virements et de dépôts de chèques entre avril et août 2019, puis durant la période de février à juin 2020, d'un montant total de 5 046 euros. Si M. B soutient que ces crédits correspondent soit à des remboursements d'avance de frais familiaux, soit à des transferts entre ses propres comptes bancaires, le document manuscrit qu'il produit, qui n'est accompagné d'aucune autre pièce justificative, ne permet pas de l'établir. Ainsi, les crédits bancaires doivent être regardés comme des ressources de M. B devant, en application des dispositions des articles L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, être prises en compte pour la détermination de ses droits au revenu de solidarité active. Il s'ensuit que c'est à bon droit que la somme de 5 046 euros a été réintégrée dans les ressources de M. B pour la détermination de ses droits au revenu de solidarité active pour la période de juin 2019 à novembre 2020.
14. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant à la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invité à le faire par l'administration dans le délai que celui-ci a indiqué. () ".
15. La décision par laquelle un trop-perçu de prestations est notifié à l'allocataire ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, M. B ne saurait utilement invoquer un droit à l'erreur.
Sur la remise de dette :
16. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
17. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
18. Si M. B fait état de sa bonne foi, il n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'il ne serait pas en mesure de rembourser la somme de 3 817,08 euros qui lui a été versée à tort, alors même qu'il lui est par ailleurs loisible de solliciter des remboursements échelonnés, adaptés à ses capacités financières. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à M. B une remise totale ou partielle de sa dette de revenu de solidarité active.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 5 juillet 2021 ni, par voie de conséquence, la décharge de cette somme. Ses conclusions accessoires en injonction doivent également être rejetées, ainsi que celle présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées, le département de l'Oise n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au département de l'Oise et à Me Desfarges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
La présidente,
Signé
M. A La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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