jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103482 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BIDART-DECLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 octobre 2021, 25 mars 2022, 25 octobre 2022 et 11 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Bidart-Decle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) Amiens-Picardie à lui payer la somme provisionnelle de 50 000 euros en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;
2°) subsidiairement, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui payer la somme provisionnelle de 50 000 euros en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge par le CHU Amiens-Picardie ;
3°) d'ordonner une expertise médicale pour fixer la date de consolidation de son état de santé et les préjudices subis à la suite de la prise en charge hospitalière ;
4°) de mettre à la charge du CHU Amiens-Picardie ou subsidiairement l'ONIAM la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la responsabilité du CHU Amiens-Picardie est engagée à raison de sa prise en charge fautive et subsidiairement qu'il a été victime d'un accident médical non fautif qui doit être pris en charge au titre de la solidarité nationale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 février 2022 et 21 septembre 2022, le CHU Amiens-Picardie, représenté par la SCP Lebègue Derbise, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) subsidiairement, d'ordonner une expertise médicale et d'écarter la demande de provision.
Il fait valoir que la preuve de la faute commise dans la prise en charge hospitalière du requérant n'est pas rapportée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 31 décembre 2021 et 30 décembre 2022, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, demande au tribunal de rejeter la requête.
Il fait valoir que la preuve de la faute commise dans la prise en charge hospitalière du requérant est rapportée.
Par des mémoires enregistrés les 20 janvier 2022 et 15 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Somme, représentée par Me de Berny, demande au tribunal :
1°) de condamner le CHU Amiens-Picardie à lui payer la somme de 120 918,86 euros au titre de ses débours provisoires outre intérêts au taux légal à compter du 15 février 2022 et capitalisation annuelle de ceux-ci ;
2°) subsidiairement, d'ordonner une expertise médicale ;
3°) de condamner le CHU Amiens-Picardie à lui payer la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge du CHU Amiens-Picardie la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la réparation des dommages subis par M. A incombe au CHU Amiens-Picardie.
Par ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Bidart-Decle pour M. A et de Me Denys pour le CHU Amiens-Picardie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, alors âgé de 57 ans, a subi une arthroplastie totale de hanche gauche au CHU Amiens-Picardie le 1er juillet 2019. Au réveil, il était immédiatement mis en évidence une paraplégie complète et une imagerie par résonnance magnétique révélait une fracture de type C avec disjonction L1/L2. Le même jour, le patient a été opéré en raison de cette fracture du rachis lombaire. M. A est resté paraplégique du fait d'un syndrome de la queue-de-cheval sur fracture luxation L1-L2 et dilacération durale.
2. M. A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) qui a rendu son avis le 13 janvier 2021, à la suite d'un rapport d'expertise rendu le 20 novembre 2020, dont il résulte qu'elle retient la responsabilité pour faute du CHU Amiens-Picardie. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Aux termes du II. du même article : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ".
5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision ".
6. Il résulte de l'instruction que les experts désignés par la CCI, un chirurgien orthopédiste et un neurochirurgien, en s'appuyant sur la littérature médicale, ont retenu que la fracture survenue lors de l'intervention chirurgicale initiale avait nécessairement été la suite d'une imprudence lors des transferts du patient entre un brancard et la table d'opération ou de la table d'opération vers un brancard, après avoir écarté toutes les autres hypothèses en précisant que la brutalité du traumatisme était équivalente à celle d'une chute à la renverse d'un homme conscient de toute sa hauteur.
7. Le CHU Amiens-Picardie produit une note critique, documentée également par de la littérature médicale, énonçant d'une part que la survenue d'une fracture rachidienne per-opératoire d'une prothèse totale de hanche a déjà été largement rapportée par la littérature, spécialement lors de l'utilisation d'une voie antérieure chez des patients obèses avec une ankylose rachidienne et que c'est l'hypothèse la plus probable et d'autre part que les mobilités pré-opératoires de la hanche du patient montraient une limitation certaine (70° et -10°) et donc une ankylose susceptible de favoriser la survenue de la fracture rachidienne.
8. Il résulte de l'instruction que le praticien qui a opéré initialement M. A, compte tenu d'un risque de luxation important, a opté en considération des antécédents médicaux de l'intéressé, soit notamment une obésité morbide et un rachis raide, pour la mise en œuvre de l'arthroplastie de hanche totale par une technique consistant à procéder à une coupe du col en place avec libération capsulaire progressive du fémur sans hyperextension. Il résulte de l'examen du compte-rendu opératoire produit par M. A qu'aucune hyperextension de la hanche de l'intéressé n'a été réalisée contrairement à l'hypothèse formulée par le CHU Amiens-Picardie.
9. Toutefois, si les experts désignés par la CCI et le praticien qui a rédigé la note critique s'accordent pour retenir qu'une hanche ankylosée est un facteur favorisant les fractures rachidiennes, les premiers estiment que la hanche de l'intéressé ne montrait aucune ankylose tandis que le dernier retient le contraire en s'appuyant sur les mêmes données de mobilité précisées au point 6 du présent jugement. Il n'est pas possible de déterminer si l'hypothèse retenue par les experts désignés est bien la seule pouvant expliquer la fracture rachidienne de l'intéressé. Il en résulte que l'état du dossier ne permet pas au tribunal administratif d'apprécier si la prise en charge médicale au CHU Amiens-Picardie a été fautive. En outre, à défaut de consolidation de l'état de santé de M. A lors de l'expertise ordonnée par la CCI, les éventuels préjudices de l'intéressé n'ont pas été évalués. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de M. A d'ordonner une expertise sur ces points.
Sur la demande de provision :
10. Le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
11. En l'état de l'instruction, le tribunal ne dispose pas des éléments permettant d'établir la certitude de la créance alléguée par M. A. En conséquence, les conclusions tendant au versement d'une indemnité provisionnelle doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1 er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A procédé à une expertise. L'expert sera désigné par la présidente du tribunal administratif et aura pour mission de :
1°) Se faire communiquer tous documents utiles relatifs à l'état de santé de M. A et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à sa prise en charge par le CHU Amiens-Picardie ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles auront eu communication de ces documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;
2°) Procéder, en tant que besoin, à l'examen clinique de M. A et rappeler son état de santé antérieur ;
3°) Décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;
4°) Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;
5°) Se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;
6°) Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
7°) Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté (s) a / ont fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; préciser la ou les perte(s) de chance (pourcentage ou coefficient), le cas échéant ;
8°) Dire si l'état de santé de M. A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où son état de santé ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
9°) Déterminer les préjudices éventuels résultant de la prise en charge litigieuse, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, préjudice scolaire, universitaire ou de formation, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées, préjudice esthétique et préjudice sexuel en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
10°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. A tendant au versement d'une provision sont rejetées.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
M. Binand, président assesseur,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 16 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2103482
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026