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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103652

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103652

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103652
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAMRANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2021, M. A B C, représenté par Me Lamrani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, subsidiairement, la réduction la plus large possible, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2010, 2011 et 2012 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens avec intérêts moratoires.

Il soutient que :

-l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 76 B du livre des procédures fiscales dès lors qu'il n'a pas eu connaissance des informations obtenues de l'autorité judiciaire préalablement aux informations données par le ministère public ;

-l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales dès lors qu'elle avait obtenu de l'autorité judiciaire des informations bien avant la communication du soit-transmis par le ministère public ;

-la décision rejetant sa réclamation préalable a été signée par une personne qui n'était compétente que pour statuer sur des réclamations n'excédant pas 60 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 21 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale dont a fait l'objet

M. B C, l'administration fiscale, selon la procédure de rectification contradictoire, l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2010 à 2012. Par la présente requête, M. B C demande au tribunal de le décharger de ces impositions supplémentaires.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 188 C du même livre : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une procédure judiciaire, par une procédure devant les juridictions administratives ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos la procédure et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ".

3. Pour l'application de cette disposition aux omissions ou insuffisances d'impositions révélées par une instance devant les tribunaux répressifs, seul l'engagement de poursuites, qui inclut la phase de l'instruction conduite par le juge d'instruction, doit être regardé comme ouvrant l'instance. Ni l'ouverture d'une enquête préliminaire, ni l'examen des poursuites par le ministère public, selon les formes et conditions prévues par le code de procédure pénale, n'ont, eux-mêmes, un tel effet. Lorsque des insuffisances ou omissions d'impositions sont révélées à l'administration fiscale postérieurement à l'ouverture d'une instance, au sens de ces dispositions, le délai spécial de reprise qu'elles prévoient est applicable, alors même que les insuffisances ou omissions d'impositions sont mises en évidence par des pièces de la procédure, établies au stade d'une enquête préliminaire.

4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale, pour notifier au requérant les rectifications litigieuses, a mis en œuvre le délai spécial de reprise de dix ans, prévu à l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, en retenant que des insuffisances et omissions d'impositions avaient été révélées par une procédure judiciaire et notamment par les éléments que lui a transmis, le 12 août 2020, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Compiègne contenant des procès-verbaux de garde à vue et d'investigations dans le cadre d'une enquête préliminaire. Il résulte ainsi de la proposition de rectification du 11 décembre 2020 que l'enquête a permis de constater par l'exploitation de comptes bancaires et la reconnaissance des faits par M. B C, le détournement à son profit de chèques (à hauteur de

116 000 euros en 2010, 86 060 euros en 2011 et 139 000 euros en 2012), dans le cadre de son activité de curateur d'une personne protégée.

5. Toutefois, en l'état de l'instruction, les omissions ou insuffisances d'impositions à l'origine des rectifications litigieuses ne peuvent être regardées comme ayant été révélées par une instance au sens de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, dès lors qu'il ne résulte pas des éléments produits au dossier que la procédure dirigée par le parquet aurait dépassé le stade de l'enquête préliminaire. L'administration ne produit aucun document permettant d'établir qu'un juge d'instruction aurait été désigné ou qu'une juridiction de jugement ait eu à connaître des éléments précités. Dans ces conditions, et dès lors que les rectifications litigieuses sont seulement fondées sur les éléments contenus dans cette enquête préliminaire, le requérant est fondé à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait mettre en œuvre le délai spécial de reprise de dix ans et qu'elle était prescrite à lui notifier, par son courrier du 11 décembre 2020, des rectifications au titre des années 2010, 2011 et 2012.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B C est fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2010 à 2012 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la demande d'intérêts moratoires :

7. En l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires dus au contribuable au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de M. B C tendant au paiement de ces intérêts sont sans objet et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les dépens :

8. En l'absence de dépens, les conclusions de la requête tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'État ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B C est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2010, 2011 et 2012.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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